Trans Musicales 2015 #5 // CHAMBERLAIN

Trans-Horizontal

On a découvert Chamberlain lors de leur live aux Trans Musicales. On pensait faire un simple saut à la salle de l’Etage mais on est restées jusqu’à la fin. Le duo piano-électro a délivré un live captivant mené par une scénographie inédite et mouvante. On a pu découvrir leur manière de maîtriser des harmonies intelligentes aux limites du classique tout en jouant avec des mélodies pop et des prod électro parfois intenses et frontales. Rencontre post-concert.

Les impressions d’après concert ? Racontez-nous.

 Mathieu   De l’intérieur, on l’a bien vécu, on a bien kiffé. C’était vachement dense, très émouvant pour nous d’être à Rennes. Il y a pas mal de choses  qui m’ont traversé l’esprit, des images plutôt sublimes. Je ne sais pas ce qui était véhiculé, mais malgré la pression, j’étais sur mon petit nuage.

 

Les Trans Musicales ça représente quoi pour Chamberlain ?

 M On est super contents d’être ici, c’est l’occasion de rencontrer tous les professionnels. Tout le monde est ici, la presse, les copains, les pro.

Vous avez fait des rencontres intéressantes ?

M Anatole jouait au cinéma ces derniers temps, il doublait des films au piano. Moi je suis dans la bassine depuis 2 jours, et c’était très chaud. On a rencontré beaucoup de gens, beaucoup de médias, de façon informelle autour de vodka à 3h du matin là-bas dans des hall. Plein de rencontres au petit déjeuner du Mercure devant la tranche de saumon et le carpaccio d’agrumes. C’était cool. Il y a assez peu de festivals qui offrent une telle densité, cette chance de croiser tout le monde. C’est aussi une mise en danger : quand on arrive sur scène, on sait  que sur la grande proportion, il y en a qui ne vont pas forcément accrocher…

Vous n’aviez jamais joué à Rennes ?

 M Non c’était la première fois. On habite sur Lille.

Et vous tourniez principalement sur Lille ?

 M On a créé là-bas. On a  été pas mal aidés par les salles, par la région aussi qui nous a donné un peu de moyens pour créer des choses. Donc naturellement, on a fait nos premières dates à Lille, c’est notre base, notre case. Après on a commencé à jouer un peu à l’extérieur, on joue à Paris la semaine prochaine aux Aventuriers à Fontenay. Le 10 Février ce sera au Café de la Danse. Et les 16 17 18 mars, on joue dans le cadre du festival Paris Music, le lieu reste à confirmer par la Mairie de Paris. Ce sera peut-être au Petit Palais. En tout cas ce sera un très bel endroit. On a hyper hâte d’y aller. On a aussi  joué à Reeperbhan à Hambourg il y a un mois, super date, on était très contents, on a rencontré plein de gens là-bas.

Le public réagit bien ?

 M Ouais en Allemagne carrément, il y a un truc avec les Allemands.

 

Plus qu’en France ?

Anatole – Il faudrait qu’on fasse beaucoup de dates pour pouvoir dire ça.

 M Oui il est peut-être encore un peu tôt pour savoir. Ça va, ça commence à prendre à Paris. Les Trans, c’est notre première côte ouest, notre premier sunrising avec une huître de cancale. Mes premières huîtres de cancale sauvages numéro 0 à n’importe quelle heure. Ça c’est cool.

©Camille Neyton

©Camille Neyton

Vous pouvez nous raconter la création du projet Chamberlain ?

 M J’ai commencé à composer des choses pour l’image il y a quelques années : au départ les musiques ont été composées pour de la synchro, pour être ensuite proposées sur les publicités et les documentaires. Mais en fait j’y ai mis un peu plus de moi au moment de les faire. J’ai certainement mis un peu plus d’égo, l’égo et la musique sont comme un frère et une sœur. Et j’ai pensé à Anatole, je savais qu’il faisait du piano, on a fait nos études dans la même classe de jazz au conservatoire.

Donc les morceaux sont allés au-delà de simples morceaux de support. Les gens ont perçu une narration propre aux morceaux, comme des petites pièces de pop music ou de musique classique, c’est-à-dire des choses qui accrochent, qui vont un peu plus loin que l’image.

Donc on a été sollicités par un gros booker londonien pour monter un live. Mais le temps qu’on monte le live, on a perdu contact avec ce booker, donc au final il n’a jamais rien vu. Le passage au live, à une version incarnée, ça a été une étape. Au début on ne voyait pas du tout nos visages, on jouait volontairement sur l’anonyme. C’est d’ailleurs notre première interview filmée ! Mais outre les concerts, on veut vraiment que les gens continuent aussi à écouter notre musique.

Votre scénographie et l’installation vidéo/light sont vraiment captivantes. Est-ce que vous avez travaillé avec quelqu’un ou vous avez créé le dispositif vous-mêmes ?

