Show me a Hero : Tragédies politiques et chocs sociaux


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« Show me a hero and I will write you a tragedy ». Cest à partir de cette promesse de John Fitzgerald Kennedy que David Simon a créé la mini-série Show Me A Hero, adaptation du livre de Lisa Belkin et diffusée en août sur HBO. Retour sur cette série inspirée de faits réels et teintée dagitation sociale et de rivalité politique.

 

Pour trouver ses héros, la série nous emmène dans la ville de Yonkers, dans la banlieue de New York, en 1987. Pour la classe moyenne blanche de Yonkers, la tragédie est la loi qui impose à la ville de construire des logements sociaux dans leurs quartiers résidentiels de l’East Side. C’est dans ce contexte tendu et sur la promesse de résister à la construction de ces logements que Nick Wasicsko (interprété par Oscar Isaac) est élu et devient le plus jeune maire de Yonkers. S’ensuivent alors la vaine bataille de la municipalité contre la justice américaine puis la résistance de la classe moyenne face à l’arrivée des logements et des nouveaux habitants dans leurs quartiers. Au gré des mandats municipaux et des trajectoires individuelles d’élus et d’habitants, les six épisodes nous conduisent à travers cette crise.

 

Show Me A Hero aurait pu être une série politique de plus, flottant quelque part entre The West Wing et House of Cards. Cependant, David Simon relève ici un défi ; celui de nous plonger à une autre échelle de la politique américaine. A cette échelle, pas de plans panoramiques de la maison Blanche ou du Capitole entre chaque scène, pas de Bureau ovalefe non plus, et surtout, pas de crise diplomatique majeure avec la Russie ou l’Iran. Non, à cette échelle, rien de tout cela. Cette échelle, c’est celle de Yonkers, son Conseil municipal, ses quartiers résidentiels blancs, ses banlieues noires. Toute l’audace de David Simon, toute l’originalité de Show Me A Hero est là. Toute une saison dans une ville de moins d’un million d’habitants ? Six épisodes sur l’art de la gestion municipale ? Une telle ambition, qui semble manquer de grandeur, peut laisser perplexe. Cependant, c’est dans cette approche, à ce niveau de gouvernance que se dévoile au mieux la violence de la politique. Plus encore qu’une simple transposition des intrigues habituelles de Washington à Yonkers, il s’agit pour la série d’explorer un univers avec ses propres codes, préoccupations et échecs. A Washington, les affrontements se jouent à l’abri des couloirs de la Maison Blanche souvent, par Unes interposées et sondages d’opinions favorables, parfois. A Yonkers, la violence ce sont les élus, et leurs électeurs, les insultes, les cris, les humiliations ne sont pas seulement des caractères d’imprimeries. Aussi, les luttes et les divisions qu’inspire le modeste fauteuil du maire, mettent en lumière la soif de reconnaissance avant même celle de pouvoir. Ascensions et chutes, alliances et vengeances, tous les ingrédients de la série politique sont réunis pour six épisodes denses et intenses.

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En toile de fond de ces sept années passées à Yonkers et des alternances politiques, la série  soulève également une crise sociale majeure. Officiellement, la classe moyenne s’oppose à la construction de logements sociaux dans ses quartiers résidentiels. Loin des discours politiquement correct et à travers des parcours individuels, Show Me A Hero dévoile une réalité plus concrète et plus dérangeante : la persistance des inégalités entre Noirs et Blancs, près de vingt ans après la fin de la ségrégation légale. Avec un tel sujet, le risque est de tomber dans la dénonciation trop facile et scandalisée du racisme. Pour l’éviter, David Simon tente de s’en tenir aux faits et reste modéré sur les exaltations émotives qui s’insèrent naturellement dans l’intrigue au fil des espoirs et des désillusions des personnages. Si la série se refuse à tomber dans la sensiblerie pour nous toucher, elle joue cependant avec l’opposition entre la foule des opposants, une classe moyenne blanche  déchaînée et véhémente et l’envergure des banlieues noires, silencieuses et écartées desquelles se détachent quelques figures toujours attachantes, jamais larmoyantes. Cette dualité dérange, comme la question du racisme, toujours présente mais fuyante, implicite, inabordable.

 

Show Me A Hero n’illustre pas tes amphis d’Institutions Politiques aussi parfaitement que House of Cards et les six épisodes de la mini-série ne peuvent traiter de manière exhaustive la question des discriminations et divisions de la société américaine. Cependant, la succession des points de vue, communautaires ou individuels, objectifs ou personnels, sur l’enchaînement rapide des événements ne nous laisse pas une minute de répit. Chaque instant interpelle et interroge en soulevant des questions sans réponse mais avec une résonance particulière.

 

Anais ALLE

 

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