Le Roi se meurt

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Il faut avoir lu la pièce d’Ionesco une première fois pour pouvoir apprécier la mise en scène de Georges Werler à sa juste valeur. En connaissant d’avance la chute de l’histoire, on est plus à même d’observer l’étrange spectacle qui se déroule sur la scène, porté par la performance d’une justesse à couper le souffle de Michel Bouquet.

Les + :

  • Un texte frappant mis en valeur par la justesse du jeu des acteurs
  • Une mise en scène très esthétique, des costumes magnifiques

Les – :

  • Le jeu un peu exagéré et le comique forcé de Juliette Carré (Marguerite)

Note : 4/5

Nullement diminué par l’âge, les 88 ans de Bouquet lui vont au contraire comme un charme et ne font qu’accroître le réalisme de son jeu – un roi mourant qui assiste, impuissant, au délabrement de son royaume qu’il entraîne dans sa chute –, et on ne peut qu’être saisi par l’honnêteté avec laquelle il interprète son personnage. Les autres personnages, qui n’existent que comme faire-valoir du roi, sont en réalité incarnés par des acteurs qui réussissent à amplifier l’absurdité de la pièce tout en lui donnant son sens. Il faut souligner notamment la performance remarquable de Nathalie Bigorre, qui interprète la jeune reine Marie et qui fait souffler sur la pièce un vent à la fois léger et désespéré. Juliette Carré réussit à donner vie au personnage un peu aride de Marguerite en révélant sa sensibilité derrière ses airs durs et méprisants ; il est cependant dommage qu’elle se distancie de son jeu et semble apprécier sa propre performance, allant parfois jusqu’à l’exagération et le comique forcé.

Emilie Drouinaud, tous droits réservés

Emilie Drouinaud, tous droits réservés

La mise en scène de Georges Werler est surtout un délice pour les yeux. Les costumes, hauts en couleurs, sont magnifiques et correspondent parfaitement aux personnages : la longue robe blanche de mariée de Marie accentue son innocence ; Marguerite, emmaillotée dans sa lourde et volumineuse robe mauve, affirme son statut de femme dominatrice. Le costume rouge du roi, avec ses pantoufles d’Arlequin, sa couronne d’enfant et son sceptre en forme de main, ne fait que mettre en valeur son ridicule et son impuissance. Le décor, minimaliste, se réduit à un trône placé au centre de la scène : le dénuement de la salle sombre renforce l’atmosphère de décrépitude du royaume. L’éclairage, très mesuré, prend garde de toujours laisser une part d’obscurité : il est particulièrement réussi dans la scène finale, quand la mort du roi est symbolisée par la diminution progressive de la lumière jusqu’à ce qu’il soit entièrement englouti par le néant. Tous ces éléments composent des tableaux magnifiques, appréciables surtout dans les moments de silence quand les acteurs sont disposés harmonieusement sur la scène.

Le roi se meurt est avant tout une pièce qui fait nous réfléchir sur notre propre attitude par rapport à la mort. Cette dimension philosophique est bien sûr perceptible à la lecture, mais elle est accentuée par le jeu des acteurs : dans leur bouche, des phrases comme « pourquoi suis-je né si ce n’était pas pour toujours ? » ou « tout le monde est le premier à mourir » sont bien plus percutantes. Le génie de cette pièce résulte d’un subtil dosage entre comique et gravité, entre lyrisme et brutalité, entre absurdité et réalisme parfois effrayant. Ainsi, le lyrisme de Marie accentue encore la violence désespérante de la situation en même temps qu’il est discrédité par l’absurdité de la pièce et le cynisme de Marguerite. Et vous, êtes-vous plutôt Marie ou Marguerite ?

 

                                                                                                                                          Diane Richard

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