Le songe captivant de Guillaume Vincent

En s’installant à l’Odéon, Stéphane Braunschweig a embarqué avec lui tout un pan de sa programmation, au sein duquel on retrouve notamment Guillaume Vincent. Figure montante du théâtre français, le metteur en scène orchestre ces « Songes et métamorphoses » quatre heures durant avec un appétit pour la scène des plus enthousiasmants. Si la deuxième partie fait un peu retomber l’attention, la première est d’une force indéniable dans laquelle se mêlent amour du théâtre et virtuosité artistique.

Tout commence par l’interprétation du mythe de Narcisse par de jeunes enfants mis en scène par leur professeur de théâtre. Tout au long de la première partie, on suit ce professeur comme un fil rouge, comme ce qui raccroche ces Métamorphoses contemporaines au réel et les rend plus forte et plus glaçantes encore. On parcourt cet assemblage de récits avec une curiosité grandissante, avec Iphis et Ianthé interprétées par des lycéennes, Hermaphrodite comme un tableau vivant et fugace qui surgit dans un clair-obscur, et le mythe de Procné, sorte d’hybridation étrange et captivante entre une forme documentaire et le mythe d’origine. Cette dernière métamorphose, sans doute la plus frappante, propose un condensé de théâtre shakespearien dans lequel entre métathéâtre et trappes enfumées, on fait de Procné une femme de ménage rémoise dont la sœur a disparu et qui finit par poignarder son mari. Durant deux heures, la troupe de jeunes comédiens accompagnée de confrères plus aguerris, avec notamment Gérard Watkins, propose au sein du drame une sorte de métadrame par stations dont la forme un peu décousue surprend parfois mais parvient à conserver une cohérence et une force étonnantes.

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La deuxième partie n’est autre que Le songe d’une nuit d’été selon la traduction de Jean-Michel Desprats. Cette dernière étant plus poétique que véritablement théâtrale, la diction des comédiens en pâtit, le tout devient plus classique, et malgré les incursions de l’inénarrable troupe d’amateurs supposés se représenter lors du mariage du duc, la pièce subit quelques longueurs. Peut-être aurait-il fallu une traduction plus oralisée après cette première partie qui avait su mêler avec brio tragédie contemporaine et discours mythique ? Difficile à dire. Cela dit, malgré cette seconde partie en demi-teinte, la troupe n’en reste pas moins excellente et les sujets abordés avec énergie tout au long de ces quatre heures tambours battants le sont avec brio. En espérant donc retrouver Guillaume Vincent dans les prochaines saisons de l’Odéon…

Bertrand Brie

Au Théâtre de l’Odéon, Ateliers Berthier à Porte de Clichy, jusqu’au 20 mai

Photo de tête: Elizabeth Carecchio

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