Salut c’est cool : brèves de comptoir

Rencontrer Salut c’est cool est une expérience déroutante. Rendez-vous était donné au Trumilou, bistrot pittoresque et désuet situé à deux pas de la Seine, pour évoquer avec trois des membres de ce groupe leur projet ludique, festif, et qui ne répond à aucune loi humaine connue.  Avant d’entamer une partie de flipper, on a eu le temps d’échanger sur la musique, Internet, la bouffe – bref, tout ce qui fait la vie ordinaire de quelqu’un comme toi et moi. Et puisqu’il est si difficile de mettre des mots sur cet art brut et naïf qui nous échappe forcément, mieux vaut écouter le propos de James, Louis et Vadim directement :

 

Clément : Salut c’est cool, comment ça a commencé ?

Louis : Je sais pas… on faisait un repas ensemble et on s’est dit qu’on allait télécharger un logiciel pour faire de la musique.

James : Ça a commencé à table, on s’est tous serré la main. Ça a commencé par une poignée de main.

Vadim : On a essayé de faire un morceau de musique, c’est super excitant. Vous avez jamais essayé de faire de la musique ? Qu’est-ce que vous foutez ? (Rires). Il y a des logiciels, c’est hyper simple. Tu peux le faire en deux clics. Si vous savez faire du traitement de texte, vous savez potentiellement faire de la musique.

Charlie : Vous êtes un peu des « nerds » en fait ?

Louis : Non non, t’as jamais fait du code html ? (Rires) Tout le monde peut faire du code html, je t’enverrai ma méthode si tu veux.

James : En Finlande, à l’école primaire, ils apprennent à faire du code html

Louis : C’est super parce que tu sais que tout est là, il n’y a plus qu’à trouver les bonnes formules pour faire ce que tu veux.

Vadim :  Et surtout c’est libre. Tu vas sur n’importe quelle page, tu peux piquer le code.

Charlie : Pour quoi faire ?

Vadim : Pour que ça soit plus simple pour tout le monde. C’est libre, ça peut circuler.

James : Pour votre site du BdA, vous pourriez faire du code, vous pourriez faire un site bien plus personnel. Vous êtes hébergés sur Tumblr ?

Clément : Non, WordPress. Je galère trop d’ailleurs…

James : Je t’enverrai ma méthode (Rires)

Huile d'olive

Clément : vous avez dit que Salut c’est cool, ça avait commencé « à table » : quel est votre rapport à la gastronomie ? C’est quand même très présent dans ce que vous faites.

James : on aime beaucoup la nourriture, la gastronomie. Mais même pas la gastronomie très élevée hein. Des choses très simples.

Charlie : Vous avez du beurre bio, j’ai vu ça dans l’une de vos vidéos.

Vadim : Ah, c’est à côté du godemiché non ?

Charlie : Oui, exactement !

James : Moi j’achète jamais du beurre bio, spécialement

Vadim : Moi j’achète jamais de beurre.

James : On mange très peu de beurre. Plutôt de l’huile d’olive.

Charlie : Pourquoi « La Purée » ?

Louis : On avait besoin de retenir la recette.

Vadim : C’est des phrases qu’on a trouvé sur un forum, on les a trouvé très intrigantes, elles étaient un peu passionnées. Je trouve que les gens mettaient pas mal d’eux-mêmes pour un forum sur la purée. Je crois que c’est Martin qui a suggéré de faire une chanson sur la purée. Plutôt que sur le skate.

Charlie : et le calendrier de l’avent ? [ndlr : visible ici si vous l’avez loupé]

Vadim : C’est une idée qui est venue comme ça, mais on s’est rendus compte que plein de gens faisaient déjà ça.

James : Comme Colonel Reyel !

Vadim : Il l’a fait la même année que nous, c’était trop fort. On s’est sentis connectés avec lui.

James : Mais en fait c’était pas pareil : il faisait pas vraiment un calendrier de l’avent html, il faisait un calendrier sur Youtube.

Clément : Ça vous plairait de faire un featuring avec Colonel Reyel ?

Vadim : Non…

Louis : Il est peut-être sympa

James : N’empêche, si ça veut dire qu’on doit aller dans les Antilles avec lui, ça peut être cool

Vadim : Ouais, mais c’est un peu intéressé ! (Rires)

James : Mais par exemple, partir en vacances avec Colonel Reyel, ça peut être sympa. Je veux bien faire un featuring de vacances avec Colonel Reyel.

Charlie : Et pourquoi Salut c’est cool comme nom de groupe ?

Louis : Ben, on avait fait deux-trois morceaux, et on s’est dit qu’il fallait nous baptiser. On est tombés là-dessus.

Clément : Vous êtes assez instinctifs non ?

Louis : C’est compliqué de trouver un nom de groupe. Nous on s’est dit « s’il y a quelque chose qui nous plait, on le prend ».

Vadim : Par rapport à d’autres groupes, je pense qu’on est un peu spontanés. Il y a plein d’étapes qu’on ne fait pas pour faire de la musique : on ne joue pas d’instruments, c’est que de la composition.

Charlie : Vous n’avez pas du tout de formation de musicien ?

Tous : Non

Juliette : Justement, vous vous considérez comme des artistes  ? ou vous faites ça juste pour le kiff entre potes ?

Vadim : C’est pareil. Il y a des artistes qui font ça juste pour eux, nous on fait pas ça juste pour nous. Enfin… On fait des choses parce que ça nous fait plaisir.

Louis : C’est important de faire des choses, donc on fait des choses quoi.

Vadim : C’est pas de la musique qu’on cache sous notre matelas en tout cas : on la diffuse, on est contents de la montrer.

James : C’est marrant comme question ! Vous avez demandé ça par exemple à Moodoïd ?

Camille : Vous, c’est un truc très spontané, ça fait très « trip de potes », qui ont envie de le partager…

James : Et ça fait pas « artistique » ? (Rires)

Clément : Mais est-ce que l’étiquette d’artiste vous fait peur ?

James : Non non, c’est une bonne étiquette

Louis : J’aime bien ce mot.

James : Je préfère étiquette d’artiste qu’étiquette de comptable par exemple, s’il fallait choisir.

Louis : Je suis sûr qu’il y a des comptables qui sont artistes.

James : Mais si tu dois avoir une seule étiquette ?

Louis : Ça existe pas ça.

Charlie : A l’origine, il y a-t-il eu une volonté de publication, de pouvoir trouver un public ? Ou pas du tout, seulement un plan entre potes, sans intention derrière ?

Louis : A la base, on a fait de la musique comme ça, pour rire, et après on s’est dit qu’on aller la communiquer aux autres, et puis finalement les autres, ils ont communiqué avec nous aussi. Et donc on a fait d’autres morceaux. Ça s’est fait très naturellement.

Vadim : A un moment on avait fait des morceaux : on en avait fait un très lent, un peu dans l’espace… Ça parlait des ingrédients de la sauce bolognaise. Et après on a fait des morceaux pour écouter à plusieurs, pour qu’on puisse danser.

James : C’était à l’époque de la « Tropical », je sais pas si vous vous en souvenez ? C’était de la techno minimale, mais avec un petit côté..

Vadim : …accordéon des tropiques.

James : Ça a été très éphémère. Vous vous écoutez de la musique tropicale ?

(Perplexité. Charlie hasarde une réponse)

James : Vous écoutez du shoegaze ? J’ai vu un groupe de shoegaze avec un chanteur qui ressemblait à Dexter.

 

Charlie : Comment vous vous répartissez les tâches entre vous sur scène ? Tout le monde fait un peu tout ou chacun a sa casquette ?

Vadim : On a des trucs un peu préparés, mais si quelqu’un fait pas ce qu’il devait faire c’est pas grave en général. Il peut faire autre chose. On a tous un micro.

Louis : Il y a même un cinquième micro avec des effets dessus. Pour les fantômes.

Camille : Et vous faites de temps en temps des concerts à l’arrache, entre potes ?

Vadim : Ouais on a commencé comme ça, à faire des trucs vraiment… improvisés. Ça a commencé comme ça je dirais. On a fait des concerts on avait même pas de morceaux. On avait deux morceaux quoi.

James : On mixait, on mettait des morceaux qu’on aimait bien, mais pas de nous. Et ensuite en sandwich des morceaux à nous.

Vadim : On a fait beaucoup de squats, beaucoup de fêtes d’école… On a déjà joué pour Sciences Po. d’ailleurs ! Une soirée Sciences Po., c’était horrible.

James : C’était 3615 Chirac, ou un truc comme ça non ?

Louis : Ah oui, oulala, c’était pas bien.

 

CRABE

 

Antoine : Est-ce que vous avez des influences, hormis les forums et les jeux de société ?

Vadim : Ben ouais, on a plein d’influences.

Juliette : Sexy Sushi, ça vous inspire ou pas du tout ?

Vadim : Ça nous influencé ouais : faire de la techno, chanter en français

James : Dans leur manière de faire : le fait d’être sur scène et de chanter sur de la musique d’ordinateur.

Juliette : et chanter en français, c’est évident pour vous ? C’est du militantisme ?

Vadim : C’est ce qui nous vient le plus naturellement

James : Dès qu’on chante un truc en français, ça résonne mieux qu’un truc chanté en anglais. Dans nos cœurs en tout cas. Il y a un site qui s’appelle Pardon my French, c’est des gens qui s’amusent à traduire des chansons en anglais – ils les traduisent littéralement pour les chanter en français, et rien que ça, ça sonne mieux. Je trouve ça plus joli.

Louis : Et puis on s’adresse à nos amis, et nos amis parlent français.

Juliette : Vous ne faites pas que de la musique en fait ? C’est important tout ce qui est autour ? Dans votre manière de communiquer, vous faites pas comme les autres artistes, votre rapport au public est différent : c’est intentionnel ou là encore spontané ?

Louis : On aime bien produire des choses, quelles qu’elles soient.

Vadim : On est spontanés, mais on aime bien trouver des manières de faire aussi.

James : Et réfléchir à essayer de varier ce qui paraît comme une évidence de faire les choses, en fait non, on peut les faire différemment. On peut faire ce qu’on veut en fait.

Louis : Mais la question c’est pas tellement de faire différemment des autres, c’est plus trouver la manière de le faire nous.

Vadim : Si tu commences à faire des choses, forcément tu t’interroges sur la manière dont tu le fais. Ou alors tu le fais comme quelqu’un.

Louis : C’est intéressant aussi de faire « comme quelqu’un »

Vadim : Ouais, mais d’ailleurs on s’en sert parfois, comme tout le monde.

Clément : Vous êtes pas à la recherche de l’originalité à tout prix ?

(Hésitation)

Vadim : Si, quand même, quand tu crées quelque chose aujourd’hui, tu t’interdis de faire des choses parce que d’autres l’ont fait

James : Ou si t’as une idée et tu trouves que quelqu’un l’a déjà fait, ça rend l’idée moins intéressante

Louis : Ça fait partie du processus normal de création. C’est pas exacerbé.

Vadim : On n’est plus à la Renaissance : avant tout le monde faisait des natures mortes, et il fallait bien la faire quoi. Aujourd’hui c’est plus trop ça, enfin, tu fais ce que tu veux.

Louis : Non mais les natures mortes c’est bien

James : On n’a pas envie de faire des natures mortes.

Vadim : Ça fait déjà pas mal de temps que l’horizon en art, c’est la nouveauté.

Picsou Mag'

Charlie : Est-ce qu’à la base votre truc c’est plus les arts plastiques – et la musique juste un passe-temps ? Dans quelle mesure vous êtes influencés par les autres arts ?

Vadim : A la base moi j’adorais Picsou Mag’, par exemple. Ça m’a énormément influencé.

James : J’aime bien le cinéma. J’aime bien aller au ciné.

Juliette : On a parlé un peu de bouffe tout à l’heure, j’aimerais un peu y revenir, parce qu’avec votre troisième album, il y a des recettes de cuisine. C’est quoi votre recette préférée ? Vous avez des conseils à nous donner en cuisine ?

James : Il y a une recette qu’on fait vraiment très très souvent, c’est la soupe de butternut : elle est d’une simplicité, c’est un peu désarmant [ndlr : Pour la réaliser, vous avez besoin d’un butternut, d’une boîte de lait de coco, d’un Kub Or, d’un bout de gingembre. On fait tout bouillir avec une tasse d’eau ; on mixe… c’est prêt !]

Louis : Elle coûte pas cher… elle est un peu parfaite cette recette.

Vadim : C’est la fête tous les soirs

Louis : C’est juste un butternut, un peu de gingembre…

James : …et une boîte de lait de coco.

Charlie : C’est quoi un butternut ?

James : C’est une courge. Mais le lait de coco de manière générale, dans la cuisine, c’est un peu un aliment magique.

Vadim : C’est tropical.

James : Il y a même une chanson de Harry Belafonte sur le lait de coco. Il a fait une chanson en l’honneur du lait de coco pour dire que le lait de coco c’est génial. « En sucré c’est super, en salé ça donne la puissance »

Charlie : Il n’y a pas tellement d’artistes qui font des chansons sur la bouffe, non ?

James : Si ! Il y a les frères Jacques. (il réfléchit) Non, il y en a plein. Il y a une chanson trop bien… vous voyez le mec qui rentre dans sa voiture avec un hamburger ? Il y a quelqu’un qui a fait un remix « autotune » de ça, il est trop beau le morceau. Ça s’appelle « Cheese is oozing ».

Antoine : Et vous, vous comptez vous servir de l’autotune ?

Vadim : Je sais pas comment ça marche moi.

James : On est pas trop trop fans de la manière dont ça transforme la voix.

Louis : Peut-être qu’un jour on le fera

James : C’est comment le mec qui fait ça… « Computer Love » et tout. Un gars qui faisait que du vocoder. Parce qu’avant, l’autotune c’était le vocoder. C’était un clavier, ils mettent un tuyau dans la bouche ou un truc comme ça. C’est assez marrant comme système d’ailleurs.

Louis : C’est Roger machin je crois… [ndlr : il s’agit, après vérification, de Roger Troutman, chanteur du groupe Zapp]

James : Il y a Air aussi qui a de très beaux morceaux au vocoder !

Antoine : C’est quelque chose qui est arrivé quand même pas mal dans la musique française non ? Depuis les années 1990.

James : Même maintenant : par exemple sur le dernier album de Booba il y en a plein. La moitié de l’album c’est des chansons comme ça. Enfin j’ai écouté très vite, mais de ce qu’il m’en est ressorti c’était que c’était quasiment qu’un album au vocoder.

Louis : C’est pas… Monsieur Gim’s ?

James : Maître Gim’s ! Beaucoup de vocoder. La Fouine : énormément de vocoder.

 

Juliette : Donc vous, vous faites de l’électro parce que c’était facile d’utiliser des logiciels pour faire des morceaux ?

Louis : C’est la seule manière qu’on ait trouvé de faire de la musique

James : C’est aussi ce qu’on écoute tout le temps en soirée. C’est la musique qu’on écoute pour faire la fête.

Juliette : Vous avez des chansons où il y a des paroles dedans, qui sont assez poétiques. Je trouve ça beau. Vous avez quand même dans vos albums une variété de styles, même si ça reste sur un fond d’électro…

Clément : … est-ce que la musique que vous faites c’est seulement pour faire la fête ?

Louis : Ah non, pas du tout. On aime beaucoup la poésie. On a essayé de faire des choses qu’on trouve belle, mais c’est compliqué quoi.

James : Il y a des matins t’as envie de faire un truc doux, des matins où t’as envie de faire un truc « vénèr » (Rires)

Vadim : Les trucs rythmiques pour danser, c’est sympa. Quand en plus il y a des petites paroles dessus… Ça peut être poétique.

James : L’ultime ce serait de pouvoir faire un truc où tu peux pas t’empêcher de danser, en même temps tu pleures (Il mime la chose : rires). Je pense que c’est possible.

Louis : Ça veut dire que c’est une danse… de désolation.

James : Le truc de Moby tu sais…

Louis : Ah, l’hymne européen ?

James : Ouais. Il a fait quelques morceaux hyper dance. Je sais pas si vous vous rappelez de Moby ? Le Chauve. Ça passe sur RTL2.

James : Moi, mes parents ils avaient les deux albums de Moby.

Vadim : Ma mère aussi.

James : Avec l’album de Dido, et l’album de Seal. Toi aussi ta mère elle a l’album de Seal ?

Vadim : C’est quoi le cidre ?

James : Seal ! un chanteur noir avec des cicatrices.


Propos recueillis par Charlie, Juliette, Camille, Antoine, Clément.

 

 

 

 

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