Pourquoi il faut aller voir l’expo KIN de Pieter Hugo à la Fondation Henri-Cartier Bresson

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Loyiso Mayga, Wandise Ngcama, Lunga White, Luyanda Mzanti et Khungsile Mdolo après le rite d’initiation, Mthatha, 2008

Jusqu’au 26 avril, la Fondation Henri-Cartier Bresson expose le photographe sud-africain Pieter Hugo. Ça tombe bien car ton BDA t’a organisé une visite guidée le vendredi 20 mars !

Pieter Hugo est un photographe né en 1976 à Johannesburg. Il commence la photographie à 12 ans grâce à son père qui lui offre son premier appareil photo : « Ça m’a donné une excuse pour regarder le monde. Avant, je voulais regarder mais je n’en avais pas le courage » confie-t-il. Pieter Hugo a d’abord photographié de nombreux pays d’Afrique comme le Rwanda où il a fait une série en 2004 : Rwanda Vestiges of a Genocide.

KIN1    Thoba Calvin et Tshepo Cameron Sithole-Modisane, Pretoria

Avec la série KIN (« intime »), photographiée au cours des huit dernières années, il revient à sa terre natale. C’est vraiment au moment où il devient père qu’il se pose des questions sur son appartenance à cette terre si particulière. Descendant d’afrikaners, il n’a jamais su quelle était sa place dans cette société marquée par l’apartheid. « Je me sens africain mais si on demande à n’importe qui en Afrique du Sud si je suis africain, la réponse sera toujours négative ». Pieter Hugo se désigne lui-même comme un « outsider », terme également utilisé par le photographe sud-africain David Goldblatt. Cela lui permet de porter un regard critique, ce qu’il fait à travers cette série où il propose une réflexion sur la complexité de l’identité sud-africaine postapartheid.

« Regarder son pays avec un œil critique, c’est se regarder soi-même et regarder son prochain. C’est ressentir le poids de l’histoire et comprendre le rôle que chacun y joue. »

Kin est une exploration intime de l’Afrique du Sud à travers des portraits, des natures mortes et des paysages. Intime car il photographie sa femme enceinte, sa fille après sa naissance, sa nourrice et des lieux qui lui sont familiers. Intime aussi car on comprend qu’en cherchant à saisir l’identité de cette société divisée, il cherche des réponses à sa propre identité. Chaque portrait peut se lire alors comme un autoportrait.

Pieter Hugo est un photographe engagé qui choisit de montrer une Afrique du Sud plutôt sombre, voire meurtrie. Loin des représentations habituelles d’une classe blanche dominante, ses photographies montrent l’émergence d’une classe moyenne noire et l’appauvrissement que peuvent connaître certains blancs. Cela pose de nouveaux problèmes dans une société où les conflits ne sont pas complètement apaisés. Il s’en dégage des portraits puissants avec des personnes qui témoignent d’une certaine force et dont le regard nous transperce. Cette force qui se dégage des portraits vient aussi du fait que Pieter Hugo envisage son rapport à la photographie comme relevant plus de la sculpture que de la peinture.

KIN3En périphérie de Pretoria, 2013

L’exposition permet de découvrir le travail d’un photographe peu exposé en France qui propose une réflexion sur la possibilité d’une harmonie de la société sud-africaine. Le mélange de l’intimité à la politique produit des photographies qui dégagent quelque chose d’unique.

KIN4Green Point Common, Le Cap 2013

Brunelle Charles

Kin, Pieter Hugo
Jusqu’au 26 avril à la Fondation Henri-Cartier Bresson,
2, Impasse Lebouis, 75014
Visite guidée organisée par le Pôle Photographique (PPK)
Vendredi 20 mars à 17h en présence d’un conférencier.
Prix : 5 

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