Respire – Mélanie Laurent

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Respire de Mélanie Laurent
« Tu vas pas mourir de rire, il faut que tu respires »
5 / 5 artichauts

Pour son deuxième long métrage, Mélanie Laurent adapte le roman éponyme d’Anne Sophie Brasme. Un livre qui a marqué sa propre adolescence. Mélanie Laurent signe une adaptation très juste, sensible, sensuelle, humaine et à la fois tellement inhumaine.

Charlie (Joséphine Japy) est une lycéenne de terminale lambda, bonne élève. Celle-ci mène une vie sans relief, entre des camarades qu’elle suit depuis le collège et des conflits permanents entre sa mère et son père. Un jour, Sarah (Lou de Laâge), arrive en cours d’année dans la classe de Charlie. Elle représente la liberté pour Charlie, l’interdit aussi en quelque sorte. Néanmoins, Sarah choisit Charlie…

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C’est un film sur l’emprise, c’est un film sur l’amour, c’est un film sur la passion, la haine, mais surtout l’étouffement, la compression. Toutes les personnes ayant été victimes de personnes nocives, comme Sarah, de pervers narcissiques, trouveront ce film d’une incroyable justesse. Tout est dit, tout est montré, rien ne manque. Charlie est tout d’abord fasciné par Sarah, qui la séduit, joue avec elle et sa fragilité. Celle-ci l’éloignera alors totalement des autres, la mettant totalement sous son emprise, avant de pouvoir totalement la détruire.

Cette violence à la fois douce et subtile, tant elle réside dans la psychologie, nous est narrée par des jeux d’ombres et de lumières, des plans de plus en plus serrés sur le visage de Charlie. La position des deux jeunes filles dans le plan est également cruciale dans la compréhension de l’état psychologique des personnages, Sarah est toujours dominante et ouverte sur les autres, dans la volonté d’être regardée, tandis que Charlie est en soumission totale, renfermée sur elle-même et tournée uniquement vers Sarah.

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La photographie est particulièrement travaillée, et traduit les différentes étapes du processus de destruction. Au départ riche de flares, donnant à l’image une luminosité solaire puissante, traduisant des moments de bonheur et de complicité, elle se transformera en scène de clair/obscur, notamment des scènes de fin d’après midi d’hiver ou encore des scènes où le soleil se couche. La lumière reflète l’état psychologique de Charlie, consumée à petit feu par sa nouvelle « amie ».

Par ailleurs, le son est un récit en lui-même. Riche de nombreux silences qui permettent d’accroître la tension tout au long du film. Le son est tout d’abord en stéréo puis passe en mono, marquant l’enfermement de Charlie. L’effet sur le spectateur est de marquer l’enfermement, la privation de liberté. La solitude du personnage principal, isolée au lycée, non comprise chez elle, est traduite par très peu de musique et une accentuation des bruits d’ambiance. Sarah, au contraire, s’approprie la richesse de Charlie, sa vie sociale, ses relations, sa famille.

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Les performances des deux actrices sont absolument magistrales, tout en sensibilité et en violence. Tout n’est que jeux de regards et gestes sous entendus, tout en finesse et en fusion.
C’est un film dont on ne sort pas sans être retourné. Avec la nécessité, comme pour Charlie, sujette à des crises d’asthme, d’happer l’air à plein poumon, en quête de pureté.
Certainement l’un des films les plus justes jamais réalisés.

Chloé Triquet

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