Trans Musicales 2015 #1 // O

Trans-Horizontal

Olivier Marguerit a choisi une voyelle et s’est lancé en solo : il crée le projet O et s’y raconte. Il nous ouvre grand la porte de son intimité, une pièce où se côtoient force et candeur, passé et présent, réalité et fantasmes, à l’image d‘une pop qu’il veut sans concession. Adepte du grand écart, O passe d’une mélodie discrète à une explosion violente mais sans jamais passer par l’entre-deux. Rencontre avec le musicien-sur-le-côté devenu chanteur-tout-devant.

Quelles sont tes impressions d’après concert ?

Je suis plutôt content. Content que ce soit fini déjà, parce que les Trans c’est un truc dont on me parle depuis plusieurs mois. On sait que c’est un rendez-vous très attendu pour tous les gens avec qui je travaille et pour nous, les musiciens. Donc je suis soulagé que ce soit passé. J’avais peur d’être un tout petit peu dépassé par l’événement, c’était une grosse scène, on n’a pas trop l’habitude. Mais je crois que ça allait à peu près, j’ai pris pas mal de plaisir. C’était aussi la première fois qu’on travaillait avec l’éclairagiste donc j’ai été un  peu porté par les lumières, ce qui n’arrive pour l’instant jamais. On avait cette ambition de présenter un concert un peu plus fort que ce qu’on avait pu faire jusqu’à présent donc les lumières étaient importantes.

Tu prends ça comme une reconnaissance d’être programmé aux Trans Musicales ?

Je pense que c’est un des festivals que je préfère dans l’idée, dans ce qu’il représente : un festival de découvertes aussi exigeant. Jean-Louis Brossard c’est quand même un mec qui est là depuis hyper longtemps. Des groupes qui sont sortis d’ici c’est Nirvana, ce n’est pas rien, tu te sens forcément lié à cette histoire-là. Donc être là, c’est génial.

Le concert était justement l’occasion de tester des titres de ton  album ?

En effet, j’ai présenté des morceaux qui seront sur mon premier album. En fait, cet album sera composé de morceaux piochés dans mes précédents EPs, Ohm part 1 et Ohm part 2, que j’avais vraiment faits tout seul à l’époque et que j’ai retravaillés depuis ; et il y aura des morceaux nouveaux, que je n’ai pas joués ce soir, parce qu’ils sont plus frais et qu’on se disait que c’était mieux d’y aller avec les morceaux qu’on savait un peu mieux faire.

Donc cet album s’inscrit dans la continuité ? Tu n’as pas une ambition différente ?

C’est vraiment la continuité, une envie de mettre un terme à un cycle et montrer le travail qui a été fourni jusque-là, tout en le présentant de façon plus professionnelle que ça ne l’a été au début. Parce qu’au début je faisais vraiment tout, tout seul : trouver les concerts, m’enregistrer, me produire etc. Et là, je viens de signer avec un label qui va sortir mon disque et il y aura un attaché de presse. Ca fait que le projet prend une autre dimension et est présenté différemment. Mais pour moi, c’est le même moment en tout cas, ça va être la fin d’un cycle. On va commencer à jouer ces morceaux-là sur scène et après j’ai envie de travailler sur des nouvelles chansons et de les travailler autrement.

Tu peux nous parler un peu de la genèse du projet O, de la façon dont il intervient dans ton parcours d’artiste ?

Globalement je crois que la naissance s’est faite un peu autour de la naissance de ma fille. Je suis musicien dans des groupes depuis longtemps maintenant (Syd Matters, Mina Tindle, Los Chicros), depuis 15 ans environ. Je composais même parfois dans certains groupes, j’arrangeais certaines choses.  Mais vers la naissance de ma fille je me suis rendu compte qu’il fallait que je sois peut-être un peu plus maître de mon travail, parce que quand on travaille avec des gens, on est tributaire de leurs envies de travailler avec toi, de leur rythme de création. Je commençais à me dire « je vais être responsable d’un enfant, d’une famille, il va falloir que j’assure d’une certaine façon ». Et je me suis dit que le meilleur moyen c’était sans doute de me responsabiliser et de porter mon propre projet. J’avais déjà plein de bouts de chansons, parce que j’ai toujours composé. Ca a aussi coïncidé au moment où je me suis installé dans un studio. J’ai récupéré une cave à Pigalle que j’ai aménagée, j’y ai mis mon matériel. C’est un studio très rudimentaire mais qui m’a permis de me fixer et d’enregistrer. C’est le début de O.

