The Riot Club – Lone Scherfig

affiche

The Riot Club de Lone Scherfig
4 / 5 artichauts

Lone Scherfig, qui nous avait habitué avec Un jour et Une éducation à de beaux films tout en nuances, offre cette fois ci au public une brutale secousse. Avec The Riot Club, elle plonge au cœur de la bourgeoisie d’Oxford et nous donne à voir les excès et les dérives d’un groupe de dix garçons, issus des meilleurs écoles et des plus grandes familles, rassemblés dans un club millénaire à la gloire d’un libertin des temps passés.

De la première à la dernière scène, c’est la violence qui prévaut dans ce film, celle qui transparaît dans les attitudes, les débats enflammés, les soirées ou les rites de passage. Les membres du Riot Club vivent fort, sans se soucier des autres, parce que leur richesse et leur rang social leur offrent la tranquillité, à défaut d’apaiser leurs esprits. Il semble qu’ils n’en ont jamais assez, qu’ils doivent toujours aller plus loin pour se divertir. Rien ne les contente. Très vite, on comprend que cela ne pourra pas continuer ainsi longtemps. Dès la première demi-heure, on sent la tension entre les garçons qui ne cessent de s’accroître, notamment entre les deux personnages principaux, Alistair et Miles, incarnés respectivement par Sam Claflin et Max Irons. On attend avec appréhension ce moment où tout va exploser, parce qu’on est certain que cela va arriver, jusqu’à ce dénouement d’une cruauté et d’une violence rare. Il convient de saluer la maîtrise de la musique – sourde et sans nuances – et des silences – pesants et tellement significatifs – qui soulignent ce passage avec justesse, le rendant d’autant plus puissant.

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Plus que cette violence brute, c’est l’omniprésence du groupe qui frappe dans ce film. Le club compte plus que tout : il faut en respecter les règles, les codes, vivre à son rythme effréné et assumer toutes ses fautes. Il est au centre de tout et Lone Scherfig, de ce fait, accorde très peu de temps aux personnages secondaires. Ce qui importe, ce sont ces dix garçons, rien de plus. Ainsi se succèdent les plans serrés et les scènes intimes où ne se retrouvent jamais plus de trois personnages, comme s’il fallait à tout prix se recentrer sur soi, sur ces camarades. Ce qui est frappant, c’est qu’on sait très peu de choses de ces dix garçons à la fin de ce film. Ils n’existent pas en tant qu’individus, ils n’existent qu’à l’intérieur du club. De ce fait, ils n’ont aucun rêve ou  aucune ambition qui pourrait le dépasser. Tout passe et tout doit passer par le club. Il n’y a que Claflin et Irons pour voir au-delà, pour penser au futur ou s’intéresser à une petite amie. Voilà qui explique sans doute pourquoi ils se détachent du groupe: parce que d’une certaine manière, ils existent en dehors de celui-ci.

The Riot Club est un film particulier, frappant, déroutant. On ne s’ennuie pas à un seul moment, en partie à cause de cette tension insoutenable que j’évoquais, mais surtout parce qu’il ne ressemble à rien de ce qu’on peut voir habituellement. S’il ne plaira pas à tout le monde, il est certain, cependant, qu’il ne laissera personne indifférent.

Cécile Lavier

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