Paranoïa à La Bruyère

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Fanny Cottençon et Jean-Luc Moreau traversent la tempétueuse tourmente d’une vie signée Éric Assous.

D’un petit rien…

Accrochage: « action de se heurter ». Synonyme: « accident ». Conséquence: dispute. Non, un accrochage n’est pas qu’une molle rencontre entre deux pares-choc. Source de hasards et de coïncidences, ce brusque choc blesse et laisse des séquelles. Retrouver une voisine de palier d’il y a 25 ans peut sembler anodin. Serge est perturbé, Marianne dérangée. D’une simple soirée nait la résistible ascension d’un hâletant thriller romantico-policier.

Garde à vue. Garde à vous.

Marianne oppresse son mari, le noie d’interrogations, le submerge de questions. Paranoïaque? Cette femme l’est, indubitablement. Inquisitrice? Infiniment. Folle? Non. Elle trépigne autour du fauteuil du salon. Allant, venant, elle s’asseoit, se lève, doute. Inexorablement. Pourquoi vouloir à tout prix parler en détail d’une histoire sans importance vieille de 25 ans ? Les quatre murs du salon enferment Serge dans une incompréhension de façade. Tendresse, épuisement et énervement se mêlent. Le ton s’élève puis s’apaise. L’équilibre est instable. Les gestes sont d’une douce brutalité. Marianne défie son mari, se calme ensuite. Serge tente de la raisonner, en vain. Monter sur scène pour mettre fin à cette persécution psychologique est une envie qui traverse plus d’une fois l’esprit du spectateur. Elle finit par obtenir, à coups d’une vorace détermination, ce qu’elle voulait entendre: « oui, Marianne, il y a 25 ans, j’ai couché avec Sophie Clébard ». 25 ans après, sa beauté encore tourmente, toujours épuise. « Je t’ai rencontrée et ça a été fini » rassure-t-il, épuisé. « Si ça a été fini, c’est que ça a commencé! », relance-t-elle, sans répit. « J’ai nié, parce que c’était plus pratique ». Même la mauvaise foi masculine d’un homme légitimement affecté ne saurait agacer, tant son sort est pénible.

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Intuition.

Les choses s’aggravent. La situation vire au drame. Salon rangé, table dressée, lumières tamisées: chronique d’une fin annoncée. Serge refuse l’idée d’un dîner à trois avec Sophie. Est-il simplement pudique à l’idée d’évoquer des souvenirs plus vieux que son fils? A-t-il de bonnes raisons de craindre la rencontre? Sophie décommande, sans raison. Hasard? Sophie en sait beaucoup. Trop. Marianne en sait beaucoup, sans rien savoir pourtant. L’intuition féminine, faite d’intelligence, de sensibilité, d’observation et de mémoire est conduite jusqu’au bout. Marianne prend les devants, agit et découvre ce qu’elle n’aurait pas du savoir. Regarder sous le tapis est irrésistiblement incontrôlable, tentant jusqu’au malsain, souvent déconseillé, toujours risqué.

Psychodrame.

La plus simple des scènes de vie laisse place à l’illusion, réveille la jalousie maladive, révèle une névrose inquisitrice. Inhérente à la psyché féminine, la compétition autour de laquelle l’homme gravite fait des ravages. L’action dévoile peu à peu les secrets et questionne la relation amoureuse. Final. Un phare éclaire d’une pâle lumière Marianne, déchirée par sa découverte. Qu’est-ce que le couple ? Qu’est-ce que l’amour? Transcendance ou simple contrat ? Un mensonge peut-il le tuer ? L’auteur ne donne pas de réponses à ces questions. Courrez à La Bruyère pour trouver les vôtres.

« On ne se mentira jamais ! » – 100 représentations exceptionnelles au théâtre La Bruyère (75009) à partir du 28 janvier 2015 du mardi au samedi à 21h – matinée samedi à 18h30 

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