Toshiki Okada et l’angoisse du passé

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Une fois de plus, Toshiki Okada se fait ambassadeur du théâtre japonais en France grâce au T2G. Avec son nouveau spectacle, Time’s Journey Through a Room, il met en œuvre un savant mélange entre un spectacle et une installation performative ; si la manière dont il est présenté au public est assez traditionnelle, la forme, elle, ne l’est pas tant.

Hanté par Fukushima, hanté par cette angoisse de la catastrophe qui pèse sur la tête des Nippons comme une épée de Damoclès. Toshiki Okada se fait digne héritier des inquiétudes postnucléaires lors des années qui ont suivi la capitulation japonaise lors de la Seconde Guerre Mondiale. Trois comédiens sur scène, et une ambiance minimaliste entre scénographie léchée et recherche sonore qui rappellent une installation.

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Ce Time’s Journey Through a Room est un spectacle plein d’une délicatesse toute particulière, mêlant histoire personnelle et histoire japonaise, traditions artistiques japonaises – le minimalisme et la présence spectrale du Nô, préoccupation du Butô – et art contemporain. Réminiscences d’une épouse disparue qui éveille la conscience de l’horreur du tremblement de terre de 2011, faisant cohabiter différentes temporalités au sein d’un même appartement. Cette volonté d’expiation, de mettre en œuvre la révolution temporelle sans pour autant renier le passé, on la retrouve déjà dans le Butô. Cette danse japonaise née au cœur du charnier d’Hiroshima dans les années 1960, à l’heure où le Japon se remet doucement de la guerre, fait du corps le lieu d’un rituel chamanique de résurrection. Elle donne à l’Homme dévasté une nouvelle enveloppe. Et c’est cette volonté qu’Okada affirme à nouveau dans son spectacle, en affirmant sa volonté de tourner la page, de reconnaître le passé sans le laisser cohabiter avec le présent. En quittant l’enveloppe d’un monde révolu pour acter la possibilité d’un monde renouvelé, tel qu’il est vraiment. Au milieu de tous ces petits objets, de ces lumières et de ces ampoules qui s’allument et s’éteignent par intermittence, de ces bruits que l’on retrouve avec une entêtante régularité, comme ce passé qui est là sans vraiment l’être, se déroule le drame d’une existence engoncée dans l’expérience.

Okada signe une œuvre d’une simplicité et d’une douceur touchante, renouvelant le cri d’espoir du Butô lancé quelques décennies plus tôt, un cri d’espoir qui fait de la douleur une possibilité d’avancer.

Bertrand Brie

Crédits photo: Misako Shimizu

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