Samiro Yunoki, motifs et modernité au musée Guimet

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Pour marquer l’entrée de 71 œuvres de l’artiste japonais Samiro Yunoki dans leur collection, le musée Guimet présente jusqu’au 12 janvier quelques pièces de son travail textile. Sous la rotonde du musée, entre les caryatides 1900 et la bibliothèque, les larges tissus teints de l’artiste donnent une bonne occasion d’aller faire (ou refaire) un tour dans ce musée trop souvent oublié par les visiteurs parisiens.

1 les + :

• la mise en avant d’un artiste contemporain au coeur du musée Guimet

• la mise en avant d’aspects culturels et historiques du Japon que, pour ma part, j’ignorais

• une occasion en or de retourner dans ce musée dont l’ensemble de la collection est incroyablement              belle et diversifiée

les – :

• l’exposition se présente plus comme un prolongement des collections permanentes, les deux petites  salles se parcourent très vite et l’on reste un peu sur sa faim

note : 4,5 artichauts, mais à visiter absolument dans la suite du reste des collections

 

Au premier regard on est surpris. Ne se serait-on pas trompé d’exposition ? de musée ? Partout les motifs colorés des textiles de Yunoki soufflent un vent de modernité qui tranche étrangement avec la pierre blanche des statues du rez-de-chaussée. Les rouges vifs et puissants, les motifs géométriques et presque abstraits, n’est-ce pas d’ordinaire le fer de lance de ce cher Beaubourg?

La commissaire d’exposition explique, enthousiaste, que c’est l’occasion d’exposer au public un autre aspect de l’art asiatique, de montrer – pour une fois dans les collection du musée Guimet – que ce dernier ne s’arrête évidemment pas à la fin du XIXe siècle mais qu’il est tous les jours réinventé par ses contemporains.

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Et en effet, l’oeuvre de Yunoki se présente véritablement comme un pont entre les traditions et la modernité, reprenant des bases d’artisanats pour les réinterpréter avec un regard neuf. Alors qu’il s‘inscrivait d’abord dans cette idée de retour vers l’artisanat à travers le mouvement Mingei, Samiro Yunoki finit par s’en détacher en s’imprégnant de nouvelles influences. S’il garde pour lui la technique du Katazome, méthode ancestrale de teinture des tissus à l’aide de pochoirs en papier découpé, l’artiste l’enrichit d’influences plus modernes. Lors de ses voyages il découvre Matisse, qui comme lui, peint en coupant ses formes directement dans la couleur, mais aussi Zbyněk Sekal dont il collectionne les oeuvres, et bien d’autres modernes que vous aurez le loisir de reconnaitre en flânant dans l’exposition.

Car l’oeuvre de Yunoki est un réseau de références, un nœud entre héritage traditionnel, modernité et cultures du monde. Ses tissus – souvent longs de plus de 5 mètres – relèvent tantôt de l’art japonais, tantôt de motifs mexicains, tantôt encore de couleurs et d’influences indiennes. L’artiste l’admet d’ailleurs : ce sont ses voyages qui ont nourri son inspiration, le chargeant de nouvelles techniques et de nouvelles couleurs…

Faute de pouvoir vous occuper tout un après-midi avec seulement deux petites salles, l’oeuvre de Yunoki est une bonne raison d’aller voir ailleurs, de sortir des sentiers battus du Louvre ou du Grand Palais pour (re)découvrir le musée Guimet.

Gabrielle Vallières

« La Danse des formes – Textiles de Samiro Yunoki » au Musée Guimet, du 8 octobre 2014 au 12 janvier 2015. http://www.guimet.fr/fr/expositions/expositions-a-venir/la-danse-des-formes-textiles-de-samiro-yuniko

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