À tables avec le mobilier national ! – Un demi-siècle (1964-2014) à l’Atelier de Recherche et de Création

Ensemble bureau et fauteuils
Christian Ghion, (né en 1958),
auteur du modèle
2010-2013
© Isabelle Bideau/ Mobilier national

Du 18 novembre 2014 au 18 janvier 2015, l’Atelier de Recherche et de Création (ARC) du Mobilier national s’invite à la Galerie des Gobelins pour fêter ses cinquante ans. En arrière plan de l’exposition Les Gobelins au siècle des Lumières – Un âge d’or de la manufacture royale que l’on parcoure à l’envers, une cinquantaine de pièces éclectiques est exposé, reflétant le travail sur de nouvelles matières et les commandes variées de l’État depuis la création de l’ARC en 1964 par André Malraux. L’exposition offre donc un tableau saisissant d’œuvres contemporaines – bureaux, consoles, tables basses, etc. – entourées de tentures du XVIIe siècle.

Les plus :

  • Assister à deux expositions en une (rien n’empêche de faire demi-tour avant la fin pour suivre l’exposition des Gobelins au siècle des Lumières à l’endroit) et le décalage obtenu.
  • L’originalité et la qualité de la sélection de mobilier, accompagnées d’une vidéo complétant l’exposition.
  • Une exposition que l’on peut faire sans avoir mal au dos ! Une heure peut suffire à faire le tour.

Les moins :

  • Assez peu de descriptions ou de détails sur les œuvres, malgré les quelques photographies de meubles en construction dans le Salon carré.
  • Il est difficile de saisir le lien entre les deux expositions.
  • Les seuls deux étages nous laissent sur notre faim.

Note : 3 artichauts sur 5

Bureau et tables Christian Ghion, François Bauchet, matali crasset Galerie des Gobelins, 2012 © Isabelle Bideau/ Mobilier national

Bureau et tables
Christian Ghion,
François Bauchet, matali crasset
Galerie des Gobelins, 2012
© Isabelle Bideau/ Mobilier national

Des expositions universelles aux ameublements d’ambassades, l’ARC propose des œuvres originales uniques qui viennent mettre en avant un style français d’excellence depuis sa création. Commissaire d’exposition, Myriam Zuber Cupissol est inspecteur-conseiller à la création artistique au Mobilier national. Elle a dû revoir le projet originel d’un partenariat Mobilier national et Galerie des Gobelins, qui consistait à remeubler complètement le Pavillon d’Angiviller (au sein des Gobelins) avec les collections de l’ARC, face à l’ampleur des travaux qui n’auraient pas permis l’ouverture avant les cinquante ans de l’atelier. C’est sans doute pourquoi le lien entre les deux expositions présentées dans la même enceinte est… inexistant. Placés au centre des pièces, parfois protégés par une mince barrière qui empêche de s’approcher – et rend les numéros permettant de les identifier peu lisibles –, les meubles tranchent avec les amours du XVIIe et les modèles de dessus-de-lit en fleurs. Si cette impression de dernière minute déçoit, le mobilier n’en reste pas moins impressionnant : en ébène, acajou, fonte d’aluminium, wengé, acier, cuivre, aniégré, cuir, inox, chêne, mélamine ou laiton, d’une couleur sobre et naturelle ou plutôt bleu électrique, les designers nous présentent des œuvres exceptionnelles qu’on peine à imaginer réellement introduites au sein des foyers privilégiés. Bernard Schotter, Administrateur général du Mobilier national et des Manufactures des Gobelins de Beauvais et de la Savonnerie, affirme néanmoins que la liaison entre l’ancien et le contemporain est de plus en plus adoptée, citant notamment le bureau du ministère de la Culture – que l’on a par ailleurs l’occasion de détailler avec d’autres dans la vidéo attenante à l’exposition.

Table Richard Peduzzi (né en 1943), auteur du modèle 1992 © Isabelle Bideau/ Mobilier national

Table
Richard Peduzzi (né en 1943),
auteur du modèle
1992
© Isabelle Bideau/ Mobilier national

Quelques assises accompagnent les bureaux, consoles, tables basses ou encore table d’architecte, mais elles sont rares ; et le plus grand nombre d’œuvres se situe au second étage, où nous trouvons aussi le Salon carré, dédié au processus de réalisation des meubles avec des maquettes et des photographies. En son centre, la Méridienne de César, au rouge illuminé, semble maîtresse de l’exposition – surélevée, c’est la seule pièce qui prend une salle à elle seule et cumule des photos de sa réalisation, mais aussi quelques informations (par miracle) et une lettre de César lui-même. Les photographies nous présentent aussi les designers dont les noms deviennent rapidement familiers : c’est l’occasion de faire connaissance avec un atelier d’élite exigeant. Le travail de quelques uns d’entre eux peut être suivi avec quelques photographies, comme celles d’une table d’Inga Sempé, ravi de pouvoir collaborer avec de « prestigieux artisans ».

Table de conférence, 1 à 3 éléments Roger Fatus (né en 1926), auteur du modèle 1967 © Isabelle Bideau/ Mobilier national

Table de conférence,
1 à 3 éléments
Roger Fatus (né en 1926), auteur
du modèle
1967
© Isabelle Bideau/ Mobilier national

Le deuxième étage offre une série très variée : tables transformables, table nappe, bureau d’architecte, table à dessin portative, table-loupe ou cellule-siège pour cafétéria, tout est disposé comme au premier au centre de la pièce. Il en ressort une impression de mise en vente, chaque pièce étant numérotée et décrite très brièvement après l’indication du nom de l’auteur. Que l’on vienne pour découvrir leur design impressionnant ou pour observer à loisir ces « curiosités du meuble », la faible longueur de l’exposition déçoit, et beaucoup font demi-tour pour revenir détailler les panonceaux à chaque pas de porte. C’est l’occasion de suivre dans l’ordre chronologique les Gobelins au siècle des Lumières, et de s’attarder sur les tapisseries qui meublent finalement aussi bien la pièce que toutes ces nouvelles matières entassées. La deuxième exposition retrace les sujets les plus demandés sous la cour de Louis XIV et offre des modèles, en plus des tapisseries. Faire demi-tour est même très profitable, au vu de l’immensité de ces tableaux tissés et de l’impossibilité de se positionner au centre de la pièce, afin de prendre du recul sur le pan de mur en face. Finalement, on ressort par l’entrée, la frustration à peine satisfaite par cette agréable surprise d’avoir suivi en différé deux présentations associées par manque de temps.

Juline Lecler

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