Les prescriptions musicales de L’Artichaut #1

« Débuter Mars c’est aussi finir Février » me dit un jour un vieux sage népalais, alors que je me rendais à Katmandou. Il ajouta : « utilise ces mots en accroche d’un article, ça plaira beaucoup ». Maintenant la chose accomplie, venons-en au fait, soit trois albums sortis ces derniers jours et qui vous propulseront dans un mois de mars prolifique côté musique. Toi, le Français moyen, retire ce bouchon de cérumen et suis les prescriptions avisées de L’Artichaut : jacuzzi avec l’omniprésent Pharrell,  romance avec Real Estate, méditation avec Wild Beasts sont au programme cette semaine.

 

     Pharrell Williams – G I R L (Columbia)

Pharrell Williams semble être devenu, au fil des ans, un synonyme de chair du mot « cool » : il en est l’incarnation, capable de prendre tout ce qui est cool comme matière première pour le transformer en musique. L’Empire Williams vogue sous les bannières de l’hédonisme : il est un lieu où l’on ponctue chaque phrase d’un « you know » désinvolte, où l’on exhibe son dernier blanchiment des dents, et le tout en bermuda. De quoi redonner le sourire, même aux Ukrainiens en attente derrière les barricades de Kiev. Sur l’album lui-même, très peu de surprises, des sonorités funk prévisibles, et quelques featurings que le père Williams pourra accrocher au-dessus de sa cheminée (Alicia Keys, Justin Timberlake, Daft Punk). L’époque bénie de NERD est bien révolue, et la tendance est désormais revenue aux peignoirs satinés et aux techniques de séduction ringardes. Sorte d’hommage angélique et mièvre à la beauté féminine ordinaire, Girl ne peut évidemment pas décevoir : il donne imparablement envie d’intégrer cette grande communauté de joie qui a choisi Pharrell comme prophète.

Prescription :

Quelle dose ? Vous ne pourrez pas l’éviter, de toute façon. Quand ? A n’importe quelle heure (il est malin, Pharrell). Pour qui ? Pour tous ceux qui aiment bien crier très fort des paroles approximatives, ou montrer qu’ils savent faire le moonwalk même si personne ne le leur a demandé. Pour les personnes heureuses, quoi.

 

     Wild Beasts – Present Tense (Domino Records)

Quatrième album pour Wild Beasts, sur lequel le groupe anglais nous propose une contemplation mystique, quasi-monastique. La voix profonde, caverneuse et pénitente de Hayden Thorpe est le fil conducteur de cette succession de bons titres et s’approche à un tempo alourdi de mélancolie. N’exagérons pas cependant, car l’album donne aussi lieu à des rythmes plus enlevés, toujours avec une première couche de synthétiseurs. C’est au final une plénitude un peu froide et très agréable qui vient nous caresser l’épiderme. Un jeu de gravité et d’envolées est le scénario répété de ce disque, mené avec élégance et équilibre. Trois ans après Smother, Wild Beasts confirment qu’ils sont toujours aussi adroits à l’heure de livrer « A simple beautiful truth » (le titre de leur single), avec une fébrilité toute moderne.

Prescription :

Quelle dose ? Ponctuellement, les effets diminuent au bout d’un temps. Quand ? La nuit noire de préférence. Pour qui ? Pour les célibataires ou les personnes aigries – mais c’est un peu la même chose non ?

 

     Real Estate – Atlas (Domino Records) 

Les oracles de la chronique musicale seraient avisés de voir en ce nouvel album de Real Estate un des tout meilleurs de cette année 2014. L’élégance est un art, et les Américains nous les prouvent en dix titres calibrés. Assemblage de compositions simplistes, Atlas est une longue balade nonchalante, rassurante aussi. Real Estate nous vend ici la réforme et pas la révolution, la chaleur mais pas la canicule, le bonheur mais sans contrepartie. C’est en fait un confort incroyable qui se dégage de cet album, où les guitares, les chœurs ont une adéquation parfaite. Se tisse un résultat pop/folk indéfinissable, velouté, sur lequel on navigue à vue entre quelques ilots de grâce. Les paroles sont pures, évoquent des amours contraints (forcément), comme sur l’excellent titre « Crime », où l’on entend :  » I dont wanna die / lonely and uptight / Stay with me / all will be revealed ». La voix est lointaine, opère son charme malgré nous. Et on en est très émus.

Prescription :

Quelle dose ? En continu, aucun risque d’overdose. Quand ? A l’aube ou au crépuscule, sous un toit de chaume. Pour qui ? Pour ceux qui aiment arracher frénétiquement des brins de gazon, ou faire s’écouler du sable entre leurs doigts. Pour les centristes et les convalescents, aussi.

 

Docteur LHT. 

Written By
More from artichaut

Nos suggestions au pied du sapin- Spécial Noël

En ces froides nuits de décembre (ou non), alors que toute la...
Read More

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *