Prix littéraires 2014 : décryptage du palmarès

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La semaine dernière ont eu lieu plusieurs remises de prix littéraires. Mais, dans le flot des récompenses, on finit souvent noyé. Alors qui a reçu quoi ? Voici le palmarès des Prix Littéraires 2014.
Prix Femina : Bain de Lune de Yanick Lahens

Le Prix Femina est créé en 1904, se positionnant en contrepied du prix Goncourt, jury alors exclusivement masculin. Composé uniquement de femmes, il est d’abord soutenu par le magazine « La Vie Heureuse », et s’intitule le « Prix Vie Heureuse », puis par l’hebdomadaire Femina, dont il prend le nom en 1920. D’abord sous l’égide de la poétesse Anna de Nouailles, il regroupe 20 femmes de lettres, soit le double du jury du Goncourt. Il est décerné chaque année le premier mercredi de novembre ; cette année, il a été attribué à la romancière Yannick Lahens pour son roman « Bain de Lune ».
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Yanick Lahens, récompensée par le Prix Femina pour Bain de Lune.


Quand on lit sa quatrième de couverture, Bain de Lune, le roman de l’haïtienne Yannick Lahens expire un petit parfum de 100 ans de solitude : une histoire qui s’étale sur quatre générations, un territoire isolé, une histoire qui commence par sa fin… En comptant l’histoire d’une inconnue échouée sur la plage, contrainte d’égrener son passé le plus profond pour retrouver la mémoire, elle déroule devant les yeux de son lecteur l’histoire de deux familles, les Mésidor et les Lafleur, seigneurs d’une île où « vivre et souffrir sont une même chose ».
Yannick Lahens, originaire de Port-au-Prince, en Haïti, a fait ses études secondaires en France, avant de retourner dans son pays natal et de s’engager pour combattre l’illettrisme. Aujourd’hui membre du conseil international d’étude francophones, elle est également la co-fondatrice de l’association des écrivains haïtiens.



Prix Medicis : Terminus Radieux d’Antoine Volodine

Fondé en 1958 par Jean-Pierre Giraudoux et Gala Barbisan, le prix Médicis a pour but d’éclairer un jeune auteur, ou l’oeuvre d’un écrivain qui n’est pas reconnu à sa juste valeur. Depuis 1970 et 1985, sont attribués un Prix Médicis étranger et un Prix Médicis Essai. Le jury est composé de neuf noms du monde littéraire, la présidence tournant tous les deux ans selon l’ordre alphabétique. Le prix Médicis du roman français 2014 a été décerné à Antoine Volodine pour son roman Terminus Radieux.
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Le Prix Médicis a été décerné à Antoine Volodine pour Terminus Radieux.


Dans ce pavé de 624 pages, Antoine Volodine entremêle un cocktail explosif : science fiction, imagerie soviétique et légendes chamaniques. Dans un monde dévasté par un hiver nucléaire, des personnages errent, ni tout à fait vivants, ni tout à fait morts, en quête d’un refuge dont ils n’ont aucune preuve d’existence. Dans cette aventure nihiliste, Volodine entremêle les codes d’un genre dont il est l’un des seuls à avoir le secret : le post-exotisme.
Antoine Volondine, c’est d’abord un nom de plume. Ou plutôt un des noms de plumes de cet écrivain atypique, inclassable, professeur de russe et inventeur de son propre-courant : le « post-exotisme », ce néologisme qu’il a forgé dans les années 1990, et qu’il n’a plus quitté depuis. Traducteur à ses heures perdues, Volodine n’en est pas à son premier coup d’essai ; il est ainsi le lauréat du Grand Prix de Science Fiction Française de 1987, et du Prix Inter de 2000.


Prix Goncourt : Pas Pleurer de Lydie Salvayre

Le « Prix des prix Français », celui considéré comme le plus prestigieux, a été fondé en 1896 par le testament d’Edmond Goncourt, bien que le premier prix Goncourt ne fut déclaré qu’une petite dizaine d’année plus tard, en 1903. Il est décerné uniquement à un roman, récompensant « le meilleur ouvrage d’imagination en prose ». Son jury regroupe 10 personnalités littéraires, nommées à vie ; devenu membre en 2004, Bernard Pivot préside l’Académie du Goncourt depuis janvier 2014. Le prix Goncourt a été décerné cette année à Lydie Salvayre, pour son ouvrage Pas Pleurer.
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Lydie Salvayre a reçu le Prix Goncourt pour Pas Pleurer.


Au-delà d’un roman, le Goncourt vient aussi récompenser l’ensemble d’une oeuvre ; c’est désormais chose faite pour Lydie Salvayre, qui, du haut de sa vingtaine d’ouvrages publiés, s’inscrit comme l’une des figures de proue de la littérature française de sa génération. Pas Pleurer, c’est d’abord l’histoire de l’amour d’une fille à sa mère, qui la raconte, lui rend hommage, la magnifie. C’est ensuite, plus largement, la fresque d’une époque troublée : celle de la guerre d’Espagne, en 1936. Au travers du récit de sa mère et de l’écrivain George Bernanos, auteur du très controversé Les Grands Cimetières Sous La Lune, Salvayre signe son grand retour en littérature depuis La Compagnie Des Spectres.

Prix Renaudot : Charlotte, David Foenkinos
Le Prix Renaudot a été fondé en 1926 à l’initiative de dix journalistes et critiques littéraires. Il a été créé en complément du Goncourt, étant attribué simultanément à celui-ci -le premier mardi de novembre- et dans le même lieu, à savoir le restaurant Drouant, à Paris. Il est décliné sous trois formes : le Prix Renaudot des lycéens depuis 1992, de l’essai depuis 2003 et, depuis 2009, du livre de poche. Cette année, David Foenkinos, grand favori du Goncourt, a été récompensé pour son roman Charlotte.
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David Foenkinos, récompensé par le Prix Renaudot pour Charlotte.

Foenkinos, habitué des têtes de gondoles des librairies avec ses comédies romantiques grinçantes parfois adaptées au cinéma (La Délicatesse, 2011, inspiré du livre du même nom, publié en 2009 chez Gallimard) signe ici son roman a la forme la plus inattendue. Avec chaque phrase suivi d’un retour à la ligne, Charlotte se lit comme un poème en vers libre, restituant le destin terrible de la peintre Charlotte Salomon, juive allemande, exécutée à Auschwitz en 1943. Comme un long chant, Charlotte s’étire avec la terrible langueur de la tragédie racontée par Foenkinos.
Alexandra Saviana

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