The Last Supper, histoire d’une révolution

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Le metteur en scène égyptien Ahmed El Attar est passé par la FabricA d’Avignon pour son spectacle The Last Supper. Comme une référence à la Cène, il y représente le dernier repas d’une famille de la haute bourgeoisie égyptienne avant la révolution. Un spectacle qui mêle un propos efficace à une justesse frappante. L’humour y est acerbe et le repas se déroule sous l’autorité du père, figure tutélaire qui orchestre le jeu social. Nous avons pu rencontrer cet artiste encore trop mal connu du public français. (Photo: Mostafa Abdel Aty)

Note de l’Artichaut: 4 sur 5

Pourquoi avoir choisi de mettre en scène la haute bourgeoisie dans ce spectacle ?

On parle beaucoup de politique au sujet de la révolution, mais le problème n’est pas uniquement politique, ce n’est que la partie visible de l’iceberg. C’est surtout un problème culturel et social. En exposant les dynamiques du pouvoir dans cette famille riche, on montre les vraies raisons de la révolution et du changement.

Pourquoi lors d’un repas en particulier ?

Le repas est un moment de rencontre, de convivialité, on se laisse aller. On laisse tomber les masques, même si ce n’est jamais vraiment le cas. Tout peut se passer, tout sort.

The Last Supper, c’est un clin d’œil à la Cène, pourquoi ?

Oui, c’est effectivement un clin d’œil à la Cène, mais j’ai choisi de garder le nom anglais puisque ça marque l’idée de finalité. C’est le dernier repas, on ne verra plus ça.

Photo: Christophe Raynaud de Lage

Photo: Christophe Raynaud de Lage

Et les choses ont changé finalement ?

Les choses ont un peu changé, mais pas à la hauteur des attentes. C’est revenu à la situation d’avant. On est revenu en partie à l’ère pré-Moubarak, avec plus de répression. Mais il reste une certaine marge de désir, un désir de liberté plus grand. L’impression d’un vrai retour à la situation d’avant est illusoire puisque c’est impossible.

Comment avez-vous fait pour éviter la censure ?

J’ai mon propre théâtre, et mon festival. Et la censure fonctionne sur les choses qui touchent plus les masses, comme le cinéma ou la télévision. Le théâtre ne touche que quelques milliers de personnes.

Quel public vient voir le spectacle ?

Il y a de tout ; beaucoup de cette haute bourgeoisie dont je parle dans le spectacle, mais aussi de jeunes étudiants qui viennent de tous les milieux.

Photo: Christophe Raynaud de Lage

Photo: Christophe Raynaud de Lage

Quel est pour vous le rôle du théâtre ?

Le rôle du théâtre est qu’il est toujours inventif. Il a aussi une force que le cinéma et la télévision n’ont pas, c’est qu’il est un art immédiat. Il y a un contact qu’on ne trouve pas ailleurs, quelque chose de direct. Le théâtre doit rester aussi inventif et vivant. Il doit éclairer les parties d’ombre de la société. Mais il ne peut pas la changer, c’est aux spectateurs d’en déduire les mesures pour le changement nécessaire.

Vous aviez déjà tourné en France avant ?

J’ai très peu tourné en France avant, surtout dans le reste de l’Europe, dès 2002-2003. La première fois que je suis venu en France, c’était en 2011 je crois. Mais ici, il y a un problème avec le public. Il y a peu de diversité dans la salle aussi bien que sur la scène. On peine à faire venir les populations françaises d’origine étrangère. C’est bien dommage, parce que les jeunes d’origine arabe seraient les plus touchés par ce spectacle. Je ne parle pas spécialement du festival, où l’ambiance est très particulière, mais des salles de théâtre en général. Il faut vraiment travailler sur la possibilité de faire venir ces gens qui ne viennent que trop rarement au théâtre ici.

The Last Supper sera au Théâtre de Gennevilliers / T2G du 9 au 15 novembre 2015 (Métro Gabriel Péri, ligne 13)

Propos recueillis par Bertrand Brie

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