Rien de moi, un drame de glace

Elisabeth Carecchio, tous droits réservés

Stéphane Braunschweig, directeur du théâtre national de la Colline, porte à la scène depuis plusieurs années les créations de son contemporain Arne Lyrge, dramaturge norvégien né en 1964. Après Je Disparais en 2012, voici Rien de moi, jusqu’au 21 novembre.

Si vous aimez le théâtre contemporain, allez-y, vous y trouverez sans doute quelque chose. Pour les autres, abstenez vous. Le rédacteur de ces lignes a parfois dû retenir quelques fous rires.

Les plus :

  • Des interprètes féminines très émouvantes
  • Une mise en scène avec de l’idée (malgré quelques clichés)

Les moins :

  • Une distribution inégale
  • L’impression que rien ne s’est passé.
  • Un drame norvégien difficilement exportable en dessous du cercle polaire

Note : 3 artichauts sur 5 (moi je ne donne pas des moitiés de demis de quarts de points, que personne ne se sente visé ici)

« « Je t’aime » j’ai dit ». Les  personnages d’Arne Lyrge racontent une histoire : la leur. Ils évoquent tantôt seuls, tantôt à deux ou à trois tous leur gestes, leurs paroles, leurs actions et leurs sentiments. Enfermés dans l’appartement blanc et vide, ils semblent faire advenir leur discours. Ce mode d’énonciation confère une certaine distanceaux personnages avec l’amour, la joie mais aussi la mort, la douleur, et crée une émotion particulière. C’est comme s’ils offraient une nouvelle perspective sur leur vie.

Donner un nouveau souffle à sa vie, c’est bien ce qui a animé Elle lorsqu’elle a décidé de quitter son mari et son fils pour rejoindre Lui. Lui a au moins dix ans de moins qu’Elle. Il lui propose une nouvelle existence, un nouvel élan, un rêve et un projet communs. Elle a besoin de ça, repartir de l’avant, ne plus revenir en arrière, à ce jour où sa fille, alors qu’elles patinaient sur l’eau gelée du port, est passé à travers la glace.

Outre la particularité norvégienne de ce terrible accident, on a l’impression que la pièce ne prend pas. L’écriture de Lyrge, semble ne jamais s’envoler. Au début on aurait pu croire qu’elle aller s’étendre, quechaque mot et que chaque idée allaient s’ajouter aux autres pour montrer le tragique l’amour passionnel. Mais rien de tout cela. On obtient finalement quelque chose de plutôt linéaire et sans grande intensité.

Elisabeth Carecchio, tous droits réservés

Elisabeth Carecchio, tous droits réservés

Rien de moi pêche par sa distribution inégale. Chloé Réjon est, tout au long du spectacle, juste et très émouvante. Luce Mouchel est impressionnante dans ses trois rôles successifs de mère(s) et de petit garçon. Elles nous offrent de très beaux momentsnotamment quand Elle évoque l’accident de sa fille ou bien lorsque qu’Elle fait face à son fils. Malheureusement, Manuel Vallade, qui interprète Lui, n’est franchement pas à la hauteur. C’est (mal)heureusement lorsqu’il quitte la scène, au cours du deuxième tiers de la pièce, qu’on s’attache vraiment aux personnages et à leurs émotions et qu’on perçoit (enfin) le propos de Lyrge sur l’amour : qu’est-ce qui unit deux êtres ? Et jusqu’où cette union est-elle possible ?

Dommage, car la mise en scène proposée par Stéphane Braunschweig semblait convenir parfaitement à l’écriture du norvégien (mise à part quelques clichés parfois, les ombres projetées sur le mur par exemple). Le cube blanc dans lequel évoluent les comédiens est l’endroit propice pour créer sa vie et son amour de toutes pièces, pour repartir à zéro et (re)façonner son existence. Vierge et nue, la pièce pouvait faire résonner les répliques performatives d’Elle et Lui et se transformer avec l’évolution de leur amour. On obtient rien de tout cela pourtant, et la pièce (dans tous les sens du terme), demeure vide. On aurait pu avoir un bel exercice de distanciation, mais non.

L’eau qui envahit le plateau à la toute fin est un peu la métaphore du spectacle dans son ensemble : tout était possible, mais on finit par patauger.

Valère Clauzel

Leave a Reply