Rodin et son éternelle idole – Boris Eifman

crédit Souheil Michael Khoury

Si Boris Eifman a pour habitude d’inspirer ses œuvres de la littérature russe, pour son dernier ballet, c’est à une passion française que le chorégraphe russe rend hommage. Ainsi, les 13 et 14 décembre dernier, les planches de l’Opéra de Massy tremblaient d’émotion et de passion, et les danseurs de la troupe Eifman redonnaient vie, pour quelques instants, à un couple d’amants presque aussi célèbre pour la folie qui l’animait que pour le génie de son œuvre : celui formé par Rodin et son éternelle idole, Camille Claudel.

Les plus :

  • Attention : orgasme auditif à répétition au cours de la représentation ! La bande originale, dans laquelle on retrouve du Ravel, Satie ou bien encore Saint-Saëns est indéniablement une arme de séduction massive…
  • Le pari de mêler danse et sculpture qui s’avère réussi esthétiquement (cf : infra).
  • Les prix tous doux de l’Opéra de Massy qui propose des places dès 35,5 euros (bien moins chères donc que les grands opéras parisiens) dans une salle sans aucune place piège au niveau de la visibilité : en somme, une pure idée pour vos cadeaux de noël !

Le moins :

  • Si la danse est maîtrisée du début à la fin et que le rendu esthétique est au rendez-vous, on aimerait parfois que la passion prenne le pas sur la technique. Le rendu est parfois tellement lisse qu’on est content d’avoir lu le programme pour comprendre qu’en fait : là on est en pleine tempête amoureuse et pas en compétition de danse.

 Note : 4 artichauts sur 5.

La Porte des Enfers crédit Souheil Michael Khoury

La Porte des Enfers
crédit Souheil Michael Khoury

Considérée par la critique internationale comme l’un des plus beaux ballets néoclassiques du XXIème siècle, cette dernière création de Boris Eifman se révèle être un véritable travail des corps. En y mêlant mouvement et position statique, le chorégraphe nous propose un véritable bijou de créativité, réunissant en un seul le premier et le cinquième des arts : la sculpture et la danse. Les corps s’entremêlent et se modèlent au fur et à mesure des scènes. Tantôt ces sculptures humaines sont l’expression du génie des artistes où l’on reconnait celles qui ont fait leur succès, tantôt Camille et Auguste, dans une folie créatrice, se mettent à les tordre, les broyer, puis les détruire, comme ils le font l’un envers l’autre.

Le clou du ballet est incontestablement au plus sombre de l’histoire. Camille est alors au bord du gouffre de la folie, à la Porte de l’Enfer, celle de son asile, et Eifman nous en offre une représentation humaine, effleurant alors le sommet de l’art des amants maudits mais aussi le sien.

Ce ballet en deux actes, bien que retraçant une histoire lourde et sombre, n’en reste pas moins aérien et enthousiasmant, grâce à l’incroyable performance des solistes et à la frénésie du corps de ballet. On en ressort avec l’envie de danser, de se jeter dans les airs, de tournoyer sur nous-mêmes, avec un sourire béat : il semble que tout le monde ait le même dans la salle. Bref on est conquis et on vous le recommande chaudement !

Charlotte Delphis 

Découvrez l’Opéra de Massy et son incroyable programmation : http://www.opera-massy.com

Programmation saison 2014-2015 : http://www.youblisher.com/p/966567-Programme-de-saison-14-15-de-l-Opera-de-Massy/

crédit Souheil Michael Khoury

crédit Souheil Michael Khoury

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