Parov Stelar, décadanse hollywoodienne

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On connait Parov Stelar, Dj et producteur de musique électronique autrichien, comme un grand nom de la scène house-jazz. Mais en live, ça donne quoi? Retour sur son concert à la O2 Academy Brixton à Londres. 

Difficile d’envisager un concert de Parov Stelar sans danse. Le DJ autrichien, Marcus Füreder de son vrai nom, fait régulièrement se mouvoir les foules depuis plusieurs années déjà. Il se produit en live accompagné de son « band » : la somptueuse Cleo Panther (chant), ainsi que les virtuoses Max the sax (saxophone), Jerry di Monza (trompette), Michael Wittner (basse) et Willie Larsson Jr (batterie). Mardi 25 novembre, leur concert à la O2 Academy Brixton (Londres) affichait complet.

Le lieu participe à la démesure du show. Sa construction, comme salle de cinéma membre du groupe Astoria, remonte à 1929. Coupole à l’entrée, la salle principale ressemble à un théâtre classique. Un décor en dur encastre la scène, balcons, colonnes et fenêtres compris, façon Roméo et Juliette.

Le dispositif scénique, conséquent, se compose de plusieurs écrans. Celui principal recouvre l’intégralité de l’arrière-scène. Deux autres camouflent chacun leur estrade respectif : sur l’un se trouve la batterie, sur l’autre Parov et ses machines. Cleo, les cuivres, et le guitariste/bassiste sont à leurs pieds. Sans prendre en compte les spectateurs placés sur le balcon, l’ensemble du groupe n’en demeure pas moins très bien visible par le public installé dans la fosse. Le sol, en pente, permet d’aligner le regard de chacun vers les planches.

Sur l’écran arrière apparaissent, tour à tour, la danseuse du siècle dernier Anna Pavlova (dans son interprétation du solo La mort du cygne), une voiture rétro sur une autoroute américaine, ou encore un léopard… Quand ce ne sont pas des motifs ultra colorés et hypnotiques. Parov, à l’image de sa musique, fume une cigarette… électronique. Un homme en costard s’en grille une, bien réelle, parmi la foule, et en rythme avec la musique. Il ressemble au dandy en technicolor que l’écran diffusait quelques secondes plus tôt.

Le reste du public ne manie pratiquement pas de smartphones, tendance devenue pourtant envahissante à l’heure du tout numérique : il se laisse plutôt prendre par ses pas, tout en cadence.

Les morceaux sont extrêmement bien calibrés. Au cours d’une même chanson peuvent intervenir différents changements de rythmique. Le procédé leur donne une dynamique dansante. Tous les instrumentistes ont le droit à un aparté en solo. Néanmoins, le live ne laisse aucune place à l’improvisation. La faute à un dispositif scénique qui, bien qu’ambitieux, rend toute communication entre le chef d’orchestre Stelar et ses accompagnateurs pratiquement impossible. Un fan nous confie que ce n’est pas toujours le cas :

« A certains de ses spectacles, Parov Stelar est posté au milieu de la scène, on le voit alors s’adresser directement aux instrumentistes, ce qui leur permet de se laisser davantage aller selon leurs envies créatives du moment. Il ne faut pas oublier qu’il travaille chaque sonorité produite par chacun des instruments en direct. »

Difficile alors, face à une telle contrainte, de ne pas tout régler à l’avance, comme du papier à musique.

A la fin du concert, Cleo Panther confie au public que leur dernier concert londonien s’était déroulé au KOKO, boîte de nuit de renom située en plein cœur de Camden, quartier faussement underground. L’O2 se trouve une jauge au-dessus : les Parov ont parcouru du chemin.

Lorsque la superproduction touche à sa fin, elle ne se clôture pas par une présentation orale des musiciens, mais par un générique artificiel et légèrement pompeux.

Parov Stelar et ses acolytes savent jouer, en bien comme en mal, avec les émotions de leur public. Le résultat n’en demeure pas moins aseptisé, avec sa dose de superficialité. Ce n’est tout au plus qu’une bonne grosse production à l’américaine, qui manque de naturel et de grain.

 

Léa Scherer

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