Splendeurs des Han, essor de l’empire Céleste au musée Guimet

Joueurs de liubo
Chine, Dynastie Han (206 av. – 220 apr. J.‐C.)
Bois
Tabledejeu:L.29cm,l.19,5cm; figurines:H.27,5cmet28,5cm Découverts en 1969, site de Mozuizi (Wuwei, province du Gansu) Musée provincial du Gansu
© Art Exhibitions China / Musée provincial du Gansu

Cette année, on commémorait le 50ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République française et la République populaire de Chine et, à la même occasion, le musée Guimet soufflait sa 125ème bougie. Alors, autant vous dire qu’une grande fête culturelle s’imposait, et qu’au 6, place d’Iéna, on n’a pas loupé le coche ! Du 22 octobre au 1er mars prochain, le musée nous offre une exposition extraordinaire (il faut dire ce qui est) retraçant près de 60 ans d’archéologie moderne autour d’un moment fondamental pour l’histoire de la Chine : l’époque des Han. Véritable témoignage de la « passion [française] pour la Chine », comme le souligne Sophie Makariou, présidente de l’établissement, cette exposition est le fruit d’une année entière de travail pour les commissaires Eric Lefebvre (conservateur) et Huei-Chung Tsao (chargée de collection), ainsi que de la générosité de pas moins de 27 institutions chinoises participant au prêt de la collection présentée.

Les plus :

  • Exposition relativement courte (4 salles à visiter) mais très intense, ce qui m’amène à faire deux observations. Tout d’abord, on la vit à fond de A à Z : aucune pièce ne fait pas pétiller les yeux. Et SURTOUT, on ne s’essouffle pas : vous aurez beau ratisser l’exposition en long, en large et en travers, cela vous demandera au maximum pour 2 heures de concentration (pas 10 comme au musée du Quai Branly par exemple). En bref, cette expo est structurellement savourable.
  • La signalétique est au rendez-vous. Plutôt pratique pour lever les dernières ambiguïtés chez les fanatiques de Mulan : les Han ne sont pas les Hun, soyons clairs sur ce point !
  • L’exposition est courte certes, mais le musée national des arts asiatiques-Guimet (Mnaag) a bien l’intention de ne pas laisser les plus intéressés sur leur faim. De novembre à janvier, pas moins de 6 conférences et journées d’études, 5 spectacles de musique et de danse et 26 films traitant de la Chine des Han sont organisés par le musée. Méga bonus : l’entrée est libre pour les conférences (réservez quand même, les places restent limitées), les spectacles n’excèdent pas les 17 euros et le cinoche est à partir de 3 euros.

Le (seul et unique) moins :

  • Si les spectacles sont tous les vendredi soirs, conférences et séances cinématographiques sont plus difficiles d’accès, puisque proposées systématiquement sur l’heure de midi des jours de semaine.

Note : 4,5 artichauts (pur snobisme !)

Boshanlu Dynastie Han Bronze, or H.26cm,D. 15,5cm Découvert en 1968, tombe de Liu Sheng, site de Mancheng (province du Hebei) Musée provincial du Hebei © Art Exhibitions China / Musée provincial du Hebei

Boshanlu, Dynastie Han
Bronze, or
H.26cm,D. 15,5cm
Découvert en 1968, tombe de Liu Sheng, site de Mancheng (province du Hebei)
Musée provincial du Hebei
© Art Exhibitions China / Musée provincial du Hebei

Pour vous mettre un peu dans le bain, les Han est une dynastie qui régna pendant plus de 4 siècles (206 av J.-C. – 220 apr.J.-C) sur la Chine et qui représente un moment essentiel de la formation de l’identité chinoise. Pourquoi donc ? Vous le découvrirez par vous-mêmes : 200 œuvres (dont 68 trésors nationaux chinois) vous attendent au Musée Guimet pour vous le raconter. Et quelle histoire ! Au commencement de cette exposition, deux « animaux fabuleux » montent la garde, passage obligé puisque nous rentrons dans un tombeau retraçant 400 ans de la grandeur d’un royaume aussi noble qu’ancien. L’exposition est construite par thématiques.

La seconde pièce, sombre et quelque peu solennelle, se consacre à l’explication de la mise en place d’un royaume qui, bien qu’aussi grand que prospère, repose largement sur l’unique personne du souverain. Les costumes de jade des dépouilles de la famille impériale, cousus de fil d’or et à qui on attribua jadis des propriétés magiques afin de favoriser l’immortalité de l’âme, ainsi que l’omniprésence de la référence militaire prennent alors tout leur sens : le pouvoir se doit d’affirmer sa supériorité pour être respecté sur un si grand territoire.

Etoffe de soie Chine, Dynastie Han (206 av. – 220 apr. J.‐C.) Soie L. 7,5 cm, l. 7,5 cm Découverte en 1972, Tombe n°62, site de Mojuzi (Wuwei, province du Gansu) Musée provincial du Gansu © Art Exhibitions China / Musée provincial du Gansu

Etoffe de soie
Chine, Dynastie Han (206 av. – 220 apr. J.‐C.)
Soie
L. 7,5 cm, l. 7,5 cm
Découverte en 1972, Tombe n°62, site de Mojuzi (Wuwei, province du Gansu) Musée provincial du Gansu
© Art Exhibitions China / Musée provincial du Gansu

La troisième pièce, elle, traite de la puissance commerciale de cet empire, remarquablement bien organisé pour l’époque et qui déjà, a unifié ses unités de compte et sa monnaie. Enfin, la dernière pièce nous plonge dans la culture des us et coutumes de la dynastie. De l’architecture en passant par la tradition des jeux ou des habits, une large palette de domaines est traitée alors, nous rappelant par exemple que les Han comptent parmi leurs splendeurs celle de l’invention du papier.

En bref, l’empire des Han étant surtout connu pour son héritage littéraire, parier sur une reconstitution instructive de cette dynastie à travers un héritage matériel, c’est-à-dire des éléments archéologiques, m’a dans un premier temps laissée perplexe. Mais à la sortie de l’exposition, je ne puis que constater la réussite de ce pari audacieux et le salue donc au passage.

Charlotte Delphis

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