Rétrospective – Massacre à la Tronçonneuse

L’anniversaire d’un massacre
Remasterisation
Grand Rex

On a l’habitude de commémorer les massacres de façon extrêmement solennelle. On prend mille précautions, pour ne pas échauffer les mémoires encore sensibles, et sur ces célébrations pèse un lourd climat de tristesse et de tensions.

Ce n’est pas le cas du massacre dont nous célébrons le 40ème anniversaire, celui de Massacre à la tronçonneuse, le film d’horreur cultissime de Tobe Hooper. Ce mardi 23 septembre était organisée une grande soirée spéciale au Grand Rex pour célébrer cet anniversaire dans la joie. Pour une fois, on aime se souvenir d’un massacre. Parce que pour le coup, ça fait du bien là où ça fait mal.

On arrive au Grand Rex, où une file d’attente immense nous attend, composée de vieux loups qui l’ont vu plus d’une fois, de fans déguisés et de petits débutants terrifiés comme nous. On entre dans ce lieu immense et beau qu’est le Grand Rex. On nous distribue des sacs à vomi. Une vendeuse essaie de nous vendre des boyaux. Leatherface, le fameux monstre à la tronçonneuse, nous fait enter dans la salle (en réalité, ce n’est pas un monstre mais un être humain, c’est là le principal apport du film dans l’histoire de l’horreur, c’est que la violence est le produit de l’imagination humaine et pas de celle d’une créature surnaturelle. Un peu dérangé, l’humain, d’accord, mais humain quand même). On entend des cris de femmes. En bas, une petite scénette se joue entre le tueur et une pauvre victime qui se fait tronçonner, à la suite de quoi on nous jette son corps (en mousse) dessus. Le tableau est posé.

massacre 2

S’ensuit une longue série de petites surprises inédites qui font de cet événement un moment unique. La soirée s’ouvre par deux bandes-annonces, celle de The night of the living dead, film d’horreur de 1968 réalisé par Romero et ayant inspiré le deuxième film dont on voit la bande annonce : l’attendu Massacre à la tronçonneuse (le 1, le vrai, celui de 1974, bien sur). On regarde ensuite un court-métrage, Game, qui rend un hommage sanglant et drôle à The chain saw massacre, pour citer son titre original. Puis c’est l’entrée très applaudie de monsieur Tobe Hooper en personne. On visualise son premier court-métrage assez inclassable, The Heisters, puis un petit condensé de ses films en 1 minute 40 (du sang, des cris, de l’amour, du sang, de l’angoisse, des monstres, du sang). Un entretien assez court de quelques questions nous en apprend un peu plus sur la façon dont il a découvert le cinéma, mais aussi sur celle dont ce film lui est venu en tête (en l’occurrence, il en avait marre d’être dans un centre commercial saturé de monde, il a vu une tronçonneuse en vitrine et s’imagina, fendant la foule avec cette tronçonneuse. Charmant, n’est-il point ?), celle dont il a reçu les réactions des spectateurs de l’époque, qui n’avaient pas perçu la dimension comique du film.

On voit ensuite un extrait des bonus inédits qui seront présents dans le DVD dernière version qui sort pour l’occasion. C’était à la fois le moins bon moment, car il n’y a pas mieux pour démystifier un film que d’en montrer les coulisses et les couacs, et le meilleur pour ceux qui craignaient avoir usage par la suite de leur sac à vomi. Ainsi, une actrice nous confie que le réalisateur, à la recherche d’un torchon qui allait servir à la faire taire, trouva un vieux morceau de tissu sale qui traînait par terre et lui mit dans la bouche, petit budget oblige. Cela explique que la salle, en voyant la scène en question par la suite, au lieu d’être terrifiée, se mette à pouffer de rire.

On voit également des images extrêmement drôles d’une émission de Michel Drucker qui interviewe une des membres du jury d’un festival pour lequel le film concourrait à l’époque. Cette dame fut tellement outrée en assistant à la projection qu’elle la quittât bien avant la fin, se plaignant d’un déchaînement insoutenable de brutalité. Elle résume tout cela par la phrase la plus drôle qui soit : « Ce film, c’est la déchéance ». Je vous passe des anecdotes, et des meilleures.

massacre 3

On sent dans la salle comme une agitation, chacun étant trop préoccupé à penser à cette « déchéance » dont nous allons faire l’expérience tous ensemble, nous qui sommes si nombreux ce soir, dans une ambiance de grande communauté ; car le meilleur était pour la fin : la projection du film dans sa nouvelle version entièrement remasterisée pour l’occasion.

Le film était évidemment à la hauteur de toutes les activités qui l’ont entouré durant la soirée. Quand un film fête ses 40 ans, quand il arrive à survivre autant grâce à un public toujours renouvelé, c’est généralement un gage de qualité. Ce qui est vraiment appréciable avec Massacre à la tronçonneuse, c’est que le film ne suscite pas la peur pour le simple plaisir de la susciter. On a peur, on sursaute, on ferme les yeux parfois, d’accord, mais on sent qu’il y a quelque chose de plus. On sent derrière certaines scènes sanglantes, très violentes, un peu trash quand elles sont regardées à part, une réflexion. On se prend au détour d’une scène à méditer sur notre croyance au surnaturel et en notre peur de l’inconnu. Cette violence, pour Tobe Hooper, c’était sa façon à lui, cinématographiquement, de traduire un climat de défiance générale aux Etats-Unis, à la suite notamment de l’affaire du Watergate, qui a soudain rendu le monde moins sûr et dont chacun a été amené à se méfier. Le film a également un univers qui le singularise et qui fait qu’il ne sera jamais réduit à un simple film d’horreur, cet univers macabre, glauque et très esthétique. Il traite à sa façon des rapports familiaux, c’est-à-dire d’une façon originale, dérangeante ; c’est peut-être d’ailleurs le thème qu’il faudrait retenir, plus que le massacre, dans ce film : les liens familiaux. Les liens du sang.

Il n’y avait pas de meilleures circonstances pour découvrir le film, qui ressort en ce moment dans de nombreuses salles. Si l’occasion se présente à vous, abandonnez-vous à la déchéance en vous offrant ce luxe de découvrir un classique ultra-travaillé sur grand écran.

Azilys Tanneau

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