The Fountainhead, destruction créatrice

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Ivo van Hove fait partie de ces metteurs en scène étrangers dont le succès est si démesuré, qu’ils en deviennent presque plus populaires à l’étranger que dans leur propre contrée. Lors d’une courte semaine, il est revenu présenter The Fountainhead après son passage à Avignon il y a deux ans. Adapté du roman d’Ayn Rand du même nom, The Fountainhead est un hymne à la liberté du créateur et au libertarianisme.

Howard Roark et Peter Keating, deux jeunes architectes, prennent deux chemins radicalement différents à la sortie de leur formation. Alors que Keating en sort avec les honneurs, Roark se fait renvoyer, et pourtant ce dernier corrige toujours les devoirs et présentations de son condisciple. Alors que l’un poursuit dans un académisme rasoir, incapable de faire quoi que ce soit lui-même, répondant aux commandes des clients avec zèle, sans aucune créativité ; l’autre, lui, se plonge dans un bouillonnement créatif permanent, esprit génial d’un artiste incompris.

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Ivo van Hove a choisi de provoquer l’intelligence de son public en choisissant une telle œuvre. En effet, Ayn Rand est aussi mal connue en France qu’elle est célèbre aux Etats-Unis. Chantre d’une liberté complète, ses théories s’appliquent parfaitement dans cette œuvre où on célèbre le pouvoir du créateur comme démiurge tout puissant. Une œuvre appartiendrait éternellement à l’artiste dont elle est issue, quoi qu’en soit ses usages – et le souci s’impose d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un travail architectural, à la fois œuvre d’art et objet d’utilisation pragmatique. Dans un dernier monologue, Roark oppose les créateurs, force motrice du monde, aux parasites, tous les autres, ceux qui ne sont pas créatifs et qui vivent du travail des créateurs, qui leur empruntent, les dépouillent. Mais la richesse du créateur resterait tout de même son pouvoir total sur l’œuvre qu’il a créé, sa possibilité de la laisser vivre ou de la détruire quand elle ne lui convient plus. Qu’il soit le seul à avoir un lien avec ou non, il est en tout cas le seul à avoir les pleins pouvoirs dessus. Le trait est trop forcé, les personnages tous trop nuancés, le récit si finement déroulé, sans manichéisme aucun, qu’on se doute que ce monologue a plus vocation à choquer qu’autre chose ; et il y parvient. The Fountainhead fait partie de ces œuvres qui s’éclairent sous la précision chirurgicale du metteur en scène flamand, qui ouvre des horizons de réflexion.

Bertrand Brie

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage/TG Amsterdam

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