Prix Sciences Po pour l’Art contemporain : Echosystèmes, une édition 2015 éclectique

COULEUR

Depuis désormais six ans, le Prix Sciences Po pour l’Art contemporain récompense un(e) jeune artiste français(e) de moins de 35 ans. Imaginé par deux élèves, il cherche à mettre en contact professionnels de l’art et jeunes créateurs non encore récompensés. Ce prix commence à faire son chemin dans le monde de l’art contemporain français : le récompensé du Prix Sciences Po pour l’Art contemporain 2011, Julien Prévieux, a d’ailleurs reçu cette année le prix Marcel Duchamp.

Cette saison artistique est placée sous le signe des “Échosystèmes”, nous invitant à nous pencher sur les résonances autour de l’acte créatif lui-même, sa réception mais aussi sa médiation culturelle : quel est l’écho d’une œuvre, et en a t-elle seulement un, sont donc les maîtres mots de cette exposition. Le visiteur est chaudement invité à interagir avec les oeuvres, à se les approprier, guidé par les médiateurs – prompts à fournir des clés de lecture pour que chacun ‘trouve aussi sa place au sein de ces échosystèmes’.

Œuvres et artistes en compétition :

Amélie Bertrand – Sans titre

L’œuvre d’Amélie Bertrand est une huile sur toile dont la technique est novatrice : au lieu de passer de l’huile grasse à l’huile maigre, l’artiste s’affranchit des contraintes, dessine sur Photoshop pendant des semaines sa toile et l’imprime finalement, une fois parfaitement maîtrisée, sur un papier calque. Grâce à ce papier calque, elle utilise une couche d’huile unique sur tout le tableau, permettant d’éviter la surbrillance. Ainsi rien n’entrave la vision, et la toile n’a plus de volumes. Malheureusement cette technique de couche unique n’était pas encore utilisée en 2012, lors de la réalisation de cette toile. L’artiste elle même le sait, et aurait préféré pouvoir présenter une œuvre plus récente. Ainsi cette œuvre appelle à connaître mieux l’artiste et ses nouvelles méthodes qui modifie l’utilisation et l’appropriation de la peinture à l’huile.

Amélie Bertrand - Sans titre 2012 Huile sur toile, 170 x 140 cm

Amélie Bertrand – Sans titre
2012
Huile sur toile, 170 x 140 cm

Simon Boudvin – Concaves

Concaves est né de l’intérêt de l’auteur pour les carrières délaissées, presque en ruines. Le but n’était pas alors de simplement photographier des couloirs de pierre, mais de les inclure dans une modernité qui se révèle par l’utilisation de néons. Avec seulement cinq tubes lumineux mais un temps d’exposition très long et entrecoupé de pauses, les photographies semblent sortir de l’irréel, tel un parking naturel où la lumière est multipliée de manière factice. Tout un travail derrière de prise de photos, des semaines pour une unique photo, mais un résultat qui vaut le détour. 

Simon Boudvin - Concaves Photographies en multi-exposition de carrières souterraines

Simon Boudvin – Concaves
Photographies en multi-exposition de carrières souterraines

Caroline Corbasson – Shimmer

L’œuvre de Caroline Corbasson fait appel à plusieurs de nos sens, en étant une structure sonore qui communique avec le public. Cet objet cuivré, proche d’un module lunaire, témoigne de la passion de l’artiste pour l’espace. Le visiteur est invité à rentrer dans l’œuvre et expérimenter la solitude parmi les hommes : solitude car on est seul sous ce cocon, mais en regardant en bas on voit les pieds des autres. L’œuvre instaure presque un malaise, car l’écho de notre voix y est amplifié ; on ose pourtant à peine parler car on s’entend mal, et la pression des autres nous invite au chuchotement. Une très belle oeuvre donc, où on ne sait réellement comment interagir avec ce très beau dôme de cuivre.

Caroline Corbasson - Shimmer 2015 Cuivre, bois, mousse accoustique et dispositif sonore. Environ 140 x 140 x 240 cm

Caroline Corbasson – Shimmer
2015
Cuivre, bois, mousse accoustique et dispositif sonore
Environ 140 x 140 x 240 cm

Mathieu Dufois – Par les ondes.

Sachez tout d’abord que Par les ondes – 2e opus d’une trilogie commencée en 2012 est une oeuvre tridimensionnelle, puisque composée de 200 à 300 dessins ; le tout agencé en maquettes ; le tout filmé et formidablement monté. Bienvenue maintenant dans une ville post- apocalyptique, dévastée et déserte, si ce n’est pour les échos du passé prenant la forme d’hologrammes étranges et familiers – notamment de stars hollywoodiennes. Les influences du cinéma muet sur l’artiste sont ainsi manifestes, tant au niveau de la réalisation (pas de dialogues mais une bande son servant de fil directeur) que du contenu (références constantes à l’âge d’or du muet). D’où une esthétique remarquable, fascinante et surannée à la fois ! Ne passez pas à côté d’une des maquettes, présentée dans une boîte noire à travers une fente exiguë – comme une référence aux supercheries optiques des débuts du cinéma.

