Portrait d’un « Grand Photographe » III : Sebastiao Salgado

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Et dire qu’à peu de choses près, Sebastiao Salgado n’aurait jamais quitté les bureaux étriqués de l’Organisation Internationale du Café… C’est par hasard qu’en 1973 il s’empare pour la première fois du Leïca de Léila, sa femme, il y découvre : « une autre manière de voir le monde, la possibilité de me relier aux gens, à tout ! ».

LLoin du rythme effréné des économistes en col blanc, Sebastiao Salgado apprivoise l’épaisseur du temps : « Je crois que si on n’aime pas attendre on ne peut pas être photographe. ». Ce revirement décisif, il l’explique lui-même par la prégnance des images qui ont bercé son enfance : des ciels chargés où perce la lumière, au-dessus de la vallée du Rio Doce, dans l’Etat du Minarais, au Brésil. Lumière transcendante pour le jeune photographe, matière première de chacun de ses projets.

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LLa photographie est à la fois l’outil et la fin : l’outil pour offrir sa vision du monde, fin parce qu’il ne peut vivre sans elle. Elle le subjugue. Elle le tuera presque aussi… Dans la lignée des photographes humanistes, Sebastiao Salgado allie, dans un savant mélange, dimensions marxiste et baroque, qui se retranscrivent dans son Odyssée des mineurs (La main de l’Homme), son épopée des déracinés (Exil). Engagement violent, révolté, dont il ne pourra bientôt plus sortir : « j’ai perdu la foi en notre espèce » constate-t-il à son retour du Rwanda. Malaise moral qui l’atteint jusque dans sa chair.

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Débute alors une longue quête d’un paradis originel perdu. Lui et Léila montent un projet fou : faire revivre la terre de son enfance. Car de l’immense ferme à demi-recouverte par la forêt tropicale que lui, ses parents et sa sœur partageaient avec trente autres familles, il ne reste que d’infinies étendues de terres sèches. En 1998, ils créent l’Instituo Terra, un programme de reboisement à vocation pédagogique.

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L’envie le démange, pourtant, de saisir à nouveau son argentique, prolongement de lui-même, comme il aime à le dire. Il y cèdera, et on connaît la suite : Genesis, huit ans de travail, trente voyages, deux-quarante-cinq images.

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A l’engagement violent il préfère désormais une photographie de la réconciliation. La question posée est quasi métaphysique : il recherche une pureté originelle. L’image de l’éléphant, majestueux, à travers les cours d’eau, l’ondulation gracieuse de la baleine, ou encore la patte d’iguane agrippée à un rocher, véritable métaphore de la persistance dans l’être.

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Au jeune heureux, qui, après des heures d’attentes, a enfin pu s’immiscer dans les galeries de la MEP, ces clichés sont autant d’échos à un « Eden hors-du-temps ».

Judith Lienhard.

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