Trisha Brown Dance Company au Théâtre de la Ville : Leçon de géométrie sensible

Le Théâtre de la Ville proposait, la semaine dernière, un premier programme de trois pièces assez homogènes dans leur forme et dans leur gestuelle géométrique, mais issues de cycles chorégraphiques très distincts du travail de Brown : For M.G. : The Movie (1991), Homemade (1966), Newark (Niwewoeorce) (1987).

La première chose qui m’est venue à l’esprit est l’idée que cela pourrait être la dernière fois que j’assistais à l’une des pièces de la chorégraphe américaine Trisha Brown de son vivant. Les qualités de fluidité et d’intensité de sa danse m’ont à chaque fois surpris et impressionné, sans compter l’extrême précision de l’écriture chorégraphique. Des problèmes de santé ont malheureusement empêché la chorégraphe, âgée de 77 ans, de suivre la tournée internationale, et la transmission de la direction artistique à deux de ses plus anciennes danseuse marque une période charnière pour la Trisha Brown Dance Company.

For M.G. : The Movie, est une pièce de 1991, composée en hommage au créateur du Festival d’Automne Michel Guy, qui a été le premier à importer en France la postmodern dance américaine, dont Trisha Brown fait partie.
Cette courte pièce de 30 min est une quête entre géométrie, et immobilité. La pièce est la seconde chorégraphie du cycle Back to zero du début des années 1990. La chorégraphe tend à ralentir le mouvement jusqu’à l’immobiliser, le décomposer ou l’accélérer progressivement. Le piano répétitif du compositeur Alvin Curran, alterné avec des bruitages de rue, participent à l’effet hypnotique de la danse. Une danse minimale et sobre, précise et claire, alternant des mouvements très directifs, dessinés et tendus, avec un relâchement des corps.
Et je ne saurais l’écrire mieux qu’Emmanuelle Huynh, ancienne directrice du CNDC d’Angers, à propos du cycle Back to zero : « Ne pas savoir, ne pas choisir, avoir le courage de ne rien faire, être juste là : telles sont les consignes de ce cycle fondé sur l’opposition entre faire et être. » car cette phrase résume, à mon sens, très bien la philosophie de la danse de Trisha Brown.

TRISHA BROWN // For M.G. : The Movie

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Homemade, est la chorégraphie la plus ancienne proposée. Elle date de 1966. Dans ce solo, la danseuse, porte un rétroprojecteur des années soixante dans le dos, projetant le film de sa propre performance. L’image projetée suit les mouvements et déplacements de la danseuse. Allant tant tôt sur le public, tant tôt montant dans les hauteurs du plateau. L’œil du spectateur est tiraillé entre la danseuse et son image quand il n’est pas aveuglé par le faisceau lumineux du projecteur. La très courte durée de la pièce (environ 5 min) lui donne un caractère éphémère, ne laissant sur la rétine qu’une sensation d’éblouissement du retroprojecteur.

Newark (Niwewoeorce) est une chorégraphie de 1987. C’est une pièce du cycle Vailant, dans lequel Brown cherche la puissance musculaire et la projection des danseur dans l’espace. Les danseurs prennent plus de risque que dans les pièces précédentes. La chorégraphe travaille sur un continuum du mouvement qu’elle s’amuse à rompre par des élans dans le corps des danseurs. Cinq fonds colorés, éclairés comme des tableaux, modulent la profondeur du plateau en resserrant et dilatant l’espace praticable, allant jusqu’à faire disparaître les danseurs. Enfin les interprètes cherchent leurs limites physiques dans des duos, en utilisant le corps de l’autre pour aller le plus loin dans le déséquilibre et dans la prise de risque.

TRISHA BROWN // Newark

Théâtre de la Ville, Samedi 26 octobre 2013

Hugo del Arté

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