Trans Musicales 2015 #2 // KAANG

Trans-Horizontal

Jérémy aka Labelle, artiste de la scène électro réunionnaise, et Néo aka Hlasko, artiste de la scène house et expérimentale du Lésotho, ont associés leurs influences et leur savoir-faire pour un projet des plus originaux : Kaang allie les productions électroniques à des chants traditionnels pour nous emmener aux confins d’une musique expérimentale et envoûtante. Réunis autour de leur intérêt commun pour la culture Bushmen, leur projet renoue avec des origines ancestrales et spirituelles. Rencontre avec les musiciens magiciens d’un des projets les plus surprenants et ensorcelants de cette année 2015.

Jérémy, ce ne sont pas tes premières Trans Musicales. Comment abordes-tu cette nouvelle édition ?

Jérémy – Je suis hyper content d’être aux Trans, j‘ai grandi à Rennes avant d’habiter à la Réunion. Ma famille paternelle est réunionnaise, créole du sud de l’île. J’avais fait des aller-retour pour voir ma famille quand j’étais gamin et ado. Maintenant, j’habite là-bas de manière permanente mais j’ai avant tout grandi à Rennes et toute ma culture musicale s’est construite ici. Donc c’est un festival vraiment très important pour moi parce que j’allais au Village des Trans à l’époque, quand j’avais 14-15 ans, c’était ouvert à tous, je me rappelle très bien des groupes que j’avais vus à l’époque.

Globalement je pense que pour beaucoup d’artistes rennais, les Trans nous ont beaucoup influencés par cette mixité, cette ouverture. C’est vraiment une chance qu’on a eu et qu’ont les jeunes de développer leurs propres goûts musicaux avec un festival comme celui-ci et tout ce que ça génère autour en événements, en réseau, en associations, en groupes etc… Donc pour moi c’est un très grand plaisir de revenir aux Trans et présenter ce nouveau projet Kaang.

Toi qui connais bien le festival, est-ce que tu penses qu’il y a un esprit Trans Musicales ?

J – Oui il y a un esprit Trans Musicales qui est un esprit de découverte. C’est vraiment le seul festival, ou un des rares festivals, où les rennais sont habitués à venir, il y a un public qui est fidèle aux Trans. Il y a des jeunes aussi qui viennent, ce n’est pas quelque chose de cloisonné générationnellement parlant. Et du coup, ce public fidèle aux Trans accepte d’aller voir des choses qui ne sont pas connues, qui sont en découverte, il y a quelques têtes d’affiche mais c’est comme un accord avec le public. Le public et le programmateur savent qu’il y a des nouveautés, le public accepte de jouer le jeu, d‘aller voir des choses nouvelles. Et ça c’est vraiment très particulier, on ne voit pas ça ailleurs. Dans le paysage actuel musical et dans les programmations un peu partout, c’est très original. Donc forcément par ça, il y a  quelque chose de spécial qui se dégage.

Les Trans ça représente quoi pour le projet Kaang ?

J – C’est une chance pour Kaang parce que c’est un projet très jeune, l’EP est sorti en mai dernier. On avait fait une date à Paris pour la release party et on était passés à Rennes. On avait vu Jean-Louis Brossard à ce moment-là, on lui avait donné l’EP et c’est après cette rencontre qu’on nous a dit « bon est-ce que ça vous dit de venir aux Trans ? ». J’ai trouvé ça un peu inattendu parce qu’on avait fait qu’une date. J’ai expliqué à Jean-Louis que Kaang était tout récent. Il m’a dit qu’il n’y avait pas de soucis et il nous a proposé l’Air Libre, c’est un théâtre, donc une plus petite jauge que le Parc Expo. Moi j’avais fait le Hall 9 en 2013 donc très grosse scène. Avec l’Air Libre, c’est vraiment une chance de pouvoir proposer un projet jeune avec des fragilités et en même temps sur une scène qui puisse accueillir et respecter ça. Etant donné que le projet est jeune et fragile l’Air Libre c’est vraiment parfait, on est dans les meilleures conditions. C’est un énorme plaisir de pouvoir faire ça. On a  préparé un live spécialement pour les Trans et étant donné qu’on est là sur plusieurs soirs, on peut vraiment affiner, ajuster, et du coup tester des choses.

Vous pouvez nous raconter votre rencontre ?

J – On s’est rencontrés en mars 2013, j’avais une tournée de programmée en Afrique australe avec un passage au Lesotho, organisée par l’Institut Français d’Afrique australe et les Alliances françaises du réseau. C’était mon premier voyage et j’étais assez curieux de rencontrer des artistes de la scène sud-africaine, parce que j’avais vu quelques mois avant un reportage de Resident Advisor sur la scène house de Johannesburg. Donc j’ai cherché sur soundcloud des artistes et j’ai trouvé Néo avec son projet solo Hlasko. J’ai tout de suite été accroché, émerveillé par sa voix et aussi par le style de musique qu’il développe entre ambient, trip-hop, musique expérimentale, très différent de la tendance house sud-africaine.

