Pride – Matthew Warchus

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Pride de Matthew Warchus
3,5 / 5 artichauts

Mark Ashton est jeune, révolté et homosexuel. Il a l’habitude de se faire taper dessus, insulter, mettre au banc de la société. Un matin de l’été 1984, alors qu’il se prépare pour la Gay Pride de Londres, Mark tombe sur un reportage télévisé montrant la lutte des mineurs en grève dans tout le Royaume-Uni et leur fierté, pour laquelle ils refusent d’abandonner. Il semble fasciné.a Peut-être se reconnaît-il dans ce combat ? En tout cas, il attrape plusieurs seaux en plastique, rejoint ses amis qui sont déjà en train de défiler et, ensemble, ils commencent à quêter pour les grévistes et leurs familles, pour les aider à tenir le coup. Ainsi est né Lesbians and Gays Support the Miner, un groupe d’activistes qui se rendra au fin fond du Pays de Galles pour remettre l’argent récolté en main propre à des ouvriers.

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Pride raconte la rencontre étonnante entre deux communautés que rien ne rassemble, des mineurs gallois et des homosexuels londoniens, mais qui luttent pourtant pour le même but : la reconnaissance. Matthew Warchus signe ici l’une de ces comédies sociales que seuls les britanniques semblent réussir à tous les coups, traitant avec subtilité et humour de sujets difficiles. On rit beaucoup devant ce film. Les personnages sont cyniques à souhait, les dialogues absurdes et les situations complètement improbables. Pride est un vrai feel-good movie, du genre de ceux qui vous font sourire comme un abruti pendant une semaine. Mention spéciale à Dominic West qui a fait rire toute la salle à chacune de ses apparitions à l’écran, sans parler de sa fantastique démonstration de danse qui n’a pas rendu que les gallois jaloux.

Le casting est formidable. Outre West, on retrouve avec plaisir Bill Nighy, Imelda Staunton, Andrew Scott et Joseph Gilgun, accompagnés des tout jeunes George Mackay et Ben Schnetzer. Ils incarnent tous des personnages attachants et complexes. Rien n’est évident dans leurs histoires, rien n’est « facile ». Le personnage de Mackay, Joe, un jeune de 20 ans qui n’est toujours pas « sorti du placard », bien qu’il ait été inventé pour les besoins de la dramatisation, est tout en nuances. Ben Shnetzer joue un Ashton à la fois irritant et touchant, parce qu’on sent bien que cette agitation militante cache des blessures un peu plus profondes qu’il aimerait montrer. Nighy et Scott sont particulièrement émouvants alors que leurs personnages doivent faire face à leur douloureux passé. Même le personnage de Maureen, auquel on a envie d’arracher les yeux pendant une bonne partie des 120 minutes que dure le film, se révèle finalement plus profond et un peu moins insupportable qu’on pouvait le croire.

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Les costumes, les décors, la musique… Tout nous replonge dans les eighties avec délice. Quant à la mise en scène, elle est réjouissante, enthousiaste. Tout va vite. On court dans tous les sens, on lutte, on mobilise, on danse, on drague, on boit, on fume, on s’organise, on fait la grève, on traverse le pays à toute allure. Pride ne nous laisse pas le temps de reprendre notre souffle. Parfois, on aimerait bien. Juste pour prendre le temps d’apprécier les larmes des personnages ou leur colère. Ou, plus simplement, pour que le réalisateur prenne le temps de développer certains des aspects de ses personnages qu’on aimerait tellement mieux comprendre. Avec son rythme effréné, il lui est impossible de répondre à toutes nos questions.

 The real thing: LGSM members march in support of the miners

Finalement, la grande force du réalisateur, c’est d’être capable d’alterner les scènes amusantes avec les moments d’émotions sans jamais nous faire perdre de vue les enjeux cruciaux de cette histoire. Ne pas céder face au gouvernement, ne pas se remettre au travail, mais aussi ne pas laisser les habitants les plus intolérants du petit village gallois rejeter l’aide de LGSM. Au final, Warchus propose un véritable hymne à la tolérance. Il montre avec justesse que les préjugés et les craintes ne sont pas insurmontables ; que rire, danser, questionner, lutter ensemble finit par permettre de se comprendre et de s’entraider. Si ce message est plaisant à entendre, je regrette que Pride présente une version de l’histoire qui semble un peu trop édulcorée et où les différends se règlent grâce à deux bières, quelques disputes et une virée en boîte de nuit. La majorité du village, pourtant si hostile au premier abord, oublie ces réticences au bout d’une dizaine de minutes, s’accommodant avec une facilité déconcertante de ces homosexuels qui étaient pourtant de dangereux pervers quelques minutes auparavant. Cette résolution si simple de la situation déçoit, plus particulièrement quand le reste du scénario est traité avec subtilité. De la même façon, il est dommage que le réalisateur n’est pas choisi de s’attarder un peu plus sur la question du SIDA et des reproches formulés à ce sujet par la communauté gay à l’encontre d’un association comme LGSM (pourquoi aider les mineurs alors que les leurs meurent d’une maladie incurable ?) qu’il évoque rapidement à plusieurs occasions.

Malgré tout, Pride est une jolie surprise, un film émouvant, juste et terriblement drôle auquel on pardonne finalement ces erreurs ou ces manqués parce qu’on le finit avec un grand sourire et une envie folle de le revoir.

Cécile Lavier

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