Orlando ou la grande machine de Py

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La première création d’Olivier Py en tant que directeur du Festival d’Avignon arrive à Paris, au Théâtre de la Ville, et y reste jusqu’au 18 mars. Après une série de représentations à la FabricA, nouvelle salle du festival, cette grande comédie offre au public parisien un concentré de Py.

Avis : 4 artichauts sur 5

ORLANDO OU L IMPATIENCE -

Christophe Raynaud de Lage

 

Le jeune Orlando est en quête de son père, et demande le nom de ce dernier à sa mère. Chaque fois un nom différent émerge, et c’est celui d’un grand artiste qui émerge. Chaque fois cette artiste présente sa vision de l’art et de la société, mais chaque fois, il finit par se rendre compte qu’il n’est pas le père. Quatre fois ce cycle reprend avec à des variations sur la relation avec la mère, sur l’amour – homosexuel, hétérosexuel, et les deux en même temps- sur l’art, la vision qui en est exposée. Une sorte de récit initiatique pour le jeune Orlando qui finit par plonger, perverti par le ministre de la culture.

La langue n’échappe pas à l’emphase caractéristique des textes d’Olivier Py, mais les comédiens le portent parfaitement bien. Ce récit initiatique de plus de trois heures laisse le spectateur observer avec plaisir l’évolution du jeune garçon, et ses tribulations sentimentales. Au milieu de la quête du père survient la conscience de l’amour, puis de la mort, l’innocence se fait piéger par un ministre qui en prend pour son grade. Rappelons tout de même que, quelques années plus tôt, en 2012, Olivier Py fut remplacé par Luc Bondy à l’Odéon, et ce sur demande de Frédéric Mitterrand. Le clin d’œil cruel à l’ancien ministre est à la fois drôle et très acerbe. Py y critique la figure d’un administrateur soit disant sensible à l’art qui n’est en réalité qu’un gestionnaire préoccupé uniquement par des raisons financières au mépris de l’art et de ceux qui le font. Il partage dans cette comédie ses inquiétudes, ses convictions, offrant une teinte politique à cette grande machine théâtrale.

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Bertrand Langlois

 

L’impressionnante scénographie crée un univers quasi-onirique, et le spectacle est porté par ses formidables comédiens. Aussi bien la mère que le père, Orlando, ou Jean-Damien Barbin, qui interprète un fou protéiforme des plus convaincants et comiques. Chaque variation du récit est jouée avec une incroyable finesse, permettant une tonalité différente chaque fois. Un beau spectacle et un beau moment de théâtre.

Bertrand Brie

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