Un Affabulazione hermétique

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La nouvelle création de Stanislas Nordey, tout droit arrivée de Vidy-Lausanne s’installe à la Colline jusqu’à la mi-juillet. Un retour à Pasolini certes beau, mais qui ne se donne pas facilement au public.

Avis : 3,25 sur 5 artichauts

Un homme fait un rêve où il poursuit un jeune garçon plus grand que lui, qui l’appelle Père, et dont il ne voit pas le visage. A partir de ce moment, il va être pris d’une obsession certaine au sujet du mystère du Fils, obsession violente, physique, qu’il va projeter sur sa propre engeance. Au-dessus de ce récit plane l’ombre de Sophocle qui, lorsque le Père est malade, vient le coir à chaque fois qu’il crie.

Cet Œdipe inversé, c’est-à-dire le meurtre du fils par le père, est bien ardu à suivre. Nordey y appose sa patte si reconnaissable -les intonations, et ce jeu si particulier, incarné mais en même temps avec une grande distance- et accompagne son spectacle d’une scénographie tout à fait sobre. Un ensemble de panneaux amovibles aux couleurs légèrement délavées font de la scène la maison de la famille, avec, à l’arrière, de gigantesque tableaux qui défilent.

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Au début du spectacle, l’ombre de Sophocle vient voir le public en lui disant que seuls les lecteurs de poésie s’y retrouveront dans ce texte foisonnant. Et la prophétie était sans doute vraie, puisque ces deux heures divisèrent le public entre ceux qui n’y comprennent pas grand-chose, et ceux qui y trouvent leur compte. Je fais malheureusement partie de ceux qui ont eu du mal à s’intégrer au récit, mais ne doute pas qu’il s’agit ici d’une histoire de sensibilité. Cela dit, Nordey ne rend malheureusement pas le texte plus facile, et conserve un caractère abscons et un hermétisme qui plane sur cette pièce comme une chape de plomb qu’il est parfois difficile de supporter. Un beau spectacle, mais qui gagnerait à éclairer le sens du texte  par la mise en scène.

Bertrand Brie

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