Rendez-vous à Vilan

Pascal Victor / ArtcomArt

Ce soir, rendez-vous à Vilan-en-Volène pour y rencontrer Nathalie Oppenheim, écrivain lauréate d’un prestigieux prix littéraire. Yasmina Reza, dramaturge du célébrissime Art, débarque au Rond-Point avec sa dernière pièce, mis en scène par elle-même. On y parle littérature, médias et sangria.

Les plus :
– de très bons interprètes
– l’imbrication satire /critique

Les moins :
– un rythme un peu lent et parfois répétitif, qui rend certaines répliques presque prévisibles.

Pascal Victor/ArtComArt

Pascal Victor/ArtComArt

Pourquoi Vilan-en-Volène ? Nathalie Oppenheim ne sait pas bien pourquoi elle a accepté cette rencontre. Elle les refuse toutes d’habitude. C’est la lettre de Roland Boulanger qui l’a convaincue. Roland Boulanger, c’est l’organisateur des « samedis littéraires » de Vilan, (ils disent comme ça là-bas) ex-« vendredis littéraires » de la bibliothèque. Face au succès grandissant de l’événement, ils ont été déplacés du vendredi au samedi, et de la bibliothèque à la salle polyvalente.Entre la table de ping-pong et les chaises en plastique, Roland accueille l’écrivain, qui n’a toujours pas compris pourquoi elle a accepté ce rendez-vous. Mais voilà, quand elle a tourné la page du semainier de son agenda, « écrit en bas de la page, « Vilan » la regardait ». Tout deux sont  rapidement rejoints par Rosanna Ertel-Keval, journaliste snob du Paris littéraire campée par Dominique Raymond, mais « enfant du pays ». Entre deux déhanchés, elle explique que Philip (Roth voyons ! Pourquoi préciser ?) l’attend demain dans le Connecticut : absolument insupportable. C’est dans ce décor très « provincial » que nos trois personnages se questionnent, se jaugent et se répondent, les deux tiers de la pièce. On rit beaucoup certes, mais pas seulement.

Yasmina Reza a su subtilement alterner satire et réflexion. Elle dit volontiers, comme Nathalie, ne pas aimer parler de son travail d’écrivain. C’est sans doute pour cela qu’elle a écrit cette pièce où elle tantôt dénonce le monde médiatico-littéraire, et tantôt évoque les difficultés d’être écrivain : le malaise face aux questions des journalistes, la jalousie de certains, l’admiration trop pesante des autres. La mise en abyme est volontaire. Nathalie écrivain, présente son dernier roman, Le Pays des lassitudes (et le titre en dit long) dont le personnage principal est une écrivain. Une heure durant, elle réfute toute idée d’identification à son personnage alors que c’est ce que la journaliste voudrait l’entendre avouer. Roman dans le roman, roman dans la pièce, la littérature est partout, jusque dans le recueil de poésie de Roland, qu’il offre à Nathalie « pour avoir son avis ».

Pascal Victor/ArtComArt

Pascal Victor/ArtComArt

Pourtant, on s’ennuie presque parfois. Sans doute est-ce dû à enchaînement des tableaux selon la même logique et sur le même rythme ainsi qu’à ces silences qui se veulent gênants mais sont souvent trop longs et en perdent leur effet. Si Zabou Breitman porte très justement le rôle de l’écrivain, Dominique Reymond en fait trop et devient presque prévisible sur la fin.  De même pour le personnage du maire, celui qui se réclame du « parti des sans-étiquette » (mais peut-être est-ce différent avec André Marcon, qui joue en alternance avec Michel Bompoil que nous avons vu). Romain Cottard est, lui, excellent dans le rôle de Roland. Plutôt facile à moquer, presque ridicule, il nous révèle un personnage complexe, surement le plus sensible et le plus littéraire de ceux qui entourent Nathalie.

Mais c’est l’écriture qui éclaire la pièce, dans tous les sens du terme :l’écriture comme sujet de débat d’un côté, et les mots de Rezade l’autre. Ceux-ci sont toujours sur un fil, prêts à basculer de la légèreté à la gravité, du rire à la solennité. « Reconnaître l’importance de l’écriture dans sa vie, c’est reconnaître l’insuffisance du réel » dit Nathalie. Pour pallier cette insuffisance, Yasmina Reza a décidé d’écrire, et c’est tant mieux. Elle nous offre, avec le talent qui est le sien, une belle réflexion sur ce qu’est l’acte d’écrire.

Valère Clauzel

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