Tosca : un changement chic et choc

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Depuis dix-huit ans, la mise en scène de Werner Schroeter faisait de Tosca un opéra vu et revu à l’Opéra de Paris. Il fallait donc renouveler et redonner un souffle à cet exceptionnel opéra, un classique du répertoire de Puccini. Pour les chanteurs il s’agit d’être à la hauteur de leurs illustres prédécesseurs : Maria Callas, la « Tosca du siècle » elle qui commença et termina sa carrière avec ce rôle ; Placido Domingo et Luciano Pavarotti dans le rôle de Cavaradossi ; Ruggero Raimondi dans celui de Scarpia.

Aussi, Stéphane Lissner a fait confiance à l’un des chefs d’orchestre fétiche de l’Opéra de Paris, Daniel Oren. En revanche la mise en scène a été confiée à Pierre Audi, metteur en scène franco-libanais qui n’avait à son actif que La Juive en 2007 à l’Opéra de Paris, scéniquement imposant. La mise en scène livrée ici est d’une beauté déconcertante : la majesté de la scène fait peser sur le spectateur une forte sensation d’oppression.

Pour le chant, Ludovic Tézier, un des plus grands barytons actuels, devait tenter de s’imposer dans un chant, celui de Scarpia, qu’il ne connaissait pas. Or c’est avec lui que la réussite est la plus éclatante : l’opéra présente un côté terrifiant grâce à sa voix et son jeu réussi. Somme toute, une vraie réussite de Stéphane Lissner à l’Opéra de Paris.

Les plus :

– La mise en scène magnifique. Certes elle n’est pas moderne, mais elle est si belle et imposante qu’on est scotchée au cœur de cette intrigue aussi tragique que majestueuse.
– Un Ludovic Tézier imposant : jeu, chant, présence, tout y est !
– Un orchestre puissant qui donne bien le rythme à cet opéra.
– Les chœurs excellents (mention spéciale aux enfants la composant) et qui font vibrer toute la salle lors de la fin du premier acte avec un Te Deum imposant.

Les moins :

– la voix de Martina Serafin qui est en-dessous des attentes pour une Tosca.

Note : 4,5 artichauts sur 5

Tosca est l’un des plus beaux opéras du catalogue : court (2h), tragique, musicalement parfait, c’est à chaque fois un bonheur de revoir et réécouter cet opéra. La précédente mise en scène n’était pas particulièrement émouvante, et il fallait la changer après 18 ans de bons et loyaux services.

C’est la première chose qui saute aux yeux au commencement de l’opéra. Rare pour un opéra, pas d’ouverture : Puccini a souhaité faire rentrer le spectateur dans une action tragique avec cinq simples accords tutta forza. Le cadre est fixé : le noir domine, avec cette construction en forme de croix qui domine la scène. Dans un coin, Mario Cavaradossi peint une fresque grandiose. Le religieux est omniprésent : l’arrivée grandiose de l’évêque avec un Te Deum magnifiquement chanté à la fin de l’acte I achèvera de convaincre ceux qui en doutaient.

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Mais c’est surtout cette construction de « croix » qui interpelle le spectateur. Dès l’acte II, la croix est suspendue au dessus de la scène. En dessous, en rouge vif couleur de sang, le Palais Farnèse richement décoré. Tout est beau : les différents éléments du décor tranchent avec l’ancienne mise en scène trop vide, où seule une longue table trônait. Désormais, tout a été réfléchi pour faire du Palais Farnèse ce lieu de pouvoir : un buste d’empereur romain, un globe terrestre.

A côté de cette magnifique mise en scène, il y a surtout le casting qui se résume en un nom : Ludovic Tézier. Annoncé initialement malade, il est finalement présent pour notre plus grand bonheur. Ce baryton mêle tout ce qu’il faut pour faire un bon Scarpia : jeu, chant, on est pris à la gorge. Et on est mal à l’aise face à ce viol qui semble se dérouler sous nos yeux. Chantage, sexe, trahison : bienvenue chez Puccini.

Marcelo Alvarez lui aussi joue un Mario parfait, parfois trop joué – l’air E lucevan le stelle est extrêmement bien maitrisé, mais joué trop pour le public. La seule insuffisance vient de Martina Serafin, toujours juste mais jamais excellente. Au dernier acte, cela est le plus visible et audible : certaines scènes sont criées et cela ne passe pas pour jouer le rôle d’une cantatrice qui fait rêver toute l’Italie.

Quant à la direction, elle divise. Elle peut sembler trop pompeuse et pas assez nuancée. Mais elle est adaptée à la mise en scène : puissante, majestueuse, troublante. Le spectateur sort d’ici – comme devant tout drame de Puccini – changé. La tragédie est toujours parfaite, les chants déchirants. On ne peut qu’apprécier une tragédie de cette intensité. Chapeau Audi !

BONUS ! Filmé par France 3, l’opéra est disponible sur internet à cette adresse. A regarder avec une bonne connexion internet pour la HD (le jardin du 27 est déconseillé).

 

Nicolas THERVET

Tosca, de Giacomo Puccini.
Nouvelle Production
Melodramma en Trois Actes (1900)
Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après la pièce de Victorien Sardou
Mise en scène : Pierre Audi
Direction musicale : Daniel Oren
Avec Martina Serafin, Marcelo Alvarez, Ludovic Tézier
Place de la Bastille, Paris XIIe (Tél : 01 40 01 19 70). Tarif : de 5€ à 231€
Jusqu’au 28 novembre.
Durée : 2h45 avec entracte
www.operadeparis.fr

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