Musset au Lucernaire

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Le plus grand des classiques de Musset a pris un sacré coup de jeune. L’adaptation d’On ne badine pas avec l’amour par Christophe Thiry, metteur en scène et acteur chevronné, nous invite à (re)découvrir la vision résolument moderne de l’auteur, alors âgé de 26 ans, sur la psychologie amoureuse. Et la bonne nouvelle, c’est que c’est prolongé jusqu’au 15 janvier, au Lucernaire.

Les + :

  • C’est frais, vif, ça pétille dans tous les sens, et on vous promet même quelques rires francs.
  • Le décor minimaliste
  • Une mise en scène presque chorégraphiée
  • Le prix: 10€ en tarif étudiant

Les -:

  • Un peu de difficulté à rentrer dedans au début, le rythme étant tout de suite très soutenu
  • La vivacité des acteurs tourne parfois au sur-jeu

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A peine la salle est-elle assombrie que surgit de derrière les rideaux le premier personnage. Perchée sur une chaise, une jeune femme vêtue d’une longue robe fluide, qui pourrait nous rappeler l’époque romaine, nous introduit Maitre Blazius, précepteur alcoolique plutôt grotesque de Perdican. Ce-dernier, fils du Seigneur, est promis à sa cousine Camille depuis leur plus tendre enfance. Son retour au château va semer le doute dans l’esprit de la jeune vierge, qui, influencée par Madame Pluche, sa préceptrice dévote, se prédestine à entrer dans les ordres.

Les retrouvailles entre les deux cousins sont glaciales. La jeune Camille est confrontée à un dilemme: le cœur ou la raison? En proie à de telles questions existentielles, sa fraicheur et sa naïveté la rendent attachante. Perdican, vexé, joue la carte de la jalousie et fait la cour à Rosette, une simple paysanne, sœur de lait de Camille. Au début insensible aux avances de Perdican, elle se laisse peu à peu entraîner par son jeu de séduction, mais toujours tiraillée entre son désir de s’abandonner aux dangers de la passion et le poids de l’éducation.

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Dans ce méli-mélo émotionnel, chacun y va de son propre jugement: de la caricaturale Pluche la mettant en garde contre les hommes et la perversion, jusqu’à Maitre Blazius, son « double opposé », qui en appelle àla vertu du vice, en passant par les réflexions philosophiques des autres protagonistes sur l’ordre social, le poids des traditions, l’amour aussi. Tout au long de la pièce, les volte-face de Camille traduisent cette confusion entre spontanéité, conviction, responsabilité et engagement.

Par la réflexion sur l’éducation, c’est en creux un discours sur le passage de l’enfance à l’âge adulte. La naïveté enfantine de Camille se perd dans la soif de vengeance et le poids de l’orgueil dans les relations amoureuses. Voilà le spectateur plongé dans un tourbillon, un manège infernal dont les conséquences se révéleront désastreuses.

C’est donc presque essouflé que l’on ressort de la petite salle; la puissance de la pièce résultant sans doute du savant mélange entre comédiens expérimentés et jeunes talents. Un bon combo pour Christophe Thiry, qui, lui aussi, nous a séduit.

Claire Commissaire

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