Portrait d’un « Grand photographe » : Raymond Depardon

« Le reporter est en colère, le photographe est amoureux ». Et Raymond Depardon, il est les deux. Le noir et blanc pour la colère et l’indignation, la couleur pour la mélancolie et l’errance qui se lisent depuis ses yeux bleus jusqu’à la rétrospective qui se tient actuellement au Grand Palais : Un moment si doux. Le moment de revenir sur le parcours de celui qui inscrit la petit histoire dans la grande Histoire en affirmant une subjectivité irréductible dans son travail.

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La petite histoire d’abord. Le jeune Raymond photographie sous tous les angles la ferme de ses parents agriculteurs de Villefranche-sur-Saône avec l’appareil de son grand frère. Une enfance heureuse dont il brosse le tableau à coup de couleurs pastel : il évoque le tablier bleu épuisé de sa mère Marthe et le vieux tracteur rouge. A seize ans il débarque chez Louis Foucheran qui l’embauche comme apprenti. A dix-huit ans, son reportage sur le Sahara fait la une de France-soir et Paris-Match. Sa carrière est lancée. Homme polyvalent, il jongle entre les dangers du métier de grands reporters, il couvre « la guerre d’Algerie » et la guerre du Vietnam – là voilà donc la grande Histoire ! – et le rythme effréné des « paparazzis » – on lui doit ce mythique portrait en couleur d’Edith Piaf -. A cela s’ajoute la série de clichés d’hommes politiques, le documentaire sur la campagne électorale de Valéry Giscard d’Estaing et le récent portrait de François Hollande. Mais toujours avec une démarche qui lui est propre : « Montrer la solitude de la personnalité politique est au centre de mon travail ».

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Ses clichés s’accompagnent souvent d’un texte qui se veut plus le reflet d’une émotion qu’une description : l’image parle d’elle même. Il parcoure les quatre coins du monde, et toujours il donne à voir ce qui le touche. L’« ’indigné » du premier âge, reporter des guerres civiles, meurtri, bientôt n’en pourra plus. Peut-être que c’est ici que s’opère la charnière du reporter au photographe, de l’indigné à l’amoureux. S’il parcourt toujours le monde, il ne court plus, il déambule, appuyant sur le déclencheur au gré de ses envies. Une passion pour désert, les palmeraies, l’envie de revivre une sensation particulière, il revient sur ses pas : « J’ai la nostalgie du possible » confie-t-il. Le thème de l’errance revient comme un refrain, se devine dans le choix des sujets. Mais l’errance du voyageur se conjugue à la douleur du « déraciné ». Nul doute que ses trois documentaires consacrés au monde rural – Profils paysan – forment une démarche introspective. Il donne à voir une France oubliée, en évitant sans cesse l’écueil du misérabilisme.

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« En couleurs, je suis moins manichéen, moins tranché, plus rêveur. Avec le temps, j’ai réalisé que les choses que j’aimais, l’Orient, le monde paysan, m’apparaissent en couleurs ». Un moment si doux dévoile le photographe derrière le photojournaliste. Depardon redécouvre les lumières et les couleurs de l’Ethiopie, de l’Amérique du Sud et des palmeraies tchadiennes. Aux clichés d’actualité autrefois pris en noir et blanc, il oppose la couleur, cette « douceur du réel ». Et par là même, il se dévoile. Plus que la fureur de l’événement, on y découvre, avec plaisir, le rythme lent de la vie, aux couleurs pastel elles aussi !

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Judith Lienhard.

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