Pourquoi ne pas aller voir Viollet-Le-Duc

« Idée d’une cathédrale du XIIIe siècle », in Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, tome 2, article Cathédrale, fig. 18
Eugène Viollet-le-Duc, Paris, Ve A. Morel et Cie ; 1875
Imprimé
Paris, Cité de l'architecture et du patrimoine/musée des Monuments français, 8°21-2
© CAPA/MMF

Du 20 novembre 2014 au 9 mars 2015, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine propose de découvrir la vie et l’œuvre d’Eugène Emmanuel Viollet-Le-Duc, à la fois dessinateur, architecte, écrivain et savant. L’exposition est réalisée en partenariat avec la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, et avec l’aide du Musée d’Orsay. En contrepoint, Ars Architectonica met à profit les collections de la Cité et arbore une nouvelle interprétation contemporaine de l’architecture.

 Les plus :

  • Deux expositions reliées malgré leurs différences
  • Viollet-Le-Duc très documentée
  • Profiter des œuvres permanentes à la Cité

Les moins :

  • Longueur de l’exposition Viollet-Le-Duc, pas assez de sélection d’informations
  • Lien du contrepoint très abstrait et obscur, aucune explication, une seule petite salle
  • Rendu assez terne, manque de mise en avant

Note : 1 artichaut sur 5

 Maquette de Notre-Dame de Paris avant les travaux de Viollet-le-Duc Louis-Télesphore Galouzeau de Villepin (1822-1888) ; 1843 Maquette ; plâtre, bois, métal, papier peint Échelle : 1 cm/m Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, dépôt à la Cité de l'architecture et du patrimoine/musée des Monuments français, D.MAP/CRMH41 © CAPA/MMF/David Bordes photographe

Maquette de Notre-Dame de Paris avant les travaux de Viollet-le-Duc
Louis-Télesphore Galouzeau de Villepin (1822-1888) ; 1843
Maquette ; plâtre, bois, métal, papier peint
Échelle : 1 cm/m
Charenton-le-Pont, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, dépôt à la Cité de l’architecture et du patrimoine/musée des Monuments français, D.MAP/CRMH41
© CAPA/MMF/David Bordes photographe

Tout commence à partir de la rétrospective sur la vie de Viollet-Le-Duc, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance. L’objectif est double, offrir un panorama de son travail et un aperçu de sa personnalité et de son caractère. L’exposition le remplit parfaitement, puisqu’elle détaille tout depuis ses dessins aux lettres, voyages et travaux architecturaux, réflexions positivistes et anthropologiques, écrits romantiques… Sept étapes nous permettent de suivre sa pensée et les tournants de ses aventures diverses. Toutes les pièces sont couvertes de peintures des lieux où il a été, précisions sur son itinéraires, croquis et esquisses, portraits de famille, des filmographies sont aussi proposées pour accompagner ses poèmes. D’un caractère à la fois très romantique et paradoxalement très scientifique, Viollet-Le-Duc peut tout aussi bien écrire des normes comme se lancer dans la reconstruction de ruines suite à une de ses visions. Tout est clair, précis : dommage que rien ne se détache du lot. Mal agencés, peu mis en avant, toutes les œuvres et tous les documents sont mis sur le même plan et rien n’attire l’œil. La longueur de l’exposition ne fait que renforcer cette impression d’un inventaire terne et passif. Passer d’une salle à l’autre en ne laissant traîner son œil que sur une peinture ou deux laisse indifférent. Seule une passion forcenée pour l’artiste et l’artisan vous forcera à vous attarder longtemps sur chaque vitrine. L’avantage est finalement de pouvoir sélectionner ce qui vous intéresse : croquis, maquettes ou peintures, histoire de sa vie personnelle ou plans, le choix ne manque pas.