 M Je vous raconte l’histoire : je regardais la chanson de ALB aux Victoires de la Musique et je vois le gros visuel qui est synchronisé derrière. Je me renseigne tout de suite sur twitter et je découvre que c’est l‘agence Cheval Vert qui a fait les visuels. Je vais sur le site de leur agence et là, je vois leur logo qui est absolument ultime : c’est un cheval aussi, comme nous, c’est une petit tête très graphique. Donc je sens tout de suite une sorte de connexion parce qu’avec Chamberlain on est sur l’image du cheval depuis le début. Donc, je leur écris, ils répondent tout de suite. Ils ont écouté toutes les tracks, ils ont adoré et on s’est mis au travail assez vite. Ils ont vraiment créé le dispositif pour nous, c’est un dispositif original qui a été réfléchi, il y a eu beaucoup d’aller-retour entre Paris et Lille pour qu’on affine les choses. Ils y ont mis beaucoup de cœur. Donc ils ont fait cette colonne, cette stèle pour Chamberlain, en exclusivité.

Ils ont aussi développé ça pour pouvoir créer une forme, pour qu’ils puissent l’utiliser ensuite de façon indépendante dans des expos d’art contemporain ou des installations lumineuses. Ils vont pouvoir le grossir, le décupler et en mettre 10 fois plus, en mettre partout même au milieu des gens, les synchroniser.

Donc Cheval Vert, ils font des trucs assez énormes : ils ont fait Flight Facilities à Melbourne récemment. Et ils font aussi des choses plus intimes comme le festival de piano à Edimbourg, où ils ont utilisé un logiciel qu’ils ont développé eux-mêmes.

Vous leur avez donné des indications sur les formes, le type d’installation que vous vouliez ou vous leur avez donné carte blanche ?

 M On a fait énormément de réunions presque clichées où tout le monde est autour d’une table et tout à coup, un des deux directeurs artistiques de l’agence fait « attends j’ai trouvé » et il dessine un truc dans une espèce de torpeur, de génie créateur. Et tout le monde autour fait « ouais ouais ouais » et on pousse. C’était une espèce de grosse réunion bordel où on a tout lâché et après on a passé notre temps à trier, à affiner, savoir comment on pouvait créer le dispositif et comment l’amener sur scène, parce que le dispositif n’est pas géré par la régie mais par nous directement sur scène. On gère tout : la colonne et même la projection, tout part de chez nous, des machines.

Comment cette installation est-elle connectée à votre musique ?

 M Elle est à l’image du processus de composition et de production à l’écran. Elle est graphique, abstraite et architecturale à la fois. Ce sont des additions, des points, des lignes. Il y a  des points de fuite, des ondulations, des trucs cachés, des contre-murs, des contre-lumières, c’est vraiment de l’architecture pour moi. En fait, c’est que des sentiments graphiques qui prennent vie en 3D dans une boîte à fumée, et qui deviennent eux-mêmes des objets.

Vous n’avez aucun vocal dans vos titres, vous restez toujours sur de l’instrumental. Et pourtant pendant le concert, sur l’un de vos titres, on a pu voir apparaître des mots dans la stèle lumineuse. Pourquoi ce choix ?  

 M En fait on s’est réinspirés du clip que j’avais fait pour ce morceau : j’avais utilisé une vidéo du musée de New-York qui était en libre partage. J’aimais bien ce film parce qu’il y avait un côté continuum. Il y a une phrase dedans qui dit « le reste de ce film sera comme le reste de ce film ». Donc il y a un côté mouvement perpétuel avec des mots qui défilent, qu’on peut mettre dans tous les sens. On fait les phrases qu’on veut, un peu comme les Mille Poèmes de Cocteau.  On écrit les mots avant le concert dans l’ordinateur et ensuite on les choisit et les ordonne sur scène comme on le souhaite.

Ces mots ont une signification particulière ?

 M C’est le seul morceau où il y a un gimmick qui fait « sol, si bémol » « tut tut » en permanence, tout le morceau est axé dessus, on a  tout construit sur ça. Donc il y a un côté continuum, froid, j’aimais bien l’idée que les mots défilent de façon froide et sans aucun sens en fait, à part le sens de… leur propre vacuité, la vacuité des mots. Finalement c’est hyper intéressant que tu nous parles de ça parce qu’on fait de la musique sans mots et tout à coup, le seul moment où on en met, ils ne veulent absolument rien dire. Pour montrer que les mots sont parfois complètement vidés de sentiments.

Le futur pour Chamberlain, quels sont vos projets ?

 M Une tournée. On va utiliser la matière du live comme une matière vivante qu’on va changer à chaque fois. C’est notre grand principe.

Anatole – Toujours se renouveler, c’est ça l’idée.

M   Voilà, on va changer les live à chaque fois : changer les titres, changer un peu les vidéos, parfaire certaines prod. Jouer de façon plus intime ou plus forte…

Il y a un titre qui sort chez Infiné le 15 janvier, c’est le titre d’ouverture de la prochaine compilation Infiné Explorer 2. On est super contents, c’est le morceau qui ouvre la compile et qui ouvre nos live aussi.

Vous allez continuer à collaborer avec Infiné ?

M   On espère. Je le dis en interview en me disant qu’ils vont peut-être regarder le truc. Ce sont des choses qui sont à suivre parce qu’ils sont très occupés. Si ça ne se fait pas on fera autrement et on fera bien aussi. Et puis l’Allemagne aussi, certainement un booker et une tournée. Un EP de toute façon en 2016 et un album en 2017.

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Playlist – L’Artichaut aux Trans Musicales 2015

Interview : Aurélie Leduc

Vidéo : Camille Neyton

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