C’est très différent de porter un projet tout seul, surtout comme je l’ai fait au début, on est vraiment seul au monde par moment. Il n’y a pas de partenaire du tout donc il n’y a que par son travail et son envie qu’on y arrive.

Les groupes avec lesquels tu joues/jouais ont-ils influencé ton projet actuel ?

Oui bien sûr. Ce qui est génial dans mon parcours c’est de pouvoir travailler avec des gens qui sont comme des professeurs. J’ai vu travailler des auteur-compositeurs qui comptent parmi les meilleurs de France comme Jonathan Morali de Syd Matters, ou Mehdi Zannad qui fait Fugu, Los Chicro etc… qui savent écrire des chansons et qui les écrivent chacun de façons très différentes. J’étais à la meilleure école possible je crois. C’est pour ça qu’au bout d’un moment, j’ai senti que j’avais le bagage suffisant pour le faire aussi.

Et tu chantais avant ?

Je chante depuis que je fais de la musique, j’ai toujours fait beaucoup de chœurs. Mais c’est la première fois que je me retrouve à ce point-là devant, tout seul. J’apprends, c’est très différent. Même être side man, c’est très différent que d’être devant, de tout se prendre frontalement, se prendre la lumière, c’est une pression qui est très différente. J’apprends à devenir chanteur en ce moment.

Ta musique fait beaucoup référence à ta famille, pendant le concert notamment on a vu que tu en parles beaucoup. Pourquoi as-tu envie d’en parler ?

Ma musique est très familiale parce qu’elle est centrée sur moi. C’est le premier disque, je voulais parler de quelque chose que je connais très bien. Je voulais que ça sonne comme quelque chose de travaillé et le sujet que je connais le mieux c’est moi-même, donc je voulais piocher dans ce qui m’entourait. Et effectivement c’est ma fille, ma compagne, c’est l’histoire autour de mon ancêtre, la sexualité, différents aspects de ma personnalité, mes peurs, mes doutes, que je voulais retrouver dans ce disque. Maintenant je crois que j’ai vraiment fait le tour et du coup j’ai envie de faire complètement autre chose, de ne plus du tout parler de moi.

Mais au début je voulais faire quelque chose de très honnête, ne pas du tout être dans la posture, même si on l’est forcément un peu. Je voulais essayer de trouver une façon de m’adresser à un auditeur, et je pensais que ça pouvait passer par une certaine naïveté, par le fait de parler de choses assez intimes et de façon assez crue. C’est ce que j’ai essayé de faire, d’être assez frontal.

©Camille Neyton

©Camille Neyton

Justement, dans ta musique, on remarque une vraie esthétique du contraste avec des textes parfois crus mais chantés avec une certaine candeur, et musicalement, des moments très doux et d’autres beaucoup plus énergiques, plus électriques. C’est donc une intention de ta part ?

Oui, j’ai tendance à vraiment ne pas aimer le milieu, la mollesse, les choses qui n’ont pas d’aspérité en fait. Donc j’ai vraiment envie de faire les sons les plus forts possibles par moments et d’autres fois les sons les plus doux possibles. J’adore cette idée d’amplitude, de dynamique. Par exemple, c’est un truc qui manque beaucoup, je trouve, dans la musique électronique, où il y a une tendance très tunnel. Le tunnel ça peut marcher quand ça doit te faire sortir de ta conscience, ce qu’on fait des gens comme Steve Reich ou Brian Eno. Mais pour faire de la pop music c’est-à-dire des chansons avec une dynamique et une narration propres, je préfère vraiment aller sur des extrêmes, c’est ce que je recherche. En tout cas, sur ce premier disque, c’était voulu et c’est encore plus voulu en live, j’ai envie que tous les effets soient très maximisés.

D’ailleurs en live, tu as un rapport à l’humour assez intéressant, tu nous perds souvent entre le premier et le second degré. Comment tu envisages cette communication avec le public ?

Je ne l’envisage pas du tout. Je ne me sens pas encore à l’aise dans la discussion avec le public, j’espère que ça va venir… Ce n’est pas du tout facile de s’adresser à un public, c’est une masse de gens. Effectivement, le second degré tu ne sais pas si ça passe, c’est toujours un peu étrange… Après, comme ma musique est un peu particulière, je me dis que je peux dire des trucs un peu particuliers et que ça va être compréhensible. Mais je n’ai pas encore tout à fait trouvé je crois. Mais c’est chiant, et puis je n’ai pas envie de chercher en fait, j’ai envie que ça vienne naturellement. C’est un peu désagréable de voir des groupes où tu sens que tout est un peu écrit.

Dans ton live et plus généralement dans ta musique, il y a beaucoup de moments de folie. Est-ce que c’est quelque chose de spontané ou c’est pour toi un outil de composition et d’interprétation ?

J’essaye le plus possible de me laisser aller. La folie, quand c’est répété, ça devient forcément quelque chose qui est interprété. Je crois que le but en fait, ce que cherchent tous les gens qui font des concerts, c’est d’être un peu dépassés, d’être un peu hors de soi… la transe en fait. Et lancer un peu de folie parfois ça aide à sortir de soi. Donc c’est ce que j’essaye d’avoir. Par exemple, ce soir, je l’ai un peu eu sur Mon écho. Je suis un peu sorti de moi. Mais ça n’arrive pas tous les soirs, et les moments où ça n’arrive pas c’est très décevant.

Cette folie sur le titre Mon écho est très liée au traitement cru et naturaliste que tu y fais de l’accouchement. Pourquoi un tel choix ?

Parce que c’est quelque chose un accouchement. Ce morceau est très étrange parce que je l’ai composé et enregistré à cheval entre l’avant-naissance et l’après-naissance. Le moment accouchement en fait je l’ai enregistré avant la naissance. Du coup c’était un accouchement fantasmé que j’ai enregistré. Maintenant que j’ai vraiment vécu ce moment, je sais que c’est encore plus fou que ce que j’avais envisagé. J’essaye de retranscrire encore plus ça sur scène. Avoir un enfant c’est une épopée donc je voulais que cette chanson en soit une.

Le clip est dans la même veine, très explicite… c’est toi qui a tourné les images ?

Non ce n’est pas du tout moi. Ce sont des images que j’ai récupérées d’un réalisateur américain des années 60-70 qui s’appelle Stan Brakhage, qui fait de l’expérimental et qui est assez culte aux Etats-Unis. Il a filmé l’accouchement de sa femme. Le clip c’est un truc qui est très compliqué, j’ai beaucoup de mal à l’envisager parce que je vois beaucoup de clips passer que je déteste. Enfin, ça ne m’intéresse pas globalement. Mais à un moment je me suis dit « tiens je fais une chanson sur un accouchement, je dois pouvoir trouver des images d’accouchement ». Donc je suis allé sur Youtube. On trouve des tonnes de gens qui se sont filmés, c’est vraiment flippant. Des gens chez eux en train d’accoucher, et c’est accessible à tout le monde. Parmi tout ça, je suis tombé sur ce film de Stan Brakhage qui m’a complètement attrapé, ça m’a hypnotisé. Donc je devais utiliser ces images, c’était obligatoire pour moi. J’ai réédité la vidéo et j’ai utilisé les images pour faire le clip. Mais maintenant je n’arrive plus à le regarder parce qu’il est dur… J’ai eu beaucoup de retours très compliqués. Des gens qui adorent, des gens qui détestent, des gens que j’ai choqués…

Les Trans Musicales pour ce jeune projet O, c’est une étape ?

Oui, c’est une vraie étape parce que c’est un festival extrêmement important dans le paysage français. J’ai déjà joué aux Trans Musicales avec d’autres projets, je vois ce que ça représente dans un parcours. Nous, O, comme tout est en train de se monter et de se créer, c’est un endroit parfait pour présenter le live. L’album va arriver, ça tombe pile poil pour nous. J’espère que ce sera un moment important. Après, peut-être qu’il ne se passera rien, et ça ne sera pas grave, je continuerai à faire mes chansons dans mon coin. Mais s’il se passe quelque chose c‘est super, ça aura été un moment crucial, un point clef pour O.

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Interview : Aurélie Leduc

Vidéo : Camille Neyton

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