L’univers systématique d’Eric Kessels

Sema Bekirovic, Koet. (Avec l’aimable autorisation de l’artiste.)

Eric Kessels présente depuis le 15 novembre l’exposition Small Universe au Centquatre. Entre systèmes et petites obsessions, il expose des travaux de photographie documentaire néerlandaise qui tâche de recréer les habitudes et le monde des habitants du plat pays.

Les plus :

  • Des photographes peu connus du grand public
  • Des œuvres originales
  • Le concept de l’exposition est très bien trouvé.

Les moins :

  • Certain travaux, bien que parfois impressionnants, sont moins intéressants que d’autres.
  • Les panneaux explicatifs sont parfois cachés, et il est donc un peu difficile de garder en tête le sens que donne chaque artiste à son travail

Note : 4 artichauts sur 5

Erik Fens, Tree car #005.

Erik Fens,
Tree car #005.

Kessels le dit lui-même, « j’aime penser que si la Hollande devait être une image, ce serait un jpeg : si ce format de compression populaire occupe peu de place, une fois ouvert, il contient d’innombrables richesses insoupçonnées ». La Hollande est un petit pays, mais peuplé d’habitants gigantesques. Pour combler ce manque de place, chacun, à sa manière, recréé un petit univers, une sorte de monde personnel constitué d’habitudes et de systèmes.

Parmi les travaux les plus frappants, celui d’un jeune photographe qui voulait prendre son frère en photo. Celui-ci, en pleine puberté, refusait catégoriquement qu’on puisse capturer son image. Le plus grand inventa donc un stratagème pour réussir à obtenir une photographie au moment même où son frère quittait la maison, de dos.  Autre exemple, celui d’une femme qui, en pleine rupture amoureuse, décida de se prendre en photo chaque fois qu’elle sentait les larmes monter, comme une sorte de catharsis. Si le résultat est assez expérimental, il est frappant de voir comment ces artistes, chacun à leur manière, construisent un univers si personnel de toute pièces.

Melanie Bonajo Thank you for Hurting me, I really needed it.

Melanie Bonajo
Thank you for Hurting me, I really needed it.

Toutes ces œuvres résident dans le détail qui constitue leur essence, d’Erik Fens, qui prenait chaque jour en photo, depuis son balcon, une voiture différente garée en bas de chez lui sur laquelle on peut observer le reflet d’un arbre déformé ; à Hans Ejkelboom qui se prend en photo dans une foule d’endroits différents, habillé chaque fois avec des vêtement différents qui lui ont coûté dix euros ; en passant par Hans van der Meer, qui prend en photo les villes moyennes des Pays-Bas qui se ressemblent toutes, avec un mobilier urbain sorti du même catalogue. Tous ces artistes apprennent à capturer très justement la manière dont les Néerlandais réussissent à se créer un environnement, et leur propre environnement, en passant d’abord par eux-mêmes. Seul réel bémol, certains travaux s’ils s’inscrivent tout aussi bien dans le thème, sont un peu plus rébarbatifs. Mais cela n’altère en rien le caractère passionnant de ce beau travail.

Bertrand Brie

Lien de l’exposition : http://www.104.fr/programmation/evenement.html?evenement=414

Les autres expositions : http://www.104.fr/programmation/programmation.html?c=22&s=125

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