Les prescriptions musicales de L’Artichaut : seconde consultation

Stéthoscope 2

Nouvelle consultation : le cabinet enfumé de l’Artichaut ouvre de nouveau ses portes cette semaine. En salle d’attente, on y croise des énergumènes sociaux, des pilosités indécises, des calvities précoces. Puis le docteur livre son diagnostic. Sur la feuille d’ordonnance, deux merveilles qui réhabilitent le droit à la joie : ce sont Mac DeMarco et Todd Terje, un Canadien et un Norvégien qui régalent nos oreilles et y injectent du bonheur.

Mac-DeMarco

 

PRESCRIPTION #1 : Salad Days – Mac DeMarco (Captured Tracks)

Mac DeMarco est cet anti-héros nord-américain dans lequel on a envie de se reconnaître, le genre de personnage que l’on verrait bien pêcher à la mouche un dimanche après-midi, sur les bords d’un lac québécois. Un regard vitreux et une denture désastreuse font de lui le champion d’une loose joviale et rassurante. Avec Salad Days, le Canadien réalise pourtant un coup de génie et – osons le dire – réinvente une folk qui a parfois trop tendance à patiner. Les guitares sont coulantes, d’un psychédélisme élégant, et accompagnent des textes béats (du style : « Tell her that you love her, if you really love her / But when your heart just ain’t sure, let her know » sur « Let Her Go »). Après deux albums sortis en 2012 (2 et Rock and Roll Night Club) Mac DeMarco nous livre onze compositions pas si simples d’esprit, teintées d’un son lo-fi et et de douces dissonances. Au final, une poésie qui hésite entre second degré je-m’en-foutiste et déclarations maladroites et de quoi se délecter pendant 35 minutes environ.

Quelle dose ? En continu.

Quand et où ? Deux options : habillé dans une baignoire ou nu sous le feuillage d’un érable. Quand il fait beau et que l’on trouve que les nuages ressemblent étrangement à Valérie Damidot.

Pour qui ? Pour les aficionados de documentaires animaliers. Pour les « putains d’assistés qui parasitent le système » aussi.

 

PRESCRIPTION #2 : It’s Album Time – Todd Terje (Olsen Records)

It’s Album Time pour Todd Terje, et le résultat est grand, très grand. Une variété de styles incroyable se retrouve sur ce disque, où le DJ norvégien fait montre de sa virtuosité : rythmes latino-américains, disco, funk, techno s’enchaînent avec une évidence déroutante. L’homme d' »Inspector Norse » (qui clôt l’album) n’a qu’un objectif : vous faire danser. Et il y parvient aisément, car à l’écoute de It’s Album Time et de ses beats sur-efficaces, danser ne se négocie pas mais nous est imposé de façon compulsive, frénétique. Hormis « Johnny and Mary », une pause vulnérable d’une beauté inouïe sur laquelle Bryan Ferry prête sa voix (et reprise de Robert Palmer), le DJ à moustache construit une musique solaire et hédoniste, comme avec le très très jouissif « Oh Joy ». Todd Terje verse dans la nostalgie du clinquant désuet et de la légèreté des clubs des seventies, sans pour autant en être prisonnier.

Quelle dose ? Piochez ce qu’il vous plaît, la palette de Todd Terje est large.

Où et quand ? Au bord d’une piscine, un verre de caïpirinha à la main. En faisant les exercices matinaux d’assouplissement du bassin.

Pour qui ? Pour ceux qui ont acheté un costume blanc, en pensant que c’était encore la tendance.

 

Docteur LHT.

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