Plaidoyer pour le banjo

Oui, oui, je vous vois déjà venir avec vos remarques désobligeantes : « le banjo n’est pas un instrument moderne, c’est terminé le bluegrass, plus personne n’écoute de la country gnagnagna … ». Mais laissez-moi tenter de vous prouver le contraire…

Petit rappel technique : le banjo est composé d’une caisse de résonance constituée d’un cadre en bois/métal et recouvert d’une membrane en peau, parchemin, matière synthétique ou encore cuir et d’un manche est en bois. Il faut l’avouer, le banjo est un « vieil » instrument : descendant directement de l’Ekonting, un instrument à cordes africain, le banjo a été crée par les esclaves africains en Amérique. D’abord utilisé par ses créateurs comme un accompagnateur du chant pour du pré-blues suivant la technique du Clawhammer, l’instrument, comme à peu près tout ce qui est inventé par les noirs américains, a été « emprunté » par les blancs. Il est devenu l’une des bases rythmiques du Jazz Dixieland (sisi, vous connaissez ce genre : Basin Street Blues de Spencer Williams, repris deux ans plus tard par le grand Louis Armstrong en est un classique).).

Le banjo connu une renaissance directement à la suite de la création du three finger style, inventé par Earl Scrugg. Cette nouvelle technique consiste à mettre des sortes de médiator (souvent en métal) sur le pouce, l’index et le majeur. C’est la combinaison de la tension extrême des cordes et la consistance des plectres qui créent ce son si « banjo ». Cette technique permet entre autres de produire énormément de notes plus facilement que sur la majorité des autres instruments et est donc parfois impressionnante pour un néophyte. Le banjo a donc été l’instrument majeur du mouvement bluegrass : en très bref, 4 cowboys, un banjo, une mandoline, un violon, une contrebasse et des bottes en cuir. La légendaire scène d’introduction du film Délivrance avec un question-réponse entre un citadin et un consanguin des montagnes en est un parfait exemple. C’est hélas cette image désormais plus trop funky qui est conservée du banjo.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : grâce aux avancées technologiques en matière de micros, les premiers banjos électro-acoustiques et même électriques apparaissent (ah, vous ne le saviez pas hein !?). C’est là qu’intervient le génie Bela Fleck : cet étrange américain décide un jour de maîtriser un instrument à un niveau de virtuosité inégalé et il jette son dévolu sur le banjo. Après avoir réquisitionné les frères Wooten (dont le très célèbre Victor, bassiste plus qu’incroyable) et Jeff Coffin (un psychopathe jouant parfois deux saxophones en même temps), il crée le groupe Bela Fleck and the Flecktones. Ce groupe de jazz fusion va ensuite produire un mélange de jazz et de bluegrass tout en testant tout type d’innovations musicales : des cross-over entre des musiques culturelles et la leur, l’utilisation de la wah-wah sur le banjo et le saxophone et l’utilisation d’une drumitar, sorte de guitare où les frettes sont remplacées par des boutons qui, une fois appuyés, balancent chacun un sample (pré-enregistrement) différent. Ah, j’oubliais : beaucoup de virtuosité. Là, ça commence à changer votre vision traditionaliste du banjo, non ? Et encore, ce n’est que le début.

Depuis le milieu des années 2000, des groupes de country ont recommencé à faire surface sur le top 50 américain (The Band Perry, Taylor Swift …) et cela a, peu à peu, habitué les jeunes auditeurs aux sons plus acoustiques de la musique moderne et aux sons de la contrebasse, de l’accordéon et surtout du banjo ! C’est alors qu’entre en jeu le désormais célèbre groupe Mumford and Sons. Le groupe, composé de quatre multi-instrumentalistes, possède un banjo utilisé suivant le Earl Scrugg’s style et permettant, par la nouvelle utilisation des rolls  (patterns de banjo), de « remplacer » la batterie en créant un son presque percussif et très rythmé. C’est grâce à cette impulsion crée par le banjo que des musiques comme « Whispers In The Dark » ou encore « Little Lion Man » sont aussi punchy sur CD autant qu’en live.

Tu n’as pas lu l’article ? Tout ce que tu as à retenir, c’est que le banjo, c’est funky et qu’il faut absolument que tu écoutes toutes les musiques en lien sur cet article ! Tu cherches à être un hipster dans ton groupe de potes guitaristes qui jouent Wonderwall ? Fais du banjo. Tu veux pouvoir jouer une reprise originale de Get Lucky ? C’est possible avec le banjo. Tu veux pécho ? Joue du banjo.

 

Martin O.

 

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