Tiens toi droite – Katia Lewkowicz

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Tiens toi droite de Katia Lewkowicz
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Un film dans la continuité de Sous les jupes des filles, d’Audrey Dana, mais ici la provocation a laissé place à une banalité stéréotypée.
Pour son deuxième film, Katia Lewkowicz nous dresse le portrait de trois femmes de générations différentes, et au quotidien différent, qui vont évidemment être amenées à se rencontrer au cours du film.

Le film a pour volonté, comme tout film sur les femmes, d’établir un bilan sur ce qu’est une femme aujourd’hui, que veut-elle ? Que fait-elle ? Pour arriver à répondre à cette question, le faire valoir de la réalisatrice est le projet de commercialisation d’une nouvelle poupée pour enfant aux traits plus réalistes que la grande blonde à la taille trop fine et au sourire éclatant que tous les enfants connaissent.

Le projet du film est séduisant, le casting particulièrement riche : Marina Foïs, Noémie Lvovsky et Laura Smet. Mais il est impossible en tant que spectateur de rentrer dans ce film et en tant que femme de s’identifier à ces personnages tant le niveau caricatural est élevé. Marina Foïs se retrouve encore une fois à jouer le rôle qui semble désormais lui être assigné depuis Polisse de Maïwenn : une femme sèche, sans vie sentimentale et totalement dévouée à son travail dans un pressing, puis au sein de l’équipe concevant cette nouvelle poupée. J’espère pouvoir un jour revoir le sourire de Marina Foïs à l’écran ! Noémie Lvovsky joue le personnage le plus réaliste et sincère : une mère de trois filles qui est une nouvelle fois enceinte, travaille de nuit dans l’industrie, s’occupe de ses enfants le jour et est préoccupé par son couple qui est en train de battre de l’aile. Quand à Laura Smet… Censée incarner la plus jeune génération de femmes, son personnage est élue Miss Francophone mais son rêve a toujours été de travailler dans les mines comme son père. On trouve un personnage frivole, vulgaire, dérangeant, en dehors de la réalité.

Ces trois femmes vont être amenées à se retrouver autour du projet de la nouvelle poupée, situation très prévisible où quatre générations de femmes sont amenées à se poser des questions sur la représentation de la femme aujourd’hui. Je ne sais pas si ce film a une volonté féministe ou non, car un film sur les femmes n’est pas forcément féministe. Quoiqu’il en soit, si ce film a une volonté féministe, à l’écran on ne voit qu’une image dégradée de la femme, la forme du commencement d’une nouvelle forme de stéréotype de la féminité. Au sein des bureaux de décision de l’entreprise, on apprend que la femme d’aujourd’hui ne doit pas sourire, n’est absolument pas blonde, à des vergetures et je passe beaucoup d’autres clichés sur la soi-disant réalité des femmes aujourd’hui.

tiens toi personnages

S’il est difficile de s’identifier à un personnage à cause de sa non-vraisemblance, la conduite de l’histoire et son montage tient également le spectateur en recul. La narration est déconstruite. Les bruits d’ambiances, assimilables à du brouhaha, sont amplifiés. Une voix off ouvre le film et commente l’ensemble des événements à l’écran et répète : « C’est ici que tout commença » et pour parler de chacune des trois femmes : « ce qui va suivre, c’est en quelque sorte son histoire ». La réalisatrice s’adresse donc clairement aux femmes et affirme que puisque je suis une femme, je vais pouvoir m’identifier aisément aux personnages, puisque évidemment ce sont des femmes, il n’y a donc aucune raison pour que je ne les comprenne pas ou que je pense différemment d’elles puisque nous avons les mêmes organes génétiques. On ne fait sûrement pas pire en termes de clichés et en termes d’effet réducteurs de la femme.

Je pense qu’il faut arrêter de faire des films sur les femmes ou en tout cas des films sur les femmes qui ont uniquement pour but d’être un film sur les femmes, un peu comme on tournerait un documentaire à un instant T sur une bête curieuse. Les femmes sont des bêtes curieuses dans ce film, la preuve se trouve dans les regards que les personnages secondaires masculins portent sur elles, de plus en plus choqués à mesure du film et les comprenant de moins en moins. Il y a certains tabous qu’il faut briser et ce film les renforce.

tiens toi 3

Y a-t-il des films féministes avec un personnage principal masculin ? Non.
Y a-t-il des films sur les hommes ? Des films qui cherchent à dresser un constat de ce qu’est un homme aujourd’hui et qui s’épancherait longuement sur leur problème d’éjaculation précoce ou de taille de caleçon ? Non, même la saga Le cœur des hommes ne fait pas ça. Alors pourquoi toujours porter un regard sur la femme et la banalité de sa vie génétique, physique et spirituelle comme si finalement il n’y avait qu’une seule définition de la femme, un seul type de femme. C’est comme si cette vie génétique était un tel fardeau qu’on aurait besoin de films sérieux qui nous en parlent pour nous conforter dans notre état de pauvre petite créature. A travers ce film, on cherche à créer un seul type de femme, représenté par la poupée, qui les engloberait toute et dans lequel chacune pourrait se reconnaître.
Pour moi, ce film est un grand pas en arrière. Et si pour la réalisatrice, la liberté des femmes se résume à un match de basket joué seins nus dans la cour de l’entreprise, je pense pouvoir lui dire qu’elle se trompe.

Tiens-toi droite affirme haut et fort qu’il n’y a pas des femmes, mais Une femme.
Néanmoins, je ne peux croire que Katia Lewkowicz pense ça. Peut-être que ce film a en réalité une volonté caricaturale du début à la fin pour faire prendre conscience au spectateur du ridicule de la pensée réduite que je viens de décrire.

Chloé Triquet

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