Donc je lui ai envoyé un message pour qu’on se rencontre. Quand on s‘est vus on a directement voulu essayer quelque chose. On est allés dans mon hôtel où j’avais un peu de matos pour essayer d’enregistrer des choses. En 2 heures on a enregistré 3 morceaux. Ça a été très vite, on a  trouvé des affinités immédiatement donc on s’est dit que ça serait intéressant de monter un duo.

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Néo, comment as-tu commencé à faire de la musique en Afrique du Sud ?

Néo – J’ai commencé à faire de la musique en 2010 en utilisant des instruments de production électroniques. Mes amis m’ont montré le logiciel de musique qu’ils utilisaient et c’est comme ça que j’ai commencé à expérimenter un peu. Et ça a comme débloqué un truc dans mon cerveau qui m’a inspiré pour créer et composer. Et depuis, je fais de la musique et je chante.

Comment travaillez-vous tous les deux ? Jérémy tu es plus à la prod et Néo tu es plus au chant ?

J – Effectivement Néo est plus sur les parties vocales et moi instrumentales mais on se donne la possibilité d’intervenir sur les domaines de chacun. Par exemple, je vais dire à Néo « essaye de chanter dans tel type de voix, plus aigüe, plus grave ». Je vais lui donner des instructions et lui aussi, par rapport à la musique, il va me dire « bon là peut-être que ton break tu devrais rajouter un truc plus rythmique ou plus mélodique, enlève cette pause » etc… On va interagir, on ne va pas se limiter à nos champs respectifs, il y a vraiment un travail de composition et penser ensemble.

Vous travaillez à distance par internet ou vous avez besoin d’être ensemble pour composer ?

J – On se voit toujours. On a essayé de travailler à distance mais ça ne marche pas du tout. Ce qui marche c’est qu’on soit ensemble dans la même pièce sur plusieurs jours, qu’on mange la même chose, qu’on vive la même chose et c’est là que les conditions sont réunies pour créer rapidement. Quand il n’y a pas ça, ça ne marche pas. Donc c’est aussi une contrainte assez importante parce que ça veut dire que soit je me déplace soit lui se déplace, ça demande de l’organisation.

Comment conjuguez-vous vos deux musiques culturellement et musicalement parlant ? Avec ta culture réunionnaise Jérémy et ta culture sud-africaine Néo, comment arrivez-vous à trouver la symbiose entre les deux ?

J – La symbiose vient de plusieurs choses. Tout d’abord de notre intérêt en commun de la musique Bushmen, c’est le point de départ du projet Kaang. Le nom Kaang est celui de la divinité principale dans la culture Bushmen. On a aussi beaucoup de musiques et d’influences communes, des sensibilités assez proches sur beaucoup de styles de musique, que ce soit en musique électronique, en musiques plutôt américaines, rap etc… Donc c’est grâce à ces affinités et à la culture Bushmen dans laquelle on puise des éléments.

On puise des éléments tout d’abord au niveau mythologique, après au niveau spirituel, mystique, et enfin, concrètement, au niveau musical. Moi je prends des sons de musique Bushmen, je prends des notes d‘instruments que je réutilise pour faire mes propres mélodies, mes propres rythmes. Et Néo emprunte aussi des manières de parler, des façons d’écrire les textes, des types de vocals typiquement Bushmen. C’est de la réutilisation, on se réapproprie ces éléments un peu ancestraux pour faire quelque chose de nouveau.

Néo, comment la culture et l’histoire Bushmen inspirent ton écriture et tes textes ? Est-ce que tu cherches à communiquer un message particulier à propos de cette culture ?

N – Mes textes sont très inspirés par la culture Bushmen, notamment parce que je suis Soto et que les ancêtres du peuple Soto sont en fait les Bushmen. Les Soto ont colonisé les territoires des Bushmen au Lésotho, donc il y a eu beaucoup de mixité. Pour moi, c’est donc une façon de renouer avec mes ancêtres et de traduire au reste du monde l’univers, les croyances et la philosophie de cette culture Bushmen.

La suite pour Kaang ? Des prochains concerts, peut-être un album ?

J – On se projette très peu avec Néo. On se projette beaucoup dans nos projets personnels, Hlasko et Labelle mais pour Kaang, on voit au fur et à mesure. Mais on sent qu’il y a des très bonnes choses. Déjà il y a les Trans, c’est vraiment génial, toutes ces interviews, on sent qu’il y a de l’intérêt donc c’est vraiment très positif. On attend tout de même que les 3 concerts soient passés pour vraiment juger de l’impact sur les programmateurs, sur le réseau professionnel. Mais s’il y a une continuité, un intérêt, on ira dans cette direction-là oui !

1er EP disponible 

Soundcloud 

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 Playlist – L’Artichaut aux Trans Musicales 2015

Interview : Aurélie Leduc

Vidéo : Camille Neyton

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