Samba – Eric Toledano et Olivier Nakhache

samba affiche

Samba
Mauvais héritier d’Intouchables
3 / 5 Artichauts

Points forts :
– Un univers connu grâce à la familiarité développée avec la touche des deux réalisateurs
– Des personnages bien joués, pleinement incarnés par leurs acteurs (avec un Tahar Rahim surprenant en acteur comique)

Points négatifs :
– Un scénario dramatique un peu plat
– Un mélange des genres dérangeant pour le spectateur : on hésite entre le comique et le dramatique jusqu’à l’embarras

Samba est un clandestin sénégalais qui collectionne les petits boulots en cuisine depuis dix ans. Alors qu’il est interné en centre de rétention, après avoir été arrêté, il rencontre Alice. Fraîchement arrivée dans une association d’aide aux sans-papiers, elle officie avec l’aide d’Emmanuelle, stagiaire et étudiante en droit. Ensemble, elles arrivent à sortir Samba de son centre de rétention mais le jugement l’empêche de faire toute demande de papiers pendant un an. Avec le soutien particulier d’Alice, tout droit sortie d’une dépression et l’amitié de Walid, un jeune algérien lui aussi en situation irrégulière, il va affronter les dangers de la vie d’un sans-papiers dans la capitale.

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Samba est parfaitement interprété par Omar Sy dont la présence au casting n’est plus à justifier, tant son César de l’année passée est mérité. Plus surprenant, on découvre Tahar Rahim en jeune immigré pétillant et respirant la bonne humeur, loin de son rôle de délinquant sauvage dans Un Prophète de Jacques Audiard (2009). Du côté des filles, Izia Higelin et Charlotte Gainsbourg sont bien chacune dans leur rôle ; incarnant respectivement une jeune révoltée par l’injustice et une trentenaire perdue après un burn-out professionnel. On n’imagine pas un autre casting que celui que les deux réalisateurs proposent en grand sur leurs affiches de promo.

Le film en lui-même est surprenant. Seulement quelques scènes nous arrachent des sourires, des rires parfois. On rit de la maladresse d’Alice et de son embarras constant. On rit des répliques cinglantes d’Emmanuelle à Walid lorsqu’il la drague au nouvel an. On rit aussi de la galère des interprètes lors des entretiens individuels de l’association – « Globalement, il a dit qu’il est d’accord ». Cependant, on reste loin de la légèreté d’Intouchables ou des fous rires de Tellement Proches et Nos Jours Heureux. Toledano & Nakhache nous ont habitué à des sujets sensibles mais toujours traités avec légèreté. Samba sonne plus grave. On ressent la peur de Samba et de Walid lorsque la police débarque sur leur chantier ou lorsqu’ils doivent falsifier leurs papiers. Cette peur, c’est la peur de se faire arrêter, embarquer, expulser. La peur de tout devoir abandonner, de voir leurs dix ans passés en France réduits à néant. Plus encore, c’est l’indifférence et la négligence que les deux réalisateurs semblent dénoncer… Les chefs de chantiers sans scrupules qui voient les sans-papiers comme de la main d’œuvre qu’ils peuvent sous-payer. Les agents d’intérim feignant de ne pas remarquer les cartes de séjour falsifiées. Les magistrats trop occupés à délibérer pour se soucier des accusés. Une société qui se voile la face et qui oublie l’universalité de l’humanité, noyée à travers des acronymes et des numéros de dossiers.

SAMBA

Intouchables était le parfait équilibre entre le drame et la comédie, c’est ce qui en fait son succès encore aujourd’hui. Avec Samba, Toledano et Nakhache penchent du côté dramatique. Ils signent leur volonté de traiter de sujets de plus en plus sérieux, s’emparant de réelles causes à défendre. On passe du handicap à la situation des sans-papiers. Et tout cela sans vouloir abandonner leur marque de fabrique : les répliques comiques devenant rapidement cultes – « Pas de bras, pas de chocolats ». Ce qui avait réussi avec Intouchables échoue avec Samba. Si bien, qu’aucune larme, ni de rire, ni de tristesse ne vient pendant deux heures. On ne sait plus si l’on a le droit de rire ou si l’on est censé pleurer.  Les deux réalisateurs semblent s’être perdus dans le mélange des genres. Ou dans les lauriers de leur gloire.

Samba déçoit donc, mais s’inscrit néanmoins dans la lignée cinématographique de Toledano et Nakhache : une comédie dramatique au casting plus que parfait.

Marie Zafimehy

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