Room – Lenny Abrahamson

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Les premières minutes de Room sont suffocantes : Jess et son fils, Jack vivent un quotidien morose dans une pièce unique, espèce de chambre aux murs décrépis, extrêmement sombre puisque dotée seulement d’un Velux. Les deux personnages évoluent de manière tout à fait banale, fêtant les cinq ans de Jack, regardant la télévision, dans un environnement pour le moins peu conventionnel, sans que rien ne nous indique les causes de cet état de fait.
Lorsqu’un troisième personnage, « Vilain Nick » apparaît, le caractère malsain de la situation et son étrangeté sont poussés à leur paroxysme. Quel est cet homme qui, tous les jours, rentre dans cette étrange pièce pour faire l’amour à Jess ?
Ce n’est que plus tard que l’on apprend, par la bouche de Jess qui décide de parler à son fils, que Vilain Nick séquestre la jeune femme depuis sept ans et qu’il lui a fait un enfant.

Dès le début du film, toute la connaissance et les repères que le spectateur obtient s’accompagnent de la figure de Jack : nous sommes ramenés constamment à la position d’un enfant de cinq ans dans toutes ses découvertes : celle de la lumière en sortant de la chambre, qui s’apparente à une seconde naissance, celle des relations humaines autres que le lien maternel; en somme, la découverte de la réalité puisque Jack apprend que les « vrais arbres », les « vrais individus » existent en dehors du poste de télévision, alors seul lien vers l’extérieur à l’intérieur de la chambre.

http://www.artctualite.com/room-2016-de-lenny-abrahamson/

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Cependant, et la beauté du film réside ici, la libération de Jack n’est pas synonyme d’une sortie brutale de l’enfance. Certes, le petit garçon aux cheveux longs, accrochés comme un animal à sa mère s’ouvre aux autres, mais l’univers imaginatif infini de la chambre ne disparaît jamais tout à fait, notamment, le plan splendide du Velux, sorte de barrière mystique avec le reste de l’univers, ne quitte jamais tout à fait de l’esprit du garçon.

L’autre réussite du film réside dans sa recherche de complexité scénaristique. L’on aurait pu croire, à la libération des deux personnages que le film se conclurait en happy end. Or, la seconde partie du film expose une situation encore plus inattendue : la libération tant espérée qui devait être une explosion de joie s’apparente à une convalescence longue et douloureuse, notamment pour Jess. Celui-ci prend conscience qu’une partie de sa jeunesse lui a été volée, que le temps s’est arrêté pour elle, mais pas pour ses anciennes amies. Etonnamment, alors qu’elle protégeaient son fils, c’est lui qui s’adapte le mieux à un monde qu’il ne connaît pourtant pas.

Room est une réelle surprise, tant par la performance ahurissante des acteurs que par une richesse de mise en scène et de scénario.

Léna Pican

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