Sept ans de réflexions. Dernières acquisitions au Musée d’Orsay

Maurice Denis (1870-1943)
Portrait d’Yvonne Lerolle en trois aspects, 1897
Huile sur toile, 170 x 110 cm
Paris, musée d’Orsay, achat, RF 2010 9
© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Chaque année, les musées nationaux enrichissent les collections nationales par l’acquisition gratuite ou onéreuse de nombreuses pièces – des tableaux, des sculptures et mêmes des meubles ! Le choix du musée d’Orsay est de faire découvrir jusqu’au 22 février sa politique d’acquisition des sept dernières années, de 2008 à 2014, en expliquant ainsi au public sa démarche. Car un musée n’achète pas pour acquérir, et ne cherche pas simplement les pièces les plus rares ou celles qui ont le plus fort potentiel. Tout le rôle du conservateur – Salut à toi futur étudiant en Affaires Publiques section Culture ! – est en effet de guider la recherche du musée dans sa politique d’achat, dans un contexte où le marché de l’art est imprévisible, concurrentiel, mais prospère.

Les plus :

  • Une véritable claque intellectuelle : on ne se demande jamais assez quelles sont les pièces qui sont acquises par les musées nationaux, selon quelles modalités, et pourquoi telle œuvre plutôt qu’une autre. Les textes explicatifs sont parfaitement réalisés et permettent de comprendre une des facettes du marché de l’art.
  • De très belles pièces sont présentes dans les salles, à la fois des peintures mais aussi des tapisseries et des broderies.
  • Un coup de cœur pour le dessin architectural : ancienne gare reconvertie en musée, Orsay a toujours eu une politique pour la réévaluation de cette forme d’art. C’est dans ce sens très réussi.

Les moins :

  • Certaines salles peuvent sembler assez rébarbatives, voire moins travaillées. Si la résonance entre style et époque est intéressante, il reste que rassembler trois fauteuils, dix photographies, une peinture et deux vases dans une même salle avec ce seul fil rouge peut vite paraître ennuyeux.

Note : 4,5 sur 5 artichauts

James Tissot (dit), Jacques Joseph (1836 – 1905) Le Cercle de la Rue Royale, 1868 Huile sur toile, 2160 x 3300 cm Paris, musée d’Orsay, achat, RF 2011 53 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

James Tissot (dit), Jacques Joseph (1836 – 1905)
Le Cercle de la Rue Royale, 1868
Huile sur toile, 2160 x 3300 cm
Paris, musée d’Orsay, achat, RF 2011 53
© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Chaque année, près de trois millions et demi de visiteurs visitent le musée d’Orsay. Sur chaque billet vendu, 16% du prix rentre dans un budget autofinancé par le musée consacré aux acquisitions. Ceci a permis au musée d’acquérir en sept années plus de 4000 œuvres, dont une infime partie est répartie dans ces dix salles, pour faire comprendre au public les objectifs de la politique d’acquisition poursuivie par le musée.

Or là est d’abord le point le plus intéressant : le Musée d’Orsay ne cherche pas à rayonner par des œuvres monumentales et chères, permettant d’affirmer un quelconque statut de mastodonte de l’art mondial. Le but est à chaque fois de compléter sa collection, telle une composition linéaire dont le résultat final est d’avoir l’aperçu le plus complet de la période couverte par le Musée d’Orsay, les années fondatrices de 1848 à 1914.

Edgar Degas (1834-1917) Danseuse en maillot, vers 1896 Pastel sur papier vélin fin, collé en plein sur carton, 57,5 x 46,9 cm (feuille) Paris, musée d’Orsay, achat par préemption, RF 2013 20 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Edgar Degas (1834-1917)
Danseuse en maillot, vers 1896
Pastel sur papier vélin fin, collé en plein sur carton, 57,5 x 46,9 cm (feuille)
Paris, musée d’Orsay, achat par préemption, RF 2013 20
© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

En entrant dans ces dix salles, on est bluffé par les découvertes que représentent ces acquisitions. Peu de grands peintres sont représentés, mais un nombre incalculable d’écoles le sont. Ainsi la première salle se focalise sur la période Nabis, période faisant la jonction entre l’impressionnisme et l’art de l’entre-deux-guerres, un futur retour à l’ordre. Tous ces artistes ne sont pas des célébrités, mais les toiles de Maurice Denis côtoient le Paysan assis de Cézanne, acquis par dation en 2009. Tout semble se répondre, et l’exposition dès la première salle remplit sa fonction : suivre un véritable fil conducteur, et ne pas être qu’une compilation désordonnée des achats du musée.

Un des points forts de l’exposition est notamment la salle des dessins architecturaux. Dès la création du musée d’Orsay dans l’ancienne gare, une vaste collection a été acquise par le musée. Ces sept dernières années plus de 600 dessins ont été acquis, et ces dessins ont une véritable valeur artistique. Plus que de simples dessins, ce sont des aquarelles traçant l’évolution du Paris du XIXe siècle, alternant projets de reconstruction post-Commune et expositions universelles qui sont affichées sur les cimaises. C’est notamment l’œuvre de Jean Camille Formigé – dont un magnifique projet de Monument à Gambetta – qui était architecte en chef des monuments historiques, et à qui l’on doit aujourd’hui le square du Sacré Cœur.

Henry Provensal (1868-1934) Projet onirique (tombeau pour un poète), 1901 Gouache et aquarelle, 68 x 86 cm Paris, musée d’Orsay, achat, ARO 2012 1 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Henry Provensal (1868-1934)
Projet onirique (tombeau pour un poète), 1901
Gouache et aquarelle, 68 x 86 cm
Paris, musée d’Orsay, achat, ARO 2012 1
© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

L’exposition est aussi le moment de comprendre la chance de la France de posséder un système juridique protégeant son patrimoine. En expliquant les différents processus d’acquisitions et les motivations de renforcer des périodes insuffisamment représentées, le public sort de la simple dimension artistique des œuvres et rentre dans une perspective culturelle. Le patrimoine français doit être protégé, du simple tissu de Lalique à la toile d’un Renoir. La préemption, processus permettant d’acheter une œuvre durant les enchères sans que l’Etat soit physiquement présent, est notamment un instrument unique au monde que beaucoup de pays nous envient. On peut les comprendre, tant ces sept années d’acquisitions ont été fastes pour les collections nationales.

Ainsi, cette exposition est une vraie claque. Si certaines salles – la deuxième notamment – ressemblent plus à un étalage de quelques achats parsemés censés boucher les trous, les autres sont extrêmement bien expliquées et donnent presque envie de devenir mécènes. La prochaine fois que vous devez payer 9€ pour une exposition temporaire, dites-vous que 1,44€ vont peut être dans l’acquisition un futur Degas ou un futur Cézanne !

Nicolas THERVET

7 ans de réflexion. Dernières acquisitions

18 novembre 2014 – 22 février 2015

Musée d’Orsay

Exposition temporaire niveau 5

Gratuit pour les étudiants -26 ans

Ouverture de 9h30 à 18h le mardi, le mercredi, le vendredi, le samedi et le dimanche

Et de 9h30 à 21h45 le jeudi

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