Ugo Mulas – L’artiste en mouvement

Andy Warhol, Philip Fagan and Gerard Malanga, New York, 1964, © Estate Ugo Mulas, Milano - Courtesy Galleria Lia Rumma, Milano / Napoli

La Fondation Cartier-Bresson consacre ce printemps une exposition au photographe italien Ugo Mulas (1928-1973), figure majeure du siècle dernier encore trop peu connue en France. Les œuvres présentées sont tirées de La Fotografia, ultime œuvre de Mulas, qui est un témoignage de son travail et de ses réflexions sur la photographie, mais aussi et surtout de l’art de son temps.

Alexander Calder, Roxbury, 1964, © Estate Ugo Mulas, Milano - Courtesy Galleria Lia Rumma, Milano / Napoli

Alexander Calder, Roxbury, 1964, © Estate Ugo Mulas, Milano – Courtesy Galleria Lia Rumma, Milano / Napoli

L’œuvre d’Ugo Mulas est un itinéraire à travers les milieux artistiques novateurs des sixties italiennes et new-yorkaises, du Bar Jamaica milanais aux ateliers de Jasper Johns ou Georges Segal, en passant par la Biennale de Venise. Sur la pellicule, il cherche à capter l’instant décisif capable de restituer le « cheminement mental » de l’artiste vers son œuvre. Ses photographies sont un hommage rendu à l’humain, à l’art et à la nouveauté que consacrent les années 1960. A mi-chemin entre le portrait et la photo d’information, elles ne constituent ni exactement un jeu avec l’acteur, ni la saisie du moment objectif de « quelqu’un en train de faire quelque chose », mais plutôt la captation d’un instant fugitif et décisif.

Chaque photographie est une « tentative de restaurer visuellement l’état d’esprit » propre à l’artiste au moment de la création. Pour restituer ce mouvement de la pensée, il importe que le peintre se situe en plein dans le mouvement créateur, comme Rauschenberg, photographié dans son atelier dans un mouvement qui se veut naturel ; en devant de son art, tel qu’Andy Warhol, comme mis en scène, entouré de Philip Fagan et Gerard Malanga exhibant fièrement les Flowers du pop artist ; dans le monde et la foule, ainsi qu’est représenté Max Ernst ; ou bien évoluant dans New York à l’image de Marcel Duchamp, représenté dans « un refus de faire qui est en réalité une autre façon de faire et de poursuivre un discours ».

Jasper Johns dans son atelier, New York, 1964, © Estate Ugo Mulas, Milano - Courtesy Galleria Lia Rumma, Milano / Napoli

Jasper Johns dans son atelier, New York, 1964, © Estate Ugo Mulas, Milano – Courtesy Galleria Lia Rumma, Milano / Napoli

Plus qu’une recherche esthétique, le travail de Mulas se veut analytique. Dans la série des Vérifications, il tente, en s’inspirant des travaux de Niepce et de la philosophie de Duchamp,  d’« analyser l’opération photographique pour en identifier les éléments constitutifs et leur valeur propre », effectuant un retour sur son œuvre et son parcours en tant que photographe et artiste. La Fotografia, qui porte une forte valeur autobiographique et philosophique, peut apparaître comme la suite logique des Vérifications : Ugo Mulas y fait le bilan de l’art de son temps, se questionnant sur sa trajectoire en tant qu’artiste, sur la psychologie des peintres qu’il a côtoyé, sur les fondements philosophiques de la photographie. Un hommage rendu à l’art.

Les +++:

  • Une exposition très courte, présentant assez peu de photographies, où il est donc possible de s’attarder longuement sur chacune d’elles, d’autant plus que la sélection est de qualité et couvre toutes les périodes d’Ugo Mulas.
  • C’est l’occasion de découvrir un artiste peu connu en France, dans un musée tout neuf et très agréable !

Les – – – :

  • Trop peu d’explications sur certaines sections de l’exposition, et parfois un manque de cohérence dans l’enchaînement des séries de photographies.
  • Malheureusement, la Fondation n’accorde que peu de place aux Vérifications de Mulas et il ne nous est pas permis de comprendre tout à fait la pensée complexe du photographe.

Cléo SCHWINDENHAMMER

Ugo Mulas, du 15 janvier au 24 avril 2016 à la FCB

4 euros tarif réduit

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