Olivier Adam, Peine Perdue : « Je veux écrire des livres que d’autres n’écrivent pas »

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Points forts :

  • Une intrigue très bien construite qui ne nous fait pas lâcher le livre
  • Un roman social avec une description très réaliste de la société et de ses franges les plus basses

Points faibles :

  • Un style un peu trop surprenant
  • Un fatalisme trop abrupt, à ne pas lire si on est déprimé !

Note : 4,5/5 artichauts

Il fait déjà nuit quand j’entre dans la petite librairie. Peu à peu le monde s’entasse entre les bibliothèques remplies de livres, formant des algorithmes multicolores encadrés de parois boisées. La rencontre-dédicace va bientôt commencer. On le voit à peine arriver. Passe-partout, il fend la petite foule et trouve son chemin jusqu’à la table qui lui est destinée. Mais au lieu de s’y asseoir, il s’y appuie, face à nous.

Olivier Adam n’est pas un romancier comme les autres. Il l’a déjà montré au travers de ses nombreux ouvrages. Depuis Je vais bien ne t’en fais pas publié en 2000 – adapté au cinéma en 2006 – il n’a cessé de surprendre ses lecteurs. Prix Goncourt en 2012 avec son roman Les Lisières, il dépeint une société mal-en-point, décrit une France cachée, la « majorité silencieuse ». Celle des HLM, celle du SMIC et du RSA, celle des vacances au camping et des petits boulots. « Je veux écrire des livres que d’autres n’écrivent pas, s’explique-t-il, je veux écrire des romans où on regarde en face les difficultés qui agitent nos vies ». Du deuil à la dépression, Olivier Adam n’évite aucun sujet, il écrit sans tabou.

Dans Peine Perdue, livre emblématique de cette rentrée littéraire, il décrit la vie d’une station balnéaire hors-saison. L’intrigue est construite à travers vingt-deux personnages, leurs récits s’entrecroisant pour mener l’histoire. « Je voulais que chaque personnage fasse avancer l’histoire chronologiquement » confie-t-il avant d’ajouter : « je l’ai écrit sans plan, je suis parti du premier et tout s’est enchaîné ». Un footeux laissé pour mort devant un hôpital. Une tempête, une inconnue sortie des eaux. Non seulement Olivier Adam nous plonge dans l’univers glauque des magouilles quotidiennes des habitants de cette petite ville de l’Esterel ; mais il réussit l’exploit de nous faire suivre l’intrigue sans jamais nous perdre dans le flot des personnages.

Le style est surprenant. La ponctuation parfois manque. Plus de virgules, et la phrase perd son sens. Il faut la relire, une, deux, trois fois avant de la saisir. Obstacle quelque peu rebutant au début, on s’habitue vite à la fluidité que cet aspect anarchique apporte au récit. Alternance de phrases courtes sonnant comme aphorismes, et d’énumérations longues et entraînantes. Chaque personnage semble avoir son style, comme s’il nous parlait. Comme s’il laissait transparaître son identité au travers de l’encre imprimée.

Le ton est grave, lourd. Mais peu importe c’est ce qui fait sa marque. « J’aurais bien aimé être un écrivain léger, avoue-t-il, mais quand j’ai commencé à écrire, ce n’était pas ce qui sortait ». Il est vrai que ses romans sont emprunts de maladies psychiques et de malheurs de vie. Peine Perdue est un roman à la fois social et fatal. Il fait ainsi exception à la règle selon son auteur : « Même dans des situations difficiles, même après une chute, ce qui m’intéresse c’est la capacité de résistance des personnages, la manière dont ils se serrent les coudes les uns avec les autres. Il y a de la fraternité, de la solidarité et même de l’amour et de la tendresse ». Filial, conjugal, amical. Dans Peine Perdue, l’amour se décline à tous les cas et malgré les échecs, parfois triomphe.

Peut-être est-ce cet optimisme latent qui nous fait supporter le désespoir et la désolation des personnages. C’est peut-être aussi lui qui fascine autant les lecteurs que les cinéastes. Après Je vais bien, ne t’en fais pas (2006) et Des vents contraires (2011), quel est le prochain roman à être adapté prochainement au grand écran ? Et pourquoi tant de succès ? « C’est du hasard » assure Olivier Adam.

En tous cas, on lui souhaite de continuer à écrire et de faire le jeu du hasard. Car même s’il n’est pas sélectionné pour le Goncourt de cette année, il reste un écrivain confirmé.

 

Marie Zafimehy

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