Tapis de l'autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris Maurice Ouradou, dessinateur (1822-1884) ; Jacob Levié, dit Adolphe Levié, graveur ; 1870 Eugène Viollet-le-Duc, Peintures murales des chapelles de Notre-Dame de Paris, Planche LX, P. Morel, 1870. Estampe ; lithographie Paris, Cité de l'architecture et du patrimoine/musée des Monuments français, Fol.63 Rés. © CAPA/MMF

Tapis de l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris
Maurice Ouradou, dessinateur (1822-1884) ; Jacob Levié, dit Adolphe Levié, graveur ; 1870
Eugène Viollet-le-Duc, Peintures murales des chapelles de Notre-Dame de Paris, Planche LX, P. Morel, 1870.
Estampe ; lithographie
Paris, Cité de l’architecture et du patrimoine/musée des Monuments français, Fol.63 Rés.
© CAPA/MMF

Après un interminable déambulement, la fin de l’exposition incite la participation des visiteurs. Vous pouvez par exemple dessiner à l’aveugle, à partir d’un dessin en volume sur lequel vous passez les doigts, guidés par des indices faisant référence à une anecdote du parcours. Là encore, tout près des quelques ateliers, les travaux de Viollet-Le-Duc s’étalent comme si son œuvre n’allait jamais voir de fin. Il est temps de passer au contrepoint.

Déroutante, déconcertante sont les termes caractérisant le mieux cette seule et unique petite salle regroupant les œuvres de Caroline Challan Belval. Interprétation contemporaine, elle n’en mériterait pas moins quelques explications (manquantes). Trois sphères différentes présentent une carte du ciel particulière, plusieurs travaux de croquis et dessins sont au mur, quelques œuvres monumentales dont la nature reste à déterminer nous font face dans le plus grand silence. Pour Carole Lenfant, commissaire de l’exposition, l’artiste « aborde les dispositifs de construction, de stabilité et de déséquilibre et interroge les œuvres du musée dans leur qualité d’original comme de double ». Pour le visiteur, la pièce s’approche plus d’une réflexion philosophique sur l’espace plutôt qu’un réel balancement avec le travail de Viollet-Le-Duc. L’absence de guidage est très décevante. Nous avons la chance de croiser l’artiste, qui détaille son travail sur la base des globes de Coronelli, la Sphère des Bâtisseurs. « J’ai fait les étoiles à la feuille d’or, et toutes les positions sont exactes et mises à jour par rapport à cette ancienne version que voici – ah, tiens, j’en ai d’ailleurs oubliée une ici – et le rappel de la mythologie s’effectue de la même manière. » En réalité, Ars Architectonica interpelle par-dessus tout le rapport entre le ciel et la terre, déconstruit la vision habituelle de la réalité de l’espace et du dessin. Dans le feuillet de présentation qu’on trouve à l’entrée, Merleau-Ponty est cité plusieurs fois et semble accompagner la pensée de l’artiste : « Chaque point de l’espace est et est pensé là où il est, l’un ici, l’autre là, l’espace est l’évidence du où. Orientation, polarité, enveloppement sont en lui des phénomènes dérivés, liés à ma présence ».

Espaces stratifiés, figures cachées, Caroline Challan Belval © Carole Lenfant commissaire de l’exposition, Caroline Challan Belval, Ars architectonica, Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris, 2014-2015.

Espaces stratifiés, figures cachées, Caroline Challan Belval
© Carole Lenfant commissaire de l’exposition, Caroline Challan Belval, Ars architectonica, Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris, 2014-2015.

Pour des non-initiés, ce contrepoint interpellera mais n’éclairera pas vos questions. Une fois encore, c’est une déception, mais due à l’inverse à l’absence de précisions et de thème bien défini. L’impression d’être emporté dans un espace philosophique et mathématique hors de la réalité sur des bâtiments construits par l’architecte, le renversement total de deux mondes dans lequel pourtant on a voulu voir des points communs est mal mené. La richesse des deux présentations n’est finalement pas exploitée de manière à ce que l’on ait de réel plaisir à s’y arrêter.

 Juline Lecler

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