The Voices, ou la folie sanguinaire de Ryan Reynolds

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The Voices de Marjane Satrapi
Une comédie gore en rose et noir
4 / 5 Artichauts

Etes-vous ailurophobe ? Hématophobe ? Nécrophobe ? Hylophobe ? Non ? Alors, c’est bon, vous pouvez aller voir The Voices de Marjane Satrapi. Car si vous avez d’ores et déjà un tant soit peu d’aversion pour les chats, le sang, les cadavres ou les forêts, vous risquez de sortir de ce film traumatisé à vie.

Marjane Satrapi livre un conte macabre dont le « héros », Jerry (Ryan Reynolds), a quelques petits problèmes mentaux. Dans la journée, il travaille à l’usine de baignoires qui fait battre le cœur de Milton, trou paumé des Etats-Unis. Pour ses collègues, c’est un asocial un peu bizarre, dont l’enthousiasme constant est déplacé et un peu embarrassant.

Jerry en pince pour Fiona (Gemma Arterton), une expat british super sexy qui travaille à la compta. Sauf que le sentiment n’est pas réciproque, et Fiona se joue – pas très honorablement – du pauvre Jerry. Après une expédition dans la forêt (prenez garde, hylophobes), Jerry tue « par accident » Fiona. De retour chez lui, son chien l’enjoint à se rendre à la police, son chat insiste pour qu’il se débarrasse du corps. Oui car ses animaux lui parlent. Jerry choisit la deuxième solution. S’ensuit une belle scène de boucherie. Littéralement. Jerry découpe Fiona sur son plan de travail, à la scie, au hachoir, au couteau et met tous les morceaux dans des boites (hématophobes, fuyez). Ah non, pas tous les morceaux, la tête, il la met dans son frigo (nécrophobes, passez votre chemin). Pardonnez tous ces détails, mais il faut dire qu’ils ont marqués l’auteure de ces lignes.

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De l’histoire je ne révèlerai rien d’autre, vous avez compris l’idée. The Voices flotte entre deux ambiances : celle très rose, très inoffensive du train-train quotidien de Jerry à l’usine et avec ses collègues et celle, beaucoup plus sombre et angoissante, de sa vie à la maison en (mauvaise) compagnie de ses animaux. Michael R. Perry, le scénariste, joue sur le cliché du chien meilleur ami de l’homme, voix de la sagesse et du « bien », et du chat sournois, voix du « mal » (le chat est d’ailleurs roux – référence à l’ancestrale croyance ?). Le chat est particulièrement effrayant et machiavélique (ailurophobes, abstenez-vous). Paradoxalement, c’est aussi le personnage le plus drôle, affublé d’une grossièreté détonante. Car c’est bel et bien une comédie, on y rit assez souvent, que ce soit devant la maladresse de Jerry, l’attitude du chat ou le comique grotesque de sa mécanique assassine pendant le reste du film. Un film en rose et noir.

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Ryan Reynolds est superbe dans le rôle de Jerry, passant du sourire le plus stupide du monde au trouble de l’assassin qui réalise qu’il est devenu un assassin. Il balaye d’un revers The Green Lantern et prouve qu’il est vraiment bon acteur. Le canadien a, de plus, doublé tous les animaux et sans doute dû jouer assez souvent devant un mammifère récalcitrant ou un frigo vide. Gemma Arterton fait ce qu’elle sait faire de mieux – être belle et chanter. Anna Kendrick est tout à fait sympathique en collègue désespérément à fond sur Jerry. Jacki Weaver, en thérapeute aux compétences discutables, complète ce casting 4 étoiles. Son personnage a d’ailleurs droit à un joli moment, un éclair d’honnêteté sur son métier, sa vie et sa propre frustration.

Avec The Voices, on est loin de Persépolis et de Poulet aux prunes. Marjane Satrapi montre qu’elle pouvait très bien réussir là où on ne l’attend pas forcément. Après s’être essayée à la comédie d’horreur, la réalisatrice iranienne a exprimé le désir de réaliser une comédie musicale. Je demande à voir.

P.S. : La scène finale vaut le détour.

Charlotte Merveille

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