Retour sur Gaby Baby Doll – Semaine du Cinéma

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Gaby Baby Doll de Sophie Letourneur
Marche et tais-toi – Critique de Cécile Lavier
4 / 5 Artichauts

Gaby est une jeune femme un peu égoïste, pleine d’angoisse et qui déteste la solitude et le silence. Quand elle se retrouve toute seule dans une grande maison, à la campagne, sans personne pour l’occuper, elle tourne rapidement en rond. Heureusement, il y a Nicolas, un ermite professionnel, pour passer le temps avec elle.

On retrouve Sophie Letourneur et son style brut et quotidien, celui de La Vie Au Ranch ou des Coquillettes, qui raconte des histoires tellement simples que cela pourrait être les nôtres. Lolita Chammah et Benjamin Biolay incarnent les rôles principaux de son troisième long-métrage, aussi inclassable que les précédents.

gaby-baby-doll-imageGaby Baby Doll fait le récit de la rencontre de deux êtres que tout oppose, mis à part leur attachement à leur routine rassurante. Gaby mange des Chocapic et part tous les soirs à la recherche de quelqu’un pour dormir avec elle. Nico fait de longues promenades, avec sa bouteille d’eau et son chien. Les plans fixes de la nature bourguignonne qu’il arpente ressemblent à de superbes tableaux, tandis que les clients d’un petit bar du village où elle va piocher ses compagnons nocturnes semblent faire partie d’un décor immuable. Rien ne semble décidé à changer jusqu’à ce que ces deux-là se rencontrent. Sophie Letourneur dissèque minutieusement la confrontation de leurs univers, étudie la façon dont ils se jaugent, s’apprivoisent et apprennent à se côtoyer grâce à de subtils mouvements de caméra, changements de lumières ou bribes de dialogues. Ainsi, quand Gaby décide d’appeler son compagnon bourru « Nico » ou qu’il la défie de finir leur balade seule et en silence, on sent un mur invisible qui tombe entre eux et leurs caractères respectifs qui évoluent tout doucement. Autant de petits riens qui bricolent une relation improbable mais évidente, touchante de sincérité et de simplicité, que des acteurs charmants et talentueux rendent encore plus vivante.

Gaby Baby Doll est un film paisible, qui se passe des drames et des grands éclats. Il ne se passe pas grand-chose, les jours passent en se ressemblant. Pourtant, on ne s’ennuie jamais et on est déçu de voir arriver la fin, parce qu’on est subjugué par ces longues marches, ces paysages sublimes et ces silences apaisants, par cette histoire sans histoires.

Pourquoi fallait-il aller voir ce film lors de la Semaine du Cinéma ? Lolita Chammah mérite à elle seule le détour, illuminant le film par son unique présence. Mais surtout, Gaby Baby Doll ne ressemble (presque) à rien de ce qu’on a l’habitude de voir au cinéma. Touchant et décalé, ne se prenant jamais au sérieux malgré ses airs de voyage initiatique, ce petit ovni cinématographique vous fera sûrement un peu rire.

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