Toujours la tempête

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Alain Françon revient à l’Odéon, avec Toujours le tempête. Dans ce spectacle se profile une forme d’écriture de soi d’Handke incarnée à merveille par des comédiens de talent.

Note : 3,75 artichauts sur 5

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Michel Corbou

Au début se plante un décor utopique, vague, une « lande-steppe » en plein cœur du « Jaunfeld ». Là-bas arrive Moi (Laurent Stocker) qui invoque ses ancêtres, réalisant une photo de famille bien étrange où Moi est plus vieux que sa mère, et où voguent de fantomatiques souvenirs qui semblent pourtant bien réels. Autour de ce verger de pommiers se déroule la vie d’une famille slovène classique, où se terrent l’un à côté de l’autre rancœur et amour fraternel profond. Après 1936, l’année bénie, survient la guerre. Les trois frères sont enrôlés de force dans l’armée allemande, l’une des sœurs couche avec un allemand et tombe enceinte de « Moi » tandis que la dernière, qui fut longtemps moquée par sa famille, rejoint la résistance dans les montagnes. Deux fils meurent au front, le troisième rejoint sa sœur dans les montagnes, et la deuxième part chercher son amant sous les bombes, en Allemagne, laissant à ses parents son bâtard.

Michel Corbou

Michel Corbou

Histoire individuelle qui en cache une plus vaste sur l’identité, la langue y est une profération parfaitement incarnée par huit comédiens tous aussi impressionnants. Ce récit choral impressionne aussi bien par sa poésie que par le souffle que lui apporte la mise en scène, soutenue par une scénographie sobre et ouverte, un morceau de cette Carinthie évoquée avec une certaine nostalgie par Handke. La première partie dévoile une photo de famille passionnante, où l’on se laisse porter par l’écriture de l’auteur Autrichien qui lève le souvenir d’une identité slovène écrasée. Durant la deuxième, la passion s’épuise, et si le texte est toujours aussi beau, il nous emmène avec un peu moins d’ardeur. Ceci dit, Toujours la tempête reste un très beau spectacle-fleuve tenu par des comédiens à saluer, et un texte d’une beauté envoûtante.

Bertrand Brie

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