« Peindre l’impossible : Hodler, Monet, Munch » au Musée Marmottan

Claude Monet – Coucher de soleil à Étretat
1883 – Huile sur toile – 60x73cm – Nancy,
musée des beaux-arts – © C. Philippot

Jusqu’au 22 Janvier 2016, le musée Marmottan Monet rassemble pour la première fois trois peintres d’origine et de courants picturaux différents, à l’occasion de l’exposition Hodler, Monet,  Munch, Peindre l’impossible. Le temps de l’exposition, ce petit musée aux murs sombres et à l’éclairage tamisé nous entraîne vers de grands espaces sereins, loin du bruit des rues parisiennes.

 

Une première salle fait d’abord la transition entre les collections permanentes et l’exposition temporaire. Elle introduit les artistes par des autoportraits, révélateurs du style de chacun. On découvre leurs débuts dans la seconde salle, qui sont, pour tous, très réalistes. Que ce soit Monet, Munch ou Hodler, tous ont une approche naturaliste de leur sujet, même si des singularités apparaissent déjà. La frontalité de la toile de Hodler ne répond pas aux règles académiques en vigueur. De même, Monet applique déjà la couleur en touche, qui prend déjà le pas sur la ligne.

 

Ensuite, l’exposition se focalise sur Hodler, certainement le peintre le plus naturaliste du trio. Chez lui, la représentation des objets est précise, les contours sont minutieusement appuyés par un trait noir. Il retranscrit l’aspect minéral de ses sujets, des montages, des rochers, des lacs ou des ruisseaux. Le peintre Suisse décline ces thèmes à l’infini, en faisant varier les paramètres météorologiques ou les angles de vues. Dans son œuvre, c’est la couleur qui créé l’émotion. Sa palette nous transporte dans des étendues d’eau et de pierres glacées.

Ferdinand Hodler, Le Promeneur à l’orée du bois, vers 1885, Huile sur toile, 55,5 x 70,5 cm – Winterthour, Fondation pour l’art, la culture et l’histoire – © Institut suisse pour l’histoire de l’art, Zurich

Ferdinand Hodler, Le Promeneur à l’orée du bois, vers 1885, Huile sur toile, 55,5 x 70,5 cm – Winterthour, Fondation pour l’art, la culture et l’histoire – © Institut suisse pour l’histoire de l’art, Zurich

Aussi, le ciel a une place privilégiée dans ses toiles, dont il occupe une grande partie. Un ciel toujours privé de soleil.

Mais tout de suite, l’astre solaire reprend sa place centrale, au travers des œuvres de Monet et de Munch. Ces derniers, face à la difficulté de le contempler et donc de le reproduire, préfèrent le représenter aux moments de la journée où sa lumière est moins agressive. Monet aime le peindre au petit matin, comme pour Impression au soleil levant. Munch, lui, ose la confrontation. Il représente le soleil de face, et en transgresse la réalité pour lui rendre son intensité. De fait, sa taille est exagérée et les rayons de lumière sont colorés. D’ailleurs, le peintre norvégien réutilise ce procédé de grossissement pour d’autres peintures, à l’instar de la très belle  Nuit étoilée.

Edvard Munch, Nuit étoilée, 1922 – 1924, huile sur toile, 140 x 119 cm, Oslo, Munchmuseet © Munch Museum

Edvard Munch, Nuit étoilée, 1922 – 1924, huile sur toile, 140 x 119 cm, Oslo, Munchmuseet © Munch Museum

Très vite, l’objet solaire cède la place à la représentation des neiges, qui sont plus roses, bleues et vertes que blanches, comme chez Monet dans Paysage de Norvège ou Norvège, les maisons rouges à Björnegaard.

Puis arrivent les peintures dédiées à l’eau. Si le thème est commun, les tableaux frappent par leur différences. Alors que Monet retranscrit le mouvement de l’eau par des lignes serpentines, Hodler préfère représenter le choc violent des torrents à la force vigoureuse d’une jeune femme, et Munch peint les flots en lignes de couleurs superposées. Pour Monet et Munch, il s’agit plus de faire ressentir que de donner à voir. Grâce à leurs styles et leurs palettes, des objets connus deviennent polymorphes, ils nous offrent une autre vision de notre réalité.

Pour finir, la couleur envahit tout l’espace. Sa  puissance suggestive rend les détails réels superflus, sa seule présence suffit. La couleur permet à Monet et Munch de toucher à l’abstraction. Elle forme les objets chez Monet comme dans La maison vue du jardin aux roses, où tout est fondu, suggéré par la palette. Hodler conserve quant à lui tout de même une dimension plus réaliste. On reconnaît très nettement des petites maisons dans Le lac Léman vu de Chexbres. Mais il adopte tout de même de grands rapports chromatiques, qui décomposent le paysage en lignes colorées.

Claude Monet, La Maison vue du jardin aux roses, 1922-1924, Paris, Musée Marmottan Monet © The Bridgeman Art Library

Claude Monet, La Maison vue du jardin aux roses, 1922-1924,
Paris, Musée Marmottan Monet © The Bridgeman Art Library

Dans Peindre l’impossible, la scénographie, par un agencement des tableaux bien pensé, nous fait voyager du concret à l’imaginaire, au ressenti. Nous sommes transportés dans un univers palpable constitué d’œuvres représentant l’impalpable (soleil, nuage, eau vive, vent..) ! La scénographie réussit, elle aussi, l’impossible.

 

Les + :

  • Si la progression chronologique et thématique est évidente, on se rend vite compte qu’une autre dynamique plus implicite anime le parcours. Le spectateur progresse vers une déconstruction graduelle du concret, il va vers l’abstraction.
  • Présence d’œuvres jamais exposées à Paris, notamment du maître norvégien Munch. C’est une belle occasion de découvrir un peu plus son univers.
  • L’exposition met en avant une nouvelle manière d’aborder l’histoire de l’art. En effet, la scénographie essaie de s’affranchir des clivages arbitraires, qu’ils soient stylistiques ou historiques. Peindre l’impossible montre bien que des peintres que l’on a tendance à classer dans différentes catégories, différents courants picturaux, partagent beaucoup plus de choses que l’on pourrait le croire.

 

Les – :

  • Un éclairage parfois trop faible qui peut entraver à la bonne observation des œuvres.

 

Laurie Lalizou

Site internet : http://www.marmottan.fr/fr/Exposition_en_cours-musee-2576

Adresse : 2 rue de Boilly, Paris  16ème.

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h

Tarifs : Plein 11€, Réduit 7,50€.

 

Crédits image à la une : Claude Monet – Coucher de soleil à Étretat 1883 – Huile sur toile – 60x73cm – Nancy, musée des beaux-arts – © C. Philippot

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