Les théoriciens de l’économie : une série documentaire BFM Business

Série BFM business

Qui a dit qu’on ne pouvait pas mêler plaisir et travail ? Cette semaine l’Artichaut mélange business et culture pour évoquer une série singulière sur les théoriciens de l’économie. Le mot économie  vient du grec et désigne « l’administration d’un foyer ». De nos jours, il  se rapporte à une activité relative à l’échange, et plus généralement aux rapports sociaux liés à l’argent. Cette discipline est vue comme une science par les uns et comme un moyen de comprendre le monde par d’autres.  Elle a été théorisée par des hommes comme Hayek, Keynes et Marx qui par leurs visions du monde éclairent encore l’actualité et permettent de mieux comprendre les enjeux contemporains liés à la croissance, au chômage, à la productivité, la compétitivité, etc. Grâce à cette série de documentaires, les mots employés par des experts tels que Jacques Attali ou Alain Minc seront peut-être plus clairs et vous ne serez plus bernés par une terminologie complexe employée par les médias ou des pseudos experts.

Friedrich Hayek, chantre de l’ultralibéralisme[1]

Friedrich Hayek avait un leitmotiv : laisser le Marché s’autoréguler et empêcher l’Etat d’intervenir. En effet, pour cet économiste, on ne peut prévoir l’avenir et c’est être bien orgueilleux que de croire que des hommes ou l’Etat ont un quelconque pouvoir de maitrise sur l’économie. Les crises peuvent se prédire, il a d’ailleurs prévu celle de 1930 et de 2008. Tous processus de bulles spéculatives conduit immanquablement à une hausse des taux d’intérêts. Sa jeunesse à Vienne lui fait redouter l’inflation. Après les années folles qui ont  permis aux Américains de consommer massivement, certains biens de consommation ont atteint des taux d’inflation de 10 000 %. Les banques ont dû créer des billets spéciaux pour cela. Mais même en faisant cela, cela n’était pas suffisant pour que des individus puissent manger à leur faim. Lors de la montée des totalitarismes hitlériens et staliniens, Hayek questionne le capitalisme et se demande s’il est le meilleur système. Dans la Route vers la Servitude, il développe sa théorie de non-ingérence de l’Etat dans l’économie, grâce à laquelle les individus peuvent accéder à la  liberté. Cet anarchiste avait un sérieux concurrent dont les théories économiques  feront florilège après la deuxième guerre mondiale: John Maynard Keynes. A l’inverse, celui-ci préconise un investissement massif de l’Etat dans l’économie afin de favoriser la consommation. La mise en place du New Deal  en sera l’application directe. Hayek va connaitre un déclin de ses théories qui n’avaient été populaires qu’aux Etats Unis, l’Europe ne les ayant jamais soutenues. Il va sombrer dans la dépression et l’oubli dont le prix Nobel acquis en 1974 le fera émerger. Il revient sur le devant de la scène en s’attaquent aux banques centrales dont il remet en question la légitimité pour créer de la  monnaie, pour lui seul le Marché devrait détenir ce pouvoir. Hayek qui craignait l’arrivée du socialisme au Royaume-Uni est ravi de voir Margaret Thatcher  arrivée au pouvoir, se saisir de ses théories et les appliquer au-delà de ses écrits. Ainsi, ce n’est ni le Marché ni l’Etat qu’il faudrait craindre mais les organisations syndicales qui empêchent les libertés d’advenir.

John Maynard Keynes et l’intervention de l’Etat dans l’économie[2]

Keynes naquit en 1883 en Angleterre, dans une famille aisée. Avec l’âge, il décida de boursicoter et de tester ses théories économiques. Pour lui, l’économie est imprévisible et l’intervention de l’Etat nécessaire. Lors d’une crise, un univers morose et pessimiste fait perdre toute confiance aux ménages et aux entreprises. L’Etat doit relancer les dépenses publiques afin que les ménages consomment, il doit faire baisser les taux d’intérêts pour  permettre une hausse des investissements.  C’est en 1944, lors de la conférence de Bretton Woods qu’il pose les bases de sa théorie dont le fameux  effet multiplicateur, une estimation de l’impact de la dépense publique sur la demande et donc sur l’investissement.  Cela suppose une façon d’agir des individus identiques et donc un effet de groupe. On peut aussi nommer ce suivisme d’ « esprits d’animaux ». Les individus sont considérés comme une meute qui agit en groupe. Malgré tout, Keynes aurait été le premier à  préconiser un théorique équilibre budgétaire afin que les générations futures n’aient pas à payer les dettes de leurs aînés. Mais même pour Keynes ce n’était qu’un vœu pieux, puisque beaucoup des solutions qu’il présentait passaient par un endettement immédiat et massif de l’Etat qui sera éventuellement géré plus tard, une fois la croissance retrouvée.  Le documentaire est bien fait, il est pédagogique et  a l’intelligence de présenter de manière simple sans être simpliste un concept économique toujours d’actualité. On comprend que les théories Keynésiennes ont grandement contribué à l’essor du capitalisme aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe dans un contexte d’après-guerre où la relance économique était une nécessité vitale. Cependant, Keynes n’était pas anti capitaliste, bien au contraire comme beaucoup d’autres, il cherchait des solutions pragmatiques pour sauver le système. Ce qui n’est pas le cas de Marx.

Karl Marx, le « spectre du communisme »[3]

Karl Marx naquit à Trèves 1818. Sa théorie est radicale, il souhaite se débarrasser du capitalisme, de la suprématie de certains sur d’autres. Pour lui, un système économique doit être bénéfique pour tous. Il situe des rapports de domination entre deux catégories : les capitalistes qui possèdent les moyens de production et les prolétaires qui vendent leurs forces de travail. Les capitalistes vont alors payer le minimum vital et tirer le maximum de profit des prolétaires. Ces derniers grâce au salaire octroyé, bien en dessous des seuils qui pourraient leur permettre de s’en sortir, vont continuer de vendre leurs forces de travail. De nos jours, beaucoup estiment que même si Marx est le théoricien du communisme, il a écrit beaucoup d’éléments d’intérêt sur les conditions  du capitalisme. Il a été un de ceux qui ont envisagé sa mort et proposé des alternatives à ce système. Selon lui, le matérialisme se définit par  les rapports qu’entretiennent les individus vis-à-vis de tout ce qui est matériel. Cela concerne leur travail, leur moyen de subsistance, leur maison, leur nourriture… Ses réflexions comportent des considérations philosophiques comme par exemple le fait que  la révolution n’est pas une activité prolétarienne mais bourgeoise.

 

De nos jours, au moment où la technologie a rendu obsolète certains emplois, le capitalisme reste incontournable et nul ne songe à le remettre en question. Sa base est toujours la même : le profit, un attribut qui semble inhérent à la nature humaine. Or, si l’on  part de ce postulat, à savoir l’impossibilité de changer  la nature humaine, force est de constater le danger des utopies qui par définition ne se réalisent jamais et finissent pour beaucoup dans le sang. Le communisme et les dictatures qui y sont associées ont disparu en 1989 ce qui a rendu Karl Marx très impopulaire puisqu’il en est le créateur.

 

Ismaël El Yamani

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=IKBNe1ohRRc 

[2] https://www.youtube.com/watch?v=jgGJM5BZCLc&nohtml5=False 

[3] https://www.youtube.com/watch?v=r46bMHlgLxA&nohtml5=False

 

Pour aller plus loin :

-Hayek vs Keynes : le combat du siècle sur econstories.com

https://www.youtube.com/watch?v=3bn4du4Qa0s

– « Gardez Vous de L’Essor et de la Chute » un Hymne Rap – Hayek Contre Keynes

https://www.youtube.com/watch?v=O1EtFZ1AgyU&nohtml5=False

– L’émission « L’économie en question » sur France Culture

– Hors série du journal le Point de mars – avril 2016 : Comprendre l’économie 

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