The Limiñanas Tirith : le duo qui va vous gouverner tous

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Il a donc fallu 5 albums pour qu’on entende enfin parler des Limiñanas dans les grands médias, là où les Etats Unis les encensent depuis 3 ans. En effet, c’est dans le très généraliste quotidien Le Monde qu’on a pu découvrir Garden of Love,  le chouette nouveau single du groupe catalan. Pour ceux qui ont écouté en boucle le dernier Kanye West, de peur que cette raclure de Shkreli ne s’en empare définitivement ou qui ont préféré regarder B2O et Cricri noyer une putain de caisse pour pas grand-chose, voici une brève rétrospective de l’oeuvre du classieux duo.

On parle d’un groupe qui n’a à proprement parlé rien d’extraordinaire. Le genre de groupe dont on dit qu’il « n’invente rien ». Mais ce qu’il n’invente pas, il l’exécute remarquablement bien. Chantant en Français, en Anglais où les deux en même temps (« I got nothing to say » sur l’album éponyme de 2010, chanté avec une pointe d’accent Français tout à fait charmant.), ils proposent des morceaux pop yéyé, dans le bon sens du terme (coucou Françoise, bye bye Sheila) teintés de psychédélisme voire d’une pointe de new wave.

Les textes peuvent paraître légers mais, à l’instar des tubes que le pervers Gainsbourg composait pour la faussement naïve France Gall, sont en réalité parfois assez brutaux. « Je ne suis pas très drogue », sur le même album que précédemment, est assez équivoque à ce sujet, tout comme « Je suis une gogo girl ». Les influences psychédéliques sont prégnantes dès le premier album, sorte de Brian Jonestown Massacre broyé à la Fuzz. où l’on trouve parfois des ballades très sixties particulièrement réussies : « Berceuse pour Clive » en est un excellent exemple, soutenu par un orgue Farfisa que n’aurait pas renié Procol Harum. Une guitare trémolo soutenue par une basse à la Gainsbourg période Mélody Nelson, souvent évoqué comme référence. Pied de nez, « votre coté yéyé m’emmerde », en feat avec Francesca Cusimano, en est justement une illustration. Là encore le texte est une litanie ironique de références des glorious sixties (Belucci, les 400 coups, Godart…même le philosophe Deleuze, très en vogue à l’époque, et hyper intéressant à relire si ça vous branche), mais les codes sont là, détournés, ironisés. Quant au BJM, gourou de toute une génération bercée au film Dig !, le leader Anton Newcombe leur a carrément twitté (c’est leur côté XXIe siècle) « We should be friends. I want to record with you ».

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Mais le groupe ne s’arrête pas à la simple reproduction de tout ce que la France a pu produire d’intéressant il y’a 50 ans. Les influences new, voire cold, wave du début des années 80 sont également présentes bien que plus discrètes. Les dialogues masculin/féminin (« I got nothing to say ») rappellent Gainsbourg/Birkin, mais également Elli et Jacno, grands maitres, eux aussi influencés par le yéyé tout en le réinventant. Les limiñanas reprennent le côté parlé de cette époque, ajoutant une touche légèrement sombre à la musique du groupe. Musicalement parlant, Lionel Limiñana, le guitariste/compositeur, l’évoque justement à l’occasion de la sortie du dernier single : « Depuis l’adolescence, je suis fan de la façon dont Hook [bassiste de Joy Division et de New Order]  utilise sa basse pour créer le thème principal d’un morceau. Je lui ai envoyé un fichier de la chanson, il est allé enregistrer dans un studio de Manchester et me l’a renvoyé, tout simplement. J’étais heureux comme un gosse. ». On le comprend.

Et le résultat, intitulé Garden of Love, sorti sur l’excellent label Because, est plutôt bon. On retrouve les caractéristiques psychés du groupe (guitares surf, petit xylophone sympa, refrain assez pop, orgue), mais le son global se trouve légèrement modifié. L’influence de Peter Hook se ressent évidemment dans la basse, beaucoup moins syncopée que par le passé et véritable squelette du morceau, mais également dans l’ambiance générale. Le chant est moins faussement naïf, susurré, presque sensuel, agréablement contredit par les chœurs masculins du refrain, très pop californienne. Dans la grande tradition des tubes du genre, les paroles en sont : « Na Na Na, Na Na, Ba Nanana Naaaa ». Le timbre de la voix de Marie Liminana peut aussi parfois évoquer certains morceaux de Air, notamment l’album composé pour Charlotte Gainsbourg (tout se tient, le monde est petit), “5.15”. Mais le véritable changement se situe au niveau du groove du morceau en lui-même. La batterie « file droit » sans s’arrêter, avec une partition très garage rock à la White Stripes. Cette voie avait certes été explorée avec « Je m’en vais » en 2011, BO d’un court métrage, et dans d’autres morceaux disséminés ici ou la. Elle est plus assurée et surtout plus nuancée aujourd’hui. Les riffs de guitare, intelligemment placés, sont efficaces, les mélodies simples bien imbriquées.

Si le mariage entre la pop 60s et la new wave est plus assumé et assez réussi, le morceau échoue cependant à remplir le principal objectif d’un morceau de pop : rester dans la tête. Le titre suivant de votre playlist risque de le chasser de votre insatiable esprit, peut être définitivement. Il n’en reste pas moins que ce bon morceau préfigure sans doute un bon album, dont le concept semble intéressant : Malamore est pensé comme un « film de sketch à l’italienne », avec des personnages récurrents mais non liés sur le thème de l’amour contrarié (fans de prog rock, ça ne sera pas un concept album, calmez vous, c’est fini tout ça.).

Résultat le 15 avril, d’ici la on complétera cet article (si Dieu et mon banquier le veulent) par un report de leur live à l’Ubu à Rennes le 19 mars.

Romain Pavoine.

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