Open Space

OPEN SPACE (Mathilda MAY) 2013

Du 4 septembre au 19 octobre 2014, le Théâtre du Rond-Point (8ème arrondissement) présente Open Space, conception et mise en scène de Mathilda May. Pendant 1h30, la scène est transformée en open space, lieu de cohabitation quotidienne de ceux qui y travaillent. La pièce dévoile une journée entière passée dans cet espace. Entre la collectivité forcée et l’individualisme accru, Mathilda May expose l’absurdité de l’open space en amplifiant chacun de ses détails.

Les plus :

  • Un spectacle au croisement du théâtre, de la danse et du chant et des artistes performants dans tous les domaines.
  • Un sujet encore peu exploité sur scène et pourtant central dans le monde d’aujourd’hui.
  • Une excellente utilisation de l’espace et des objets, un rythme soutenu. On s’y croirait et on accroche.

Les moins :

  • Certaines blagues sont cuisinées à toutes les sauces et l’on peut parfois se lasser de leur goût.
  • Autant la première partie de la pièce adopte un ton très juste, autant la seconde explose dans une hystérie qui peut plaire mais aussi fatiguer et dont le sens réel n’est pas forcément perceptible.

Note : 4 artichauts (sur 5)

 

Le spectateur s’installe face à un plateau open space : les bureaux, la machine à café, les casiers, le couloir, les toilettes, le coin fumeur… tout y est. Pendant que le public discute, cherche sa place ou lit la présentation de la pièce et de l’auteure, une première comédienne prépare l’ambiance du spectacle : c’est la femme de ménage, qui déambule, serpillère à la main, dans les allées, encore vides, de chaises et de table.

Puis, les employés arrivent, et c’est un véritable défilé comique de chaque personnage type que l’on peut rencontrer dans un bureau.Le cadre dynamique, beau gosse et séducteur (Jean Loup-Denis Elion), la cinquantenaire qui boit en cachette à toutes les heures de la journée(Dédéine Volk Léonovitch), la secrétaire timide et complexée (Agathe Cémin),l’homme qui n’arrête pas de manger (Gabriel Dermidjian), celui qui cherche l’attention et l’amour mais ne trouve ni l’un ni l’autre (Emmanuel Jeantet), la jeune femme sexy et agaçante (Stéphanie Barreau).

Chaque mouvement est important, chaque détail amplifié, chaque caractère caricaturé.
Les comédiens ne parlent pas, ils s’expriment en onomatopées. Aucun dialogue intelligible ne les lie. Les sons ont un rôle central à travers la musique, les grincements, les percussions. La machine à café produit un boucan d’enfer, pareil pour la chasse d’eau, les grincements de chaises, les touches des claviers d’ordinateur. Par moments, les artistes sont percussionistes et le matériel de bureau se transforme en instruments. Le rythme musical est omniprésent et se traduit aussi dans les corps successivement gracieux, légers, tordus, voire monstrueux.

La pièce alterne entre actions quotidiennes (pause café, pause cigarette, photocopieuse) et instants de délire où l’absurdité envahit le plateau : un match de boxe qui oppose la patron à un des employés, la simulation d’un suicide par un autre.

Dans cette pièce, Mathilda May ne parle pas du travail mais de la contrainte de la cohabitation qu’il impose à  des êtres humains, avec leurs manies, leurs phobies, leurs passions, leurs habitudes.Elle part d’un lieu précis mais dresse une fresque universelle de la société d’aujourd’hui. Elle met en avant des traits de caractère, des sentiments et des situations que l’on rencontre tous. Mais dans le cadre de l’open space, tout cela prend une nouvelle dimension, absurde, délirante, entre magie et torture. Le spectateur est transporté par les ralentis, retours en arrière, gros plans. Le rythme change, on ne s’ennuie pas, les comédiens mènent de bout en bout ce ballet étonnant, cette comédie musicale d’un nouveau genre.

Mathilda May est diplomée du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris avec l’obtention du premier prix en danse classique. Elle est chanteuse, musicienne, écrivain, actrice, et maintenant auteure d’une pièce de théâtre. Les artistes d’Open Space sont eux aussi « multifonctions » et impressionnent par leur capacité à passer d’une discipline à l’autre avec humour et talent.

En se concentrant sur un lieu quotidien et anodin en apparence, Mathilda May saisit le prétexte du monde du travail et réalise un portrait de la société critique et tendre à la fois, dans un spectacle moderne et poétique.

Beaucoup d’humour (et du bon), mais aussi une réflexion sur nous et sur les autres.
Un bon moment.

Dounia Dolbec

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