Mathieu Dufois - Par les ondes. 2014 Court-métrage de 12’55’’, Full HD.

Mathieu Dufois – Par les ondes
2014
Court-métrage de 12’55’’, Full HD

Marion Orfila – Orée délocalisée.

Pourquoi le sol devrait-il être fixe ? C’est une récurrence dans le travail de Marion Orfila que d’approfondir d’une oeuvre éphémère à l’autre – grâce à des installations abouties et déboussolantes, au propre comme au figuré ! -, cette question sur le déracinement des arbres, sur la perte de frontières et de repères ; sur l’existence avérée ou non d’un lieu qui n’est pas fixe. Démarche résumée par ce titre, Orée délocalisée – précepte d’une mise en mouvement de ce qui est par définition borné, localisé, délimité.

Le résultat est une oeuvre scénique, accomplie et plurielle, enrichie par des supports tant naturels (la noix de coco germée qui “porte en elle-même une forêt ; la feuille-boussole) qu’inorganiques (l’ordinateur et son film onirique, clôt par ce plan saisissant d’un îlot russe emporté par le courant traversant un barrage estonien… brouillage des frontières vous dis-je !).

Marion Orfila - Orée délocalisée. 2015 Installation vidéo

Marion Orfila – Orée délocalisée
2015
Installation vidéo

Chloé Quenum – Les Horizons.

Les Horizons est une œuvre particulière, entre design et post-minimalisme  : un paravent vertical aux pans parsemés de traces de pas… qui nous a d’abord laissés perplexes. Il est vrai que nous n’avons pas eu la chance de rencontrer l’artiste qui aurait pu nous expliquer son œuvre. Toujours est-il que celle-ci faisait directement écho à l’emplacement de sa première exposition, ce qui n’est plus le cas ici. Néanmoins, on vous conseille surtout de tourner autour du paravent pour admirer les jeux de lumières, de transparence et de changement de couleur des panneaux. Les Horizons invite ainsi à une réflexion autour de l’occupation de l’espace tout en gardant une aura mystérieuse et intimiste.

Chloé Quenum - Les Horizons. 2013 Châssis en sapin teint, charnières en laiton, toile de coton huilé, empreintes de pass réalisées avec du cirage, 20 pans. Dimensions pour chaque pan : largeur 14 cm x hauteur 155 cm

Chloé Quenum – Les Horizons
2013
Châssis en sapin teint, charnières en laiton, toile de coton huilé, empreintes de pass réalisées avec du cirage, 20 pans
Dimensions pour chaque pan : largeur 14 cm x hauteur 155 cm

Mathieu Roquigny – Think about Party

Avec une reproduction miniature, Mathieu Roquigny revisite le penseur de Rodin, ici enchevêtré dans un filet de serpentins multicolores qui s’étend comme une pieuvre, envahit l’espace et macule le sol environnant. Il s’agit bien d’une oeuvre facétieuse – comme réalisée d’une traite ! -, révélatrice de l’intention de l’artiste de « dépoussiérer une icône » au sein de notre éminente institution grâce à l’usage détourné de matériaux inattendus. Œuvre qui ne manque pas d’entrain donc  !

Mathieu Roquigny - Think about Party 2014 40x25 cm Sculpture en plâtre, serpentins

Mathieu Roquigny – Think about Party
2014
40×25 cm
Sculpture en plâtre, serpentins

Nos pronostics.

Juliet : Entre Orée Délocalisée et Par les ondes mon coeur balance… Le premier pour son harmonie onirique, le deuxième pour sa perfection formelle et son univers si envoûtant.

Nicolas : L’œuvre que je préfère est Shimmer, majoritairement pour l’utilisation du cuivre qu’en fait l’artiste. Cette belle pièce surtout m’a fait réfléchir, et les explications de l’artiste sur la gêne rencontrée face à une telle œuvre sont d’une vérité surprenante. Bravo à Caroline Corbasson !

N’’oubliez pas de voter pour le Prix du Public !

C’est ici : http://www.sciencespo.fr/prix-scpo-art-contemporain/ (jusqu’au 21 avril)

Juliet COPELAND & Nicolas THERVET

 

Prix Sciences Po pour l’Art Contemporain

http://sciencespo-artcontemporain.com/edition-2015/

13 avril 2015 – 29 avril 2015

Remise des prix le 22 avril, entrée sur invitation

28 rue des Saints Pères, Paris 7e.

Exposition temporaire niveau